‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 46 sur 403 · PARTIE I, ART. X, N. LXXII · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. X, N. LXXII

servons en trois Personnes , dont il ajoute qu'il falloit connoitre « l'unité et les différences : » et comme ils ne pouvoient pas entrer dans le fond d'un si haut mystère, ni dans l'éternelle émanation du Fils et du Saint-Esprit, il se contente de faire connoitre ces deux divines Personnes par les opérations que l'Ecriture leur attribue au dehors, c'est-à-dire le Fils par la eréation, et le Saint- Esprit par l'inspiration prophétique.

C'étoient là deux grands caractères du Fils et du Saint-Esprit : l'un comme sagesse du Père est reconnu pour l'auteur de la créalion, qui est un ouvrage de sagesse; et l'autre comme son esprit est reconnu pour l'auteur del'inspiration prophétique, qui est aussi le caractère qu'on lui donne partout et méme dans le Symbole de Constantinople , où sa divinité est définie : « Je crois, dit-on, au Saint-Esprit, qui a parlé par les Prophétes : » et c’est pourquoi Athénagore le caractérise, comme font aussi les autres Péres, par le titre d'Esprit prophétique. Il ne pouvoit donc rien faire de plus convenable que de désigner ces deux Personnes par leurs opérations extérieures, ni parmi ces opérations en choisir deux plus marquées que la création de l'univers et l'inspiration des prophètes : ce qui fait voir plus clair que le jour que cette production du Verbe divin n'est en ce lieu que l'opération par laquelle il se déclare au dehors, et c'est encore ici un dénouement de la doctrine des Péres.

Je ne m'arréterai point au défaut de la version des Septante, qui font dire à la Sagesse divine dans cet endroit des Proverbes de Salomon : « Dieu m'a créée. » On sait qu'il ne s'agissoit, comme Eusébe de Césarée l'a bien remarqué , que d'une lettre pour une autre, d'un iota pour un éta , : pour »; et d'un &e:, qui signifie m'a créée, pour un 5««es, qui signifie ma possédée. L'hébreu porte, comme saint Jéróme l'a rétabli dans notre Vulgate : « Le Seigneur m'a possédée, » c'est-à-dire selon la phrase de la langue sainte : « Ma engendrée :» ce qui convenoit parfaitement à la Sagesse engendrée, qui étoit le Fils de Dieu; qui dit aussi dans la suite : « Les abimes n'étoient pas encore quand j'ai été conçue» dans le sein de Dieu ; « et j'ai été enfantée devant les collines, devant que la terre eüt été formée et que Dieu l'eüt posée sur ses

qui fait un nouveau dénoue-

ment de la doctrine

des Pères,

Comment le Fils de Dieu est créé selon quelques

Pères :

autre dénouement de leur doctrine.

Témérité du ministre qui accuse les

fondemens !. » La génération du Fils de Dieu se présentoit clairement dans ces paroles, et redressoit les idées que le terme de création auroit pu donner : et c'est pourquoi les anciens n'hésitoient pas à appeler constamment le Fils de Dieu , non pas un ouvrage, mais un Fils; non pas une créature, mais une personne engendrée avant tous les siècles. Mais l’êxrice, le créé de l'ancienne version en engagea quelques-uns, non à mettre le Fils de Dieu au rang des créatures, mais à dire que la Sagesse éternellement concue dans le sein de Dieu, avoit été créée en quelque facon, lorsqu'elle s'étoit imprimée et pour ainsi dire figurée elle-même dans son ouvrage, à la manière qu'un architecte forme dans son édifice une image de la sagesse et de l'art qui le fait agir : car c'est en cette manière qu'en contemplant attentivement une architecture bien entendue, nous disons que cet ouvrage est sage; qu'il y a là de la sagesse, c'est-à-dire de la justesse, de la proportion , et dans la parfaite convenance des parties une belle et sage simplicité. En cette sorte, outre la sagesse créatrice, on reconnoit dans l'univers unesagesse créée et une expression si vive du Verbe de Dieu, qu'on diroit qu'il s'est transmis lui-méme tout entier dans son ouvrage, ou que cet ouvrage n'est autre chose que le Verbe produit au dehors.

On voit donc en toutes manières que la doctrine des anciens docteurs n'est au fond que la méme chose que la nótre, puisque ce qu'on appelle parmi nous l'opération extérieure de Dieu agissant par son Verbe, c'est ce qu'ils appeloient dans leur langage la sortie du Verbe, son progrès, son avancement vers la créature, sa création au dehors à la manière qu’on vient de voir : et en ce sens une espèce de génération et de production, qui n'est en effet que sa manifestation, et précisément la même chose que saint Athanase a depuis si divinement expliquée dans sa cinquième Oraison contre les ariens ?.

Sije n'avois autre chose à faire, je montrerois au ministre sa témérité, lorsqu'il accuse Athénagore et les autres Pères «d’être sortis de la simplicité de l'Eeriture en tentant d'expliquer le mys-

1 Prov., VIII, 24, 25. — ? Athan., orat. v, ?n Arian., nunc orat. 1 n; 12.

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