PARTIE I, ART. X, N. LXXIV
tère 1.» Car on peut voir aisément qu'ils n'ont fait que suivre les Proverbes de Salomon, et les Livres Sapientiaux , comme on les appelle, dont saint Jean avoit ramassé toute la théologie en un seul mot lorsqu'il avoit dit : «Au commencement la Parole étoit. » Je pourrois aussi remarquer contre ceux qui les font tant platoniser qu'en ce qui regarde le Verbe ils en trouvent plus dans un chapitre de ces livres divins qu'on n'en pourroit recueillir de tous les endroits dispersés dans les dialogues de Platon; ce que je dis non pas pour nier qu'il ne convint à ces saints docteurs de présenter aux paiens des idées qui paroissolent assez convenables à une philosophie qui tenoit le premier rang parmi eux, mais pour montrer au ministre qu'ils avoient de meilleurs originaux devant les yeux.
Au reste pour en revenir aux passages qu'il a cités des saints docteurs, on peut juger par les deux qu'on a vus avec quelle témérité il a produit tous les autres. Une autre marque de son imprudence, pour ne rien dire de pis, est qu'en nommant les défenseurs de sa double nativité, il déclare « qu'il n'en excepte aucun » des Pères ?, jusqu'à citer pour cette doctrine saint Irénée, où il ne s’en trouve pas le moindre vestige, et saint Justin qui n'en dit non plus un seul mot ?. Ce n'est pas que je veuille dire qu'il soit sans difficulté. Il y a des difficultés aisées à résoudre par les principes qu'on a posés , ou par d'autres qui ne sont pas de ce lieu ; des difficultés en tout cas qui regardent M. Jurieu et les prétendus réformés aussi bien que nous; en sorte qu'ils n'ont pas droit d'exiger de nous que nous ayons à les leur résoudre. Mais pour cette difficulté de M. Jurieu qui regarde les deux naissances, lui-méme il ne produit aucun passage de ce Saint. Il est vrai qu'il eite pour cette doctrine , quoiqu'à tort, Tatien disciple de ce martyr, « et il . dit qu'il l'avoit apprise de son maitre". » Mais s'il avoit tout appris d'un si excellent docteur, il en auroit done appris la détestable hérésie des encratites, dont ce malheureux disciple a été le chef depuis le martyre de son maitre *.
Il m'insulte néanmoins par ces grands noms; et lorsque je lui
1 Lett. vi, de 1689, p. 43. — ? P. 251. — 9 Tabl., lett. vt, p. 283. — ^ Jur., lett. v1, de 1689. — 5 Epiph., her. 46
anciens
Péres de sortir de la simplicité de l'Ecriture : quel a été le platonisme
de ces saints docleurs.
Mauvaise foi du ministre, qui attribue sa double nalivilé à des auleurs d'où il n’a pu tirer aucun passage :
saint Justin, saint Irénée, saint Hippolyte.
Mauvaise foi du ministre sur le sujet de saint Cyprien.
Mauvaise foi du ministre sur le sujet
reproche qu'il a corrompu la foi de la Trinité : «M. de Meaux doit savoir, dit-il, que ces éloges ne tombent pas sur moi, mais sur ses saints et sur ses martyrs!. » Illes appelle mes martyrs, comme il a coutume de me dire avec le méme dédain : « Son Pére Pétau?; » mais en quelque sorte qu'il me les donne, en colère ou autrement, je les recois. Il nomme ensuite parmi mes saints et mes martyrs saint Justin, saint Irénée, saint Hippolyte, dont on a vu que les deux premiers ne disent rien de ce qu'il prétend, et le troisiéme en dit ce qu'on vient d'entendre, c'est-à-dire ce qui doit confondre le ministre.
Venons à saint Cyprien. Le ministre le comprendra-t-il parmi les auteurs de cette double nativité? Oui et non. Il l'y comprendra; car il dit : Et moi «je n'en excepte aucun.» Il ne l'y comprendra pas ; car il est forcé d'avouer « qu'il y a d'autres auteurs, comme par exemple saint Cyprien, oü cette théologie ne se trouve pas ; » mais il ne les exempte pas pour cela de cette double génération, puisque « cela vient, dit-il, de ce qu'ils n'ont pas eu l'occasion d'en parler. » Mais saint Cyprien a eu la méme occasion d'en parler que lesautres, puisque comme les autres il a expliqué de Jésus-Christ cette parole des Proverbes : « Dieu m'a créé, » qu'il traduisoit de méme manière qu'on le faisoit en son temps ?. Il n'en a pourtant pas conclu cette double génération de Jésus- Christ comme Dieu ; et s’il le fait naître deux fois, c'est à cause «qu'ayant été dès le commencement le Fils de Dieu, il devoit naître encore une fois selon la chair *; » par où il s'arrête manifestement à le faire naître deux fois : une fois comme Fils de Dieu, et une autre fois comme Fils de l'homme; et s’il n'a jamais parlé de cette troisième naissance, que le ministre tout seul veut imaginer comme véritable dans le sens littéral, ce n'est pas manque d’occasion, mais c'est que ni lui ni les autres ne songeoient seulement pas à cette chimère.
Il nous allégue une autre raison du silence de quelques Pères sur cette double génération : Ou « c'est peut-étre, dit-il, qu'ils étoient plus modérés que les autres. » Mais si à titre de modéra-
! p, 285. — ? P. 284, 296. — 3 Cypr., lib. Il, Test. ad Quir., cap. 1. — * Ibid., cap. VIII.