‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 50 sur 403 · PARTIE I, ART. X, N. LXXX · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. X, N. LXXX

parler en cette sorte, si immense que le Pére ne peut l'étre davantage. Le ministre a donc cité témérairement cet auteur comme tant d'autres, et il ne veut qu'éblouir le monde par de grands noms.

Sans entrer dans tout ce détail, qui ne m'étoit pas nécessaire, dés mon premier Avertissement je lui ôtois en un mot tous les anciens en le renvoyant à Bullus, de qui il pouvoit apprendre le véritable dénouement de tous leurs passages. Mais sa mauvaise foi paroit ici comme partout ailleurs. D'abord il n'a pas osé avouer que Bullus me favorisât, ni qu'un si savant protestant lui enlevât tout d'un coup tous ses auteurs sans lui en laisser un seul : et c'est pourquoi il dit d'abord dans son Avis à M. de Beauval! : « Un œuf n'est pas plus semblable à un œuf, que les observations de Dullusle sont aux miennes. » On ne peut pas porter plus loin le mensonge : et pour le voir en un mot, il ne faut que considérer que cette seconde nativité de quelques anciens se doit entendre selon Bullus?, «non d'une nativité véritable et propremení dite, mais d'une nativité figurée et métaphorique, » qui ne signifioit autre.chose que «sa manifestation et sa sortie au dehors par son opération : » ee que Bullus met en thèse positivement, et ce qu'il répéte à toutes les pages *, comme le parfait dénouement de la théologie de ces siècles. Or comme cette solution renverse tout le système du ministre, il s'y oppose de toute sa force; en sorte que Bullus disant que tout cela s'entend en figure, le ministre Jurieu dit au contraire et entreprend de prouver que tout cela s'entend à la lettre” : et voilà comme ces deux auteurs se ressemblent.

Pàrla méme raison on pourroit dire que le catholique et le calviniste ont ]e méme sentiment sur la présence de Jésus-Christ dansl'Eucharistie, parce que si l'un la met en vérité, l'autre la met en figure. Les sociniens seront aussi de méme doctrine que nous, parce que Jésus-Christ est figurément selon eux ce qu'il est proprement selon nous, « Dieu béni aux siècles des siècles 5 : »

1 p; 2, — ? Def. fid. Nic., sect. Ii, cap. v, 8 3, p. 331. — 3 Sect. t1, cap. v, 8 1, 1; eap. v, 8 5, etc. — * Jur., Tabl., lett. VI, p. 248, 255, 266. — 5 Rom., yx, 3.

Mauvaise foi du ministre sur le sujet de Bullus, protestant anglois, qu'on lui avoit objecté dans le premier Avertissement.

l'affirmation et la négation, les lumières et les ténèbres ne seront plus qu'un; et le ministre trouvera tout en toutes choses.

m Il a bien fallu se dédire d'une si visible absurdité, mais c'est rodi- * . . * . A gieuse dit- foujours de mauvaise foi; car au lieu que, dans l’Avis à M. de

férence .

ee à Beauval, Bullus et Jurieu étoient deux œufs si semblables qu'il

doctrine

& Bulus n'y avoit nulle différence, dans la sixième lettre du Tableau

et celle de

M. Jurieu, M. Jurieu se contente « qu'il n'y ait pas dans le fond grande dif-

qui veut

li être férence'!. » Mais quelle plus grande différence veut-il trouver

semblable.

que celle du sens figuré au sens propre; que celle qui met en Dieu de l'imperfection et du changement et celle qui n'y en met pas; que celle qui introduit des variations dans les sentimens et celle qui n'en reconnoit que dans les expressions; que celle qui donne au christianisme une suite toujours uniforme et celle qui commet les pères avec les enfans, les premiers siècles avec la postérité, qui donne enfin une face hideuse au commencement de la religion etàtoute l'Eglise chrétienne?

ARTIGLE XI.

Que selon ses propres principes le ministre devoit recevoir le dénouement de Bullus, et qu'il tombe manifestement dans l'extravagance.

ixxxu. Mais pourquoi vouloir obliger le ministre Jurieu, un si grand ralre ‘à original en mátiere de théologie, à suivre les sentimens de Bullus? s» qis Je le dirai en un mot : c'est qu'il s'y devoit obliger lui-même, dang des pour n'avoir point à dire cent absurdités qu'on vient d'entendre, dont avec cent autres qu'on découvrira dans la suite; et si l'on veut ministve EU : .

awoit, parler plus à fond, c’est que le sentiment de Bullus portoit, surmali pas tout dans un homme qui comme M. Jurieu fait profession de re- Veste connoitre la divinité de Jésus-Christ, un caractère manifeste de: de vérité qu'on ne pouvoit rejeter sans extravagance. Car d'abord

tous les endroits dont le ministre abuse étoient constamment des comparaisons, des similitudes, ou si vous voulez, des métaphores, puisque les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées, et encore des similitudes tirées des choses sensibles pour les transporter aux divines. De là venoient ces extensions,

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