‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 43 sur 403 · PARTIE I, ART. X, N. LXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. X, N. LXVIII

voque dans le mot de faire paroitre, qui dans le grec quelquefois signifie produire, elle est ótée par toute la suite; car le martyr continue : « Celui qui fait ce qu'il veut, quand il pense, il accomplit son dessein ; quand il parle, il le montre; quand il forme son ouvrage , il met au jour sa sagesse; » et un peu aprés : «ll engendroit donc le Verbe ; et comme il l'avoit en lui-même où il étoit invisible, il l'a fait visible en créant le monde. » L'engendrer en cet endroit n’est donc autre chose que le faire paroître au dehors : ce n'est là ni un nouvel être ni rien de nouveau dans le Verbe : c'est de méme qu'un architecte, qui ayant en son esprit son idée comme le plan intérieur de son bátiment que personne ne voyoit que lui dans sa pensée, le rend visible à tout le monde, l'enfante pour ainsi dire, et le met au jour quand il commence à élever son édifice. Tel est cet enfantement et cette génération du Verbe. Tout y regarde la créature à qui il devient visible , de la méme manière que « les perfections invisibles de Dieu sont vues dans ses œuvres !. » Le Verbe ne change non plus que son Père méme dans cette manifestation ; et cette manifestation est attribuée spécialement au Verbe divin, parce qu'il est l'idée éternelle de cet architecte invisible: à quoi il faut ajouter en suivant la comparaison, que comme l'architecte parle et ordonne , et que tout se range à sa voix qui n'est que l'expression et comme la produetion au dehors de sa pensée : ainsi Dieu est représenté dans l'Eeriture comme proférant une parole, qui n'est autre chose que son Verbe manifesté et exprimé au dehors. C'est aussi ce qui fait dire à saint Hippolyte que Dieu en prononçant cette parole, qui fut la première qu'il ait proférée : « Que la lumière soit, engendra de sa lumière ; » qui étoit le fond de son essence, «la lumière » qui étoit son Verbe, c'est-à-dire comme on vient de voir, le produisit au dehors; et pour user de ses propres termes, « produisit à la créature son Seigneur; » car sans doute il n'en étoit le Seigneur qu'après qu'elle fut; et à parler proprement, le rien n'a pas de Seigneur. Par là, continue le Saint, « Dieu rendit visible au monde celui qui n'étoit visible qu'à lui et que le monde ne pouvoit pas voir , afin qu'en le voyant aprés qu'il est apparu , il 1 Rom., 1, 20.

Passage d'Alhéna-

füt sauvé. » Voilà done le dénouement que j'avois promis : toute cette production n'est que la manifestation du Verbe; c'est la manière dont on expliquoit alors ce que nous appelons à présent l'opération au dehors, sans altération et sans changement de ce qui étoit au dedans. Et lorsque le martyr ajoute aprés « que Dieu par ce moyen eut un assesseur distingué de lui, » il fait une allusion manifeste à cette Sagesse dont avoit parlé Salomon , qui fut « son inséparable assistante quand il préparoit les cieux et qu'il arrangeoit le monde qu'elle composoit avec lui!:» non que ce Verbe ou cette Sagesse commencát alors ; c'est ce qu'on ne voit nulle part: elle commença seulement d’être « l'assistante » du Père, c'est-à-dire d’être associée à son opération extérieure, que le Saint appelle toujours manifestation, en disant que ce Verbe qui est au dedans «la pensée et le sens de Dieu, » à la manière qu'on a expliquée *, « en se produisant au monde avoit été montré le Fils de Dieu; » c’est par où conclut le martyr : oü il est infiniment éloigné de ce nouvel être qu’on veut lui faire donner au Verbe, puisque tout son discours aboutit non à le faire être ou à le faire changer en quelque sorte que ce soit, mais à montrer qu’il avoit paru tel qu'il étoit, comme étant cette Sagesse « qui renouvelle toutes choses en demeurant toujours la même ?: » et afin de nous en tenir aux expressions de notre martyr, comme étant ce Verbe toujours parfait, dont avant comme aprés son incarnation , «la divinité est infinie, incompréhensible, impassible, inaltérable, immuable, puissante par elle-méme et le seul bien d'une perfection et d'une puissance infinie * : » à qui pour cette raison il adresse en un autre endroit cette parole : « Vous étes celui qui êtes toujours: vous êtes comme votre Père sans commencement et co-éternel au Saint-Esprit *. » Faites-lui dire après cela que le Verbe change, ou que comme un germe imparfait il attend sa perfection d'une seconde naissance.

Voilà donc déjà un passage dont le ministre abusoit, qui devient un dénouement de la question : en voici un autre dont il

1 Prov., VIN, 27, 30. — ? Ci-dessus, n. 31. — 3 Sapient., NII, 21. — ^ Bipp., cont. Ber. et Hel., in collect. Anast. — 5 De Antich., Bibl. PP., tom. II, p. 239.

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