PARTIE I, ART. X, N. LXXVII, LXXVIII. Ti
tion ou autrement, il nose pas se promettre de trouver dans tous les anciens sa seconde nativité, il ne falloit donc pas trancher si net: « Et moi je n'en excepte aucun; » car c'est là trop visiblement assurer ce qu'on avoue qu'on ne sait pas, et contre sa propre conscience vouloir trouver des erreurs qu'on puisse imputer à l'Eglise.
C'est ce qui lui fait ajouter qu'il ne faut pas faire deux classes des anciens auteurs, parce « qu'on ne lit rien chez ceux qui se taisent » de cette double génération, « qui condamne directement, ou indirectement ce queles autres ont écrit là-dessus !. » Quelle erreur ! Tous ceux qui font Dieu spirituel et immuable, et qui en parliculier font le Fils de Dieu incapable de changement, s’opposent directement à cette double génération, qui le fait une portion inégale de la substance du Pére; un fils engendré à deux fois, formellement imparfait et venant avec le temps à sa perfection à la manière d'un fruit qui a besoin de mürir. Mais où ne trouve-t-on pas cette immutabilité et indivisibilité, puisque nous l'avons montrée partout, et méme dans les auteurs à qui on veut attribuer cette naissance imparfaite? C'est donc qu'eux-mémes ne la eroyoient pas; personne ne la croyoit parmi les Pères: cette seconde nativité n'est qu'une similitude qu'on prend trop grossièrement au pied de la lettre. Il ne faut donc pas demander qu'on montre dans les trois premiers siècles une réfutation expresse d'une chimére qui n’y fut jamais : on ne l'a non plus réfutée dans les siècles suivans; car on n'y songeolt seulement pas, parce qu'on ne trouvoit tout au plus une erreur si insensée que dans quelques extravagans qu'on ne connoit point, et que jamais on n'a crus dignes d’être réfutés. Si le raisonnement du ministre avoit lieu, il n'y auroit donc qu'à imaginer dans la suite toutes sortes d'extravagances, et à leur donner du crédit sous prétexte qu'on ne pourroit démontrer qu'elle eût été réfutée. C'est donc une erreur grossière de parler ici de réfutation ; et c'est assez que nous montrions à notre ministre que ses idées ridicules répugnent directement à celles des Pères dès l'origine du christianisme.
]l revient à saint Cyprien : « Et il n'est pas apparent, dit-il,
des autres Pères.
Injuslice du minisire, qui veut qu'un lui montre dans les premiers siécles la réfutalion expresse d'une chimére qui n'y fut jamais.
Autre faux
xisome- que saint Cyprien, par exemple, qui vénéroit si fort Tertullien et "oue quilappeloit son maistre, le regardast comme un ennemi de la "Ww e divinité de Jésus-Christ 1. » Mais trouve-t-il bien plus apparent wu que saint Cyprien regardàt son maitre comme un ennemi déclaré de la perfection et de l'immutabilité du Fils de Dieu, ou qu'il trouvât bon qu'on l'appelàt Dieu en le faisant imparfait, et en lui faisant attendre du temps sa dernière perfection? Il faut donc dire que saint Cyprien n'y aura pas vu ces erreurs non plus que les autres, et qu'il n'aura pas fait à Tertullien un erime d'une métaphore ou d'une similitude. Ainsi nous pouvons conclure sans crainte, que le ministre n'entend pas les Péres qu'il a cités, et que c’est par un aveugle entétement de trouver des variations
qu'il les implique dans l'erreur.
ixi. Il met au rang de ses partisans sur la double génération saint eae Clément d'Alezandrie?, où il n'y en a pas un trait. Il cite le t» km. Père Pétau?, qui trouve bien dans ce Père des locutions incomdeis modes, mais non pas sur le sujet que nous traitons. Mais je denn mande à M. Jurieu : Osera-t-il mettre cet auteur parmi ceux qui uer da ne combattent ni directement ni indirectement la prétendue ercu reur des anciens? Quoi donc! ne combat-il pas l'inégalité et l'imwur. perfection du Fils, lui qui l'appelle en un endroit « vraiment Dieu et égalau Seigneur de toutes choses *; » et en d'autres, «toujours parfait et parfaitement un avec son Pére? » Mais poussons à bout cet article de Clément Alexandrin. Après tout que blàmera-t-on dans cet auteur ? Ce qu'on y blàme le plus en cette matière, c’est d'avoir appelé le Fils « une nature trés-proche du seul Tout- Puissant. » Mais pesons toutes ces paroles : « une nature; une chose née :» d’où vient le mot de nature en grec comme en latin, 90s«, une chose naturelle à Dieu : qu'y a-til là de mauvais? Le Fils de Dieu n’est-il pas de ce caractère, c'est-à-dire Fils par nature, et non par adoption? Ce qui fait dire à saint Athanase que le Pére n'engendre pas son Verbe par volonté et par libre arbitre,
mais par nature?; et que la fécondité « estnaturelle » dans Dieu’,
1 p. 252. — ? P. 951. — 8 Lib. I, de Trin., cap. 1V, n. 15 ?bid., cap. v, n. 7. — * Clem., in Protrep., vide sup., n. 30, 46.— * Athan., orat. IV, in Arían., nunc orat. n1, n. 61 et seq. — 6 Orat. 11, ibid.