‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 41 sur 403 · ARTICLE X · texte numérisé non relu

ARTICLE X

La mauvaise foi du ministre dans les passages qu'il produit des saints docteurs des trois premiers siècles.

Une si visible calomnie faite en matière si grave au plus saint ix. concile qu'ait vu la chrétienté depuis les apôtres et à toute l'E- 425,12 glise catholique qu'il représentoit, vous peut faire juger, mes js ou: Frères, de celles qu'il aura faites aux saints docteurs du troisième fi siècle. Il voudroit ici m'obliger à lui répondre passage à passage, ,;. «et à reprendre les textes des Péres qu'il a produits » contre

moi ?: mais pourquoi ce long examen ? Pour réfuter ce qu'il di-

soit, que les Personnes n'étoient pas distinetes de toute éternité,

ou que le Verbe n'étoit qu'un germe et une semence qui devoit S'avancer avec le temps à une existence actuelle? Mais il le réfute

1 Tabl., lett. v1, p. 25. — ? Ibid., p. 284, 288.

Vraie méthode de la dispute, où l'on ne doit jamais s’obliger à

prouver les vérilés dont on est d'accord.

lui-même à présent, et il se dédit de ses absurdités. Que veut-il donc que je réfute? Son « développement, » qui ne vaut pas mieux et dont il se dédira quand cet écrit lui en aura fait voir l'extravagance, s'il peut trouver quelque autre moyen de sauver les variations de l'ancienne Eglise? Quand il saura bien ce qu'il veut dire et que son système aura pris sa dernière forme, il sera temps de le réfuter si le cas le demande ; mais après tout je lui soutiens que cette discussion n'est pas nécessaire entre nous. Il impute mon silence à foiblesse ; et il me reproche qu'au lieu de répondre à ses passages et à toutes ses conséquences qu'il a réfutées luiméme, je n'en sors que par un Aclas*! en vous disant d'un ton plaintif : « Hélas ! où en étes-vous, si vous avez besoin qu'on vous prouve que les articles les plus essentiels, et méme la Trinité et l'Incarnation, ont toujours été reconnus par l'Eglise chrétienne ! » Il est vrai, voilà mes paroles ? : voilà cet hélas / dont il se moque. Il ne veut pas qu'il me soit permis de déplorer les iristes effets de la Réforme, qui ouvre tellement son sein à toutes sortes d'erreurs, qu'elle a besoin qu'on lui prouve les premiers principes. Mais si l’hdas lui déplait, voyons comme il répondra au raisonnement.

En vérité étois-je obligé à prouver à M. Jurieu et aux prétendus réformés ce qu'ils supposent avec moi comme indubitable? Le ministre ne le dira pas. Je ne suis pas obligé de prouver aux luthériens la présence réelle, ni aux sociniens la venue et la mission de Jésus-Christ, ni aux calvinistes la Trinité et l'Incarnation : autrement ce seroit vouloir disputer sans fin contre le précepte de l'Apótre, et renverser les fondemens qu'on a posés. Cela est clair : passons outre. Le mystère de la Trinité étant, comme il est, le fondement de la foi, par conséquent il est un de ceux qu'on aioujours crus. M. Jurieu en convient. « C’est, dit-il, une calomnie que le ministre Jurieu ait nié que les mystéres de la Trinité et de l'Incarnation fussent connus aux Péres?.» Et il ajoute « qu'il s'agit uniquement de scavoir comment les anciens ont expliqué la maniére de la génération du Fils. » Voilà done sa résolution : que les Péres ont connu le fond du mystére, en sorte que

1 Tabl., lett. VI, p. 288. — ? I Avert., n. 24. — 3 P. 209.

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