‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 42 sur 403 · PARTIE I, ART. X, N. LXVII · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. X, N. LXVII

leur erreur ne tombe que sur les manières de l'expliquer. Et si je montre au ministre que l'erreur qu'il leur attribue ne regarde pas les manières, mais le fond, il ne faudra pour le réfuter sans autre discussion que l'opposer à lui-méme : mais la chose est déjà faite et incontestable. Le mystére de la Trinité, c'est l'éternelle co-existence de trois Personnes distinctes, égales et consubstantielles; et quelque partie qu'on rejette de cette définition, on nie le fond du mystére : or est-il que le ministre Jurieu a fait nier clairement aux Pères des trois premiers siècles la distinction, la co-existence et l'égalité des trois Personnes divines, comme on à vu; par conséquent il leur fait nier le fond du mystère.

Dites-moi, qu'y a-t-il de foible dans ce raisonnement? Est-ce qu'il faut toujours tout. prouver à tout le monde, et méme tout ce dont on convient? C'est s'opposer directement à saint Paul, qui ne veut pas que les disputes soient « interminables, mal entendues et sans règle : » mais qui ordonne en termes exprès que « nous persistions dans les mêmes sentimens ‘, » et que nous marchions ensemble dans les mêmes choses «où nous sommes déjà parvenus, demeurant fermes dans la méme règle en attendant que Dieu révèle le reste * » à ceux qui ne l'ont pas encore connu. J'ai donc dà, mes trés-chers Frères, marcher avec vous dans la foi de la distinction, de l'égalité, de l'éternelle co-existence des trois Personnes divines, comme dans la foi d'un mystere toujours confessé dans l'Eglise : et m'obliger à vous prouver la perpétuité de cette foi, c'est m'obliger à vous traiter comme si vous étiez sociniens : c'est contre le méme saint Paul « vous ramener au commencement de Jésus-Christ, et jeter de nouveau le fondement que nous avions posé ensemble *. »

C'est encore la méme erreur à M. Jurieu de vouloir me faire prouver que Dieu soit spirituel, qu'il soit immuable, et que ces divins attributs aient toujours été crus comme essentiels à la religion: ear par sa confession de foi il doit le croire autant que nous, comme on a vu *. La méme confession de foi reconnoit aussi « l'égalité des trois Personnes ? ; » et c'est là encore un de

1T Timoth., 1,4; 11, 23.— ? Phid., 111, 15, 16.— 9 Hebr., v1, 1. — * Jur., Conf., art. 1. — 5 Art, 6.

Que cette méthode de supposer dans les dis-

putes les choses

dont on convient, est celle de l'Apótre.

ces fondemens dont le ministre suppose avec moi que l'Eglise n'a jamais douté. S'il le fait aujourd'hui révoquer en doute, non par deux ou trois docteurs, mais par tous ceux des trois premiers siècles, et méme par le concile de Nicée, et qu'il ébranle tous les fondemens que nous avions posés jusqu'à présent ensemble , je suis en droit de le rappeler à nos principes communs. Qu'il prenne donc son parti; qu'il se déclare ouvertement contre la perpétuité de la foi, de l'immutabilité , de là spiritualité, de la perfection toujours égale de trois Personnes divines, alors je le combattrai comme socinien : mais tant qu'il sera calviniste , je ne suis obligé à lui opposer que sa propre confession de foi ; si j'en ai fait davantage, c'est par abondance de droit et pour l'insiruction de ceux qui cherchent la vérité de bonne foi.

ix, — Cest néanmoins sur ce fondement, et parce que je n'ai pas

Paus voulu faire un volume pour prouver par tous les anciens ce qui

saint Hip- Pt, devoit être constant entre nous, que le ministre me reproche

évéque et

Dad» mon ignorance !. Mais puisqu'il me force à entrer dans cette car-

objecté par

Imi? rjère , sans m'engager à une trop longue discussion , j'espere

mais qui

*14*4- {rouver le moyen de faire toucher au doigt sa mauvaise foi.

nonement

? dos 15 (yu'ainsi ne soit : il nous vante saint Hippolyte : et non-seulement qui." i] n'est pas pour lui, mais encore il lui fera perdre tous ceux qu'il croyoit avoir, puisqu'il nous donne le dénouement pour les expliquer. Il en produit ces paroles de l' Homélie qu'il a composée, De Deo uno et trino : « Quand Dieu voulut et de la manière qu'il voulut, il fit paroitre dans le temps qu'il avoit défini son Verbe, par lequel il a fait toutes choses : » en entendant ces paroles suivant la nouvelle idée d'une seconde naissance, le ministre présuppose le Verbe déjà né pour la première fois et actuellement existant de toute éternité : il ne faut done pas lui prouver ce qu'il avoue avec nous; et il n'y a qu'à lui faire voir que cette seconde naissance n'est que la manifestation au dehors du Verbe divin, et précisément la méme chose que nous appelons aujourd'hui l'opération au dehors, par laquelle Dieu manifeste au dehors et lui et son Verbe. La preuve en est sensible par ces paroles : « Quand Dieu voulut et de la maniere qu'il voulut, il fit paroitre son Verbe:» et s'il reste quelque équi-

1 Tabl., lett. VI, p. 265.

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