‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 44 sur 403 · PARTIE I, ART. X, N. LXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. X, N. LXIX

abuse encore davantage !, et dont néanmoins nous tirerons une nouvelle lumière. C'est celui d'Athénagore, philosophe athénien et l'auteur d'une des plus belles et des plus anciennes Apologies de la religion chrétienne. Pour l'entendre il faut supposer que ce philosophe chrétien ayant à répondre au reproche de l'athéisme qu'on faisoitalors aux fidèles, donne aux paiens une idée du Dieu parfaitement un que les chrétiens servolent en trois Personnes et leur expose sur le mystère de la Trinité ce qu'ils en pouvoient porter d'abord. Son discours a trois parties. Il commence à exposer dansla premiére qu'il n'y a point d'inconvénient que Dieu ait un Fils, parce qu'il ne faut pas s'en imaginer la naissance à la maniére de celle des enfans des dieux dams les fables : « Mais le Fils de Dieu, dit cet auteur, est le Verbe ou la raison du Pére en idée , en opération, ou en efficace : car par ce Verbe ont été créées toutes choses : le Pére et le Fils n'étant qu'un et le Fils étant dans le Pére commele Pére est dans le Fils par l'unité et. par la vertu de l'Esprit : c'est ainsi que l'intelligence ou la pensée et la parole du Père est le Fils de Dieu ?.» Voilà une belle génération que ce docte Athénien nous représente dans la premiére partie de ce passage. Sil'on veut voir maintenant la traduction du ministre dans sa Leltre de 1689 d tout y paroitra défiguré : on y verra l'unité du Père et du Fils supprimée, et ce qui regarde le Saint-Esprit tellement déguisé qu'on ne l'y reconnoit plus. Mais comme il s'est réveillé et qu'il a réformé sa version dans son Tableau *, pardonnons-lui cette faute, qui demeure seulement en témoignage dé la négligence extrême avec laquelle il avoit d'abord jeté ce passage sur le papier. Voici la suite et la seconde parlie du discours d'Athénagore, qui après avoir parlé plus en général de la personne du Fils et dela manière dont le monde avoit été créé par lui, achève d'en donner l'idée autant qu'il falloit en celieu par des paroles que le ministre traduit en eette sorte: « Que si par la pénétration de vostre esprit vous croyez estre capables de contempler ce que c'est que le Fils , je vous le diray en peu de paroles. La premiére génération est au Pére, qui n'est point engendré. Car dés le commencement

1 Lett. vi, de 1689, p. 43. — ? Athen., Leg. pro Christ., n. 10. — ? Lett. vr, p. 43. — * Tabl., lett. VI, p. 130.

gore embrouillé et falsifié par le ministre

Dieu estant un entendement éternel a eu son Verbe en soimesme, parce qu’il estoit toujours raisonnable. Mais il estoit (ce Verbe) comme couché et courbé sur les choses matérielles destituées de forme : quand il a meslé les choses spirituelles avec les plus grossières, s'avancant en forme et en acte , c'est-à-dire , ajoute le traducteur, en venant à une existence actuelle. » Telle est la traduction du ministre. Il n’y a point de difficulté dans la premiere période, mais le reste n'a ni sens ni construction : jamais philosophe n'avoit tenu de discours si peu suivi, et jamais pour un Athénien rien n'avoit été plus obscur. Car que veut dire « ce Verbe couché et courbé » sur la matière, dont aussi il n'y a nulle mention dans l'auteur? Pourquoi au lieu «des choses légères, » mettre les choses « spirituelles » dont il n'étoit pas question ? Et que signifie ce mélange «des choses spirituelles avec les grossiéres?» Que veut dire aussi cette belle phrase : « La première génération est au Père qui n'est point engendré ?» Il est encore bien certain que l'original n'a point engendré, mais fait : ce que je ne prouve pas, parce que le ministre en convient ef qu'il a encore réformé cette fausseté dans son Tableau *. Mais le reste, à quoi il n'a pas touché, est inexcusable, comme on le va découvrir dans notre version que voici : « Si vous eroyez pouvoir comprendre ce que c'est que le Fils, je vous dirai qu'il est la pre- mière production de son Père; non pas qu'il ait été fait, puisque des le commencement Dieu étant une intelligence éternelle, et étant toujours raisonnable , il avoit toujours en lui-méme sa raison, (ou son Verbe; ) mais à cause que ce Verbe ayant sous lui, à la manière d'un chariot (qu'il devoit conduire) toutes les choses matérielles, la nature informe et la terre, les choses légères étant mélées avec les épaisses (et la nature étant encore en confusion), il s'étoit avancé pour en être l'acte et la forme. » Il n'y a rien là que de suivi : car aprés avoir observé que le Fils étoit la produetion de son Père, il étoit naturel d'ajouter qu'il en étoit là production, non pas comme une chose faite , 4«v/sv», ce que le ministre avoit supprimé d'abord, mais comme étant toujours naturellement en qualité de raison en Dieu qui est tout intelligence. Le reste ne 1 P. 130.

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