‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 49 sur 403 · PARTIE I, ART. X, N. LXXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. X, N. LXXIX

quoiqu’elle soit dans une autre vue propre et personnelle dans le Père. On a donc pu et on a dà regarder dans le Fils de Dieu sa naissance comme lui étant naturelle. Le mal seroit si l’on vouloit dire qu'il est d'une autre nature, c'est-à-dire, d'une autre essence, ou d'une autre substance que son Pére; mais ce saint prétre d'Alexandrie a exclu formellement cette idée, et surtout dans les endroits où il a dit, comme on a vu, que le Père et le Fils sont un, et un de l'unité la plus parfaite. Pendant qu'il pense comme nous, est-ce un crime de ne parler pas toujours de méme? Mais il a dit que le Verbe est une nature, ou , comme nous l'entendons, une chose naturelle en Dieu, « et trés-proche du seul Tout-puissant, » toostxscérn. Où est le mal de cette expression? C'est qu'au lieu de dire « trés-proche, » il falloit dire un avec lui. IL Y'a dit aussi, comme on a vu : regardez-le selon la substance, il est un : regardez-le comme distingué, il est trés-proche; et remarquez que ce très-proche doit être traduit trés-uni à Dieu, et une chose qui lui convient trés-parfaitement; car tout cela est renfermé dans le terme cosy. Ce n'est rien d'étranger au Pére, puisqu'il est son Fils, et son Fils qui ne sort jamais du sein paternel, qui est toujours dans le Père, comme le Père est toujours dans le Fils. Q'y a-t-il là que de vrai? Et pouvoit-on mieux exprimer cet apud Deum de saint Jean, qui signifie tout ensemble, et en grec comme en latin, être en Dieu, être avec Dieu, être auprès de Dieu ou chez Dieu; c'est-à-dire être quelque chose qui lui soit trés-proche et trés-inséparablement uni? Et pour ce qui est d'avoir appelé le Père le seul Tout- Puissant , les moindres théologiens savent que ce n'est rien, puisque Jésus-Christ a dit lui-même : « Or c'est la vie éternelle de vous connoitre, Ô mon Pére, vous qui étes le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé! : » où il ne craint point d'appeler son Père le seul vrai Dieu, avec autant d'énergie que ce savant prêtre l'appelle le seul Tout-Puissant. Je n'ai pas besoin ici de rappeler cette doctrine commune, qu'en parlant du Pére ou du Fils ou du Saint- Esprit, le seul n'est pas exclusif des personnes inséparables de Dieu, mais de celles qui lui sont étrangéres; c'est pourquoi saint 1 Joan., XVII, 3.

Clément d'Alexandrie, qui appelle ici le Père le seul Tout-Puissant, reconnoit ailleurs, comme on a vu !, la toute-puissance du Fils et l'appelle méme formellement le seul Dieu, comme le ministre l'avoue ? : « Hommes, dit-il, croyez en celuy qui est Dieu et homme; mortels, croyez en celuy qui est mort, et qui est le seul Dieu de tous les hommes ?. » Le Père n'en est pas moinsDieu, comme le Fils n'en est pas moins tout-puissant.

Après que ces difficultés sont dissipées, la divinité de Jésus- Christ va luire comme le soleil dans saint Clément d'Alexandrie ' : « La trés-parfaite , trés-souveraine, trés-dominante et trés-bienfaisante nature du Verbe est très-proche, trés-convenante, trèsintimement unie au seul Tout-Puissant. C'est la souveraine excellence qui dispose tout selon la volonté de son Père; en sorte que l'univers est parfaitement gouverné, parce que celui qui le gouverne agissant par une indomptable et inépuisable puissance, regarde toujours les raisons cachées, » et les secrets desseins de Dieu. « Car le Fils de Dieu ne quitte jamais la hauteur d'oü il contemple toutes choses; il ne se divise, ni ne se partage, ni ne passe d'un lieu à un autre : ilest partout tout entier sans que rien le puisse contenir, tout pensée, tout œil, tout plein de la lumière paternelle, et tout lumière lui-même ; voyant tout, écoutant tout, sachant tout; » c'est-à-dire sans difficulté, le sachant toujours, «et pénétrant par puissance toutes les puissances; à qui tous les anges et tous les dieux sont soumis. » Si le ministre avoit vu cinq cents endroits qu'on trouve dans cet excellent auteur, de cette élévation et de cette force, il n'en mépriseroit pas conime il fait la théologie *. Elle renverse son système par les fondemens. Si le Fils de Dieu est une chose naturellement trés-parfaite et toujours immuable, il n'a donc pas eu besoin de naitre deux fois pour arriver à sa perfection. Si son immutabilité exclut jusqu'au moindre changement quant aux lieux et quant aux pensées, c'est en vain qu'on lui veut faire acquérir de nouvelles manières d’être. L'inégalité n'est pas moins excluse , puisque saint Clément Alexandrin vient de le faire si pénétrant, si puissant, et s'il est permis de

1 Ci-dessus, n. 30, 46. — ? Jur., p. 233. — ? Clem., i Protrep.— * Strom. vit, init. — 5 P, 233.

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