CHAPITRE XLVIII
Dans l'office des Présanctifiés des Grecs, il m'y a aucune prière à laquelle on puisse attribuer la consécration : la doctrine constante des Grecs et des Latins est que la consécration du calice, comme celle du pain, se fait par les paroles de Jésus-Christ.
A l'égard de ce que dit l'Anonyme !, que les Grecs dans l'Office des Présanctifiés consacrent véritablement, parce qu'ils disent une partie « des prières qui précédent et qui suivent dans leur liturgie le récit de l'institution du sacrement, » il ne pouvoit pas nous montrer par une preuve plus claire, que sans rien connoitre du tout dans leur doctrine, il jette au hasard ce qui lui vient dans l'esprit, pour s'échapper comme il peut. Car tous ceux qui ont traité de cette matière parmi les Grecs, et entre autres le patriarche Cérularius, dont l'Anonyme fait son fort, aussi bien que M. de la Roque, enseignent positivement que dans l'Office des Présanctifiés « on ne dit aucune des oraisons mystiques et sanctifiantes ?. » Le passage en a été cité dans le Traité de la communion *, et il a passé sans réplique. Aussi la chose parle-t-elle d'elle-méme ; et il est clair que si l'on avoit besoin de ces prières sanctifiantes, ce ne seroit plus l'Office des Présanctifiés. Mais afin de le mieux entendre, il faut savoir que parmi ces priéres mystiques et sanctifiantes, il y en a de préparatoires, il y en a de consécratoires, il y en a qu'on peut appeler consommatives et applicatives. Ces trois genres de prières se trouvent également dans les liturgies grecques et latines. Les préparatoires sont celles qu'on fait
lorsque les fidéles présentent leurs oblations, lorsqu'on les met chez les Grecs sur la prothèse ou sur la crédence, lorsqu'on les
1 Anonyme, p. 252. — ? Mich. Cerul., de Offic. Pres. — 5 Traité de la Commun., 1 part. n. T.
apporte à l'autel et que le pontife commence à les bénir: lestconsécratoires comprennent deux choses, dont l'une est le récit de l'institution de l'Eucharistie et la répétition des paroles de Notre- Seigneur ; et l'autre est la prière où l'on demande que le pain soit changé au corps et le vin au sang. Or, soit que cette prière se fasse devant ou apres les paroles de l'institution, et soit que les paroles del'institution soient tenues essentielles ou non, je n'ai pas besoin de m'en enquérir pour convaincre l'Anonyme, puisqu'il est certain qu'il ne se dit rien de tout cela dans l'Office des Présanctifiés, ni parmi les Grecs durant tout le Caréme, ni parmi les Latins le Vendredi saint : d’où il s'ensuit qu'il ne se dit aucune des paroles consécratoires. Je n'ai pas besoin de parler des consommatives ou applicatives, puisque, quand on les diroit, elles ne font rien à notre propos, et que loin d'opérer la consécration, elles la supposent déjà faite.
C'est done une erreur grossière à l'Anonyme, sous prétexte que l'antiquité grecque et latine aura mis la consécration dans la prière, de croire que toute prière, etl'Oraison Dominicale comme une autre , y soit également bonne. Car il y avoit dans l'Eucharistie, comme dans le baptéme, une formule déterminée et de certaines paroles affectées à la consécration. C'est ce que dit saint Augustin en termes formels , lorsque parlant du pain de l'Eucharistie : « Notre pain, dit-il, n'est pas mystique et sacré; mais il est fait tel par une certaine consécration, CERTA CONSECRATIONE !. » Saint Grégoire de Nazianze n'est pas moins formel à l'endroit où il représente la messe que saint Grégoire, évêque de Nazianze , son père, vint dire quoique malade, la nuit de Pâques. «il célébra, dit-il, les mystères en peu de paroles et autant qu'il en pouvoit proférer ?. » Mais il ajoute distinctement qu'il dit, «selon la coutume , les paroles de l'Eucharistie. » Par là nous apprenons à la vérité, ce qui paroit encore ailleurs, que toutes les églises n'avoient pas alors peut-étre des priéres fixes qui composassent la liturgie, et que les évéques les composoient suivant qu'ils étoient poussés par l'esprit de Dieu, ce qui leur donnoit la liberté de les étendre ou de les abréger selon leur prudence. Mais nous appre-
1 Cont. Faust., lib. XX, cap. xim.— ? Orat. xix.