PARTIE IT, CHAPITRE XLVIII
t nons en méme temps que pour la consécration il y avoit une formule fixe et des paroles expresses, qu'on appeloit les paroles de l'Eucharistie » Tà vhs Suy &otelae phLLATA, qu'une coutume inviolable ne permettoit pas d'omettre. De ces paroles mystiques, s'il y en avoit pour le eorps, il y en avoit pour le sang , selon ce que nous disoit saint Augustin : « Le pain que vous voyez sur l'autel, sanctifié par la parole de Dieu, est le corps de Jésus-Christ; le calice, ou plutót ce qui est dedans, sanctifié par la parole de Dieu, est le sang de Jésus-Christ‘. » Et afin de faire toujours marcher l'Eglise grecque avec la latine, saint Isidore de Damiette, à peu prés dans le méme temps , disoit aux ennemis de la divinité du Saint- Esprit : « Comment osez-vous dire que le Saint-Esprit n'est pas égal aux deux autres personnes, lui qui dans la table mystique fait d'un pain commun le propre corps de l’incarnation » qu'il a opérée?? Et ailleurs il en dit autant du sang : « Gardez-vous bien, dit-il, de vous enivrer, et souvenez-vous que c'est des prémices du vin que le Saint-Esprit fait le sang de Notre-Seigneur ? : » ce que ce grand homme a dit par un manifeste rapport à l'invocation du Saint-Esprit, que font toutes les liturgies grecques dans la consécration du corps et du sang. Il ne falloit donc pas s'imaginer, ni que le sang püt étre consacré d'une autre maniére que le corps, c'est-à-dire sans paroles, ni que toutes les paroles y fussent bonnes; mais croire qu'il y falloit employer les paroles spécialement destinées à cette sainte action.
Quelles étoient ces paroles? Saint Basile l'explique assez dans cet excellent discours où il recommande si gravement les traditions non écrites : « Lequel des Saints nous a laissé par écrit les paroles d'invoeation, dont nous nous servons en consacrant le pain de l'Eucharistie et le calice de bénédiction ? Car nous ne nous contentons pas de celles dont l'Apótre et l'Evangile font mention ; mais nous en ajoutons devant et aprés, comme faisant beaucoup au mystère, et c'est dela tradition que nous les avons reçues. » Tout parle pour nous dans ce discours. Il y paroit que la substance, et pour ainsi dire le fond de la consécration est dans les
1 Vid. sup. — ? Lib. I, epist. cix; edit. 1638, p. 33 et seq. — 5 Ibid., epist. cccxiir, p. 83 et seq.
674 LA TRADITION DÉFENDUE SUR LA COMMUNION, ETC. e paroles dont l’Apôtre et l'Evangile font mention; c'est-à-dire manifestement , les paroles de l'institution : et c’est cette commémoration de la mort de Notre-Seigneur, dont, selon Valafridus Strabo, les apôtres faisoient la célébration de l'Eucharistie ; mais on y joignoit d'autres paroles apprises par la tradition, dont saint Basile se contente de dire qu'elles font beaucoup au mystère.
Produisons encore deux témoins, saint Chrysostome pour l’Orient, et saint Ambroise pour l'Occident, qui tous deux ont illustré le méme siècle. Le premier parle en ces termes : « Ce n'est point l'homme qui fait des dons proposés le corps et le sang de Jésus-Christ, mais c'est ce méme Jésus-Christ qui a été crucifié pour nous. Le pontife en accomplit la figure, en disant ces paroles ; mais la vertu et la grace en vient de Dieu : Ceci , dit-il, est mon corps : par ces paroles sont changées les choses posées sur la sainte tablet,» Visiblement ce n'est pas seulement par ces paroles une fois proférées de la bouche de Jésus-Christ, mais encore c'est par ces paroles répétées à l'autel par le pontife, comme accomplissant la figure de Jésus-Christ et représentant sa personne. Il tient toujours constamment le méme langage?; et si les Grecs d'aujourd'hui s'éloignent de cette doctrine, ils sont convaincus par celui de tous leurs Péres qu'ils ont le plus en vénération.
Qui veut voir combien est accablant ce passage de saint Chrysostome, n'a qu'à entendre M. de la Roque, lorsqu'il dit que saint Chrysostome et ceux qui ont parlé comme lui , « n'ont attribué la consécration à ces paroles : Ceci est mon corps, que comme à des paroles déclaratives de ce qui étoit déjà arrivé au pain et au vin de l'Eucharistie?. » Quoi! ces paroles sacrées, que saint Chrysostome nous représente comme accompagnées de « grace et de vertu, comme faisant tout le changement, comme donnant toute la force au sacrifice , » ainsi que le méme Pére l'ajoute encore, ne seront que déclaratives, et il y aura dans la célébration des mystères quelque chose de plus efficace que les paroles de Jésus-Christ? C'est ainsi qu'on élude tout, et qu'on trouve tout ce qu'on veut dans tous les discours.
1 De prodit. Jude, hom. 1, n. 6. — ? Hom. 11, in Timoth., n. 815 in Matth, etc. — 3 Hist, de l'Euchar,, | part., chap. vir, p. 83.