‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 52 sur 403 · PARTIE I, ARTICLE XI, N. LXXXV. SS · texte numérisé non relu

PARTIE I, ARTICLE XI, N. LXXXV. SS

tout le fondement de ces enveloppemens et développemens tant vantés, et de cette double naissance qu'on veut prendre au pied de la lettre : et parce que cet auteur a entassé comparaison sur comparaison, et métaphore sur métaphore, pour trouver parmi les anciens des variations plus que dans les termes, il faudra leur faire tout dire à la lettre et embrouiller toute leur théologie. Ne voilà-t-il pas une rare imagination et une chose bien difficile à entendre, que le dénouement de Bullus qui rejette ces idées ? Mais enfin je vais vous forcer à le recevoir; car cette parfaite nativité de Tertullien n'arrive qu'à ces paroles : « Que la lumière soit faite : » ce fut alors et-à cette voix que, dit Tertullien, le Verbe « recut son ornement et sa parfaite nativité !. » Ce sont les mots de cet auteur. Mais cette parole : « Que la lumiére soit, » ne se fait entendre qu’après qu'il a été dit : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ? : » Le ciel et la terre étoient done que le Verbe n'étoit pas encore; ou en tout cas il n'avoit pas son être distinct, comme vous le vouliez en 1689, ou son être développé, comme vous l'avez mieux aimé en 1690. Le Verbe étoit done alors aussi informe que le monde. Mais par qui done avoient été faits le ciel et la terre? N'est-ce pas encore par le Verbe? Et saint Jean en a-t-il trop dit lorsqu'il a prononcé : « Toutes choses ont été faites par lui; » et pour appuyer davantage : « Sans lui rien n'a été fait de ce qui a été fait?? » Maissi vous étes forcé par celte parole de saint Jean, à dire que dés ce premier commencement le ciel et la terre ont eu par le Verbe tout ce qu'ils avoient d'existence, le Verbe les a-t-il faits avant que d'être luiméme, ou avant que d'étre parfait ou formé et développé, comme vous parlez? Est-ce qu'il s'élevoit à sa perfection, à mesure qu'il perfectionnoit son ouvrage? Ou bien est-ce qu'il est venu à trois fois et non plus à deux : une fois dans l'éternité, foible embryon qui avoit besoin du sein de son Père, d'où par un premier effort il commenca à le produire lorsqu'il créa en confusion le ciel et la terre, pour l'enfanter tout à fait lorsqu'il produisit la lumière ? Quoi ! vous n'ouvrez pas encore les yeux, et vous n'apereevez pas qu'en toutes ces choses il n'y a point d'autre dénouement que

1 Tertull, 4dv. Prax., n. 1. — ? Gen., 1, 1. — ? Joan., 1, 3.

Démonstration manifeste que toutici se devoit entendre par similitude.

des significations mystiques, c'est-à-dire des similitudes? En vérité vous étes outré, et on ne peut plus raisonner avee vous.

nxxwr — Mais pourquoi, me dira-t-on, ne voulez-vous pas que Tertullien possible aif pu penser des extravagances? Si c'étoit Tertullien tout seul, den ei quoiqu'il n'y ait aucune apparence qu'il en ait pensé de si Piresuont énormes, ce ne seroit pas la peine de disputer pour ce seul auteur.

pensé les

extra Mais puisque vous ne voulez excepter de ces folles imaginations

gancesque

leminisre aucun auteur des trois premiers siècles, vous mettez en vérité leur im-

mi. trop dinsensés à la tête de l'Eglise chrétienne, et vous donnez à la religion un trop foible commencement.

uxxxyt — Au surplus il ne faut pas s'imaginer que le dénouement qu'on

pe vient de voir ne serve que pour Tertullien; au contraire je n'ai dmée à choisi cet auteur qu'à cause que c'est lui qui par son style ou “ta plus ferme ou. dur, comme on voudra l'appeler, enfonce le plus ses son pour traits et appuie le plus fortement sur ces deux naissances, étant es autres

P». méme le seul qui nous a nommé cette parfaite-nativité qu'on vient d'entendre; de sorte qu'on ne peut douter que le dénouement qu'on emploie pour Tertullien, à plus forte raison ne serve aux autres, au nombre de cinq ou six qui ont eu à peu prés la méme pensée ; et en voici une raison qui ne laissera aucune réplique au ministre.

:xxvm | Le méme Tertullien, lorsque Dieu proféra ces mots : « Que la

sinisue, lumiere soit faite, » dit « qu'il proféra une parole sonore, » comme

put le traduit M. Jurieu *, voz et sonus oris, aèr offensus intelligibili endre

Tertutien ŒUditu ?. Le ministre croit trouver la méme chose dans Lactance, .

et les au-

te Pères dans. saint Hippolyte et dans Théophile d'Antioche, qui selon lui recours au ont admis cette parole « sonore, » c'est-à-dire sans difficulté, UU" comme il en convient, « une parole externe et proférée à l'extérieur. » Mais a-t-il pris au pied de la lettre les expressions de ces Pères? Point du tout; il a bien su dire qu'on voit bien que « cela ne se doit pas prendre à la rigueur, comme a fait le Père Pétau ; » onle voit bien par l'absurdité excessive de ce sentiment, qui ne peut jamais étre tombé dans une téte sensée. Pourquoi donc n'ouvrir pas les yeux à de semblables absurdités qu'il attribue lui-même à ces Pères? Pourquoi ne pas recourir à une

! Tabl., lett. v1, p. 260. — ? Tertull, adv. Praz., n. 7.

PARTIE I, ART. XI, N. LXXXIX, XC. ;8 figure qu'il a déjà reconnue en cette méme occasion dans ces auteurs? Et pourquoi s'obstiner toujours à leur faire dire au sens littéral, que le Verbe naisse imparfait dans le sein de Dieu, que son Père ou n'ait pas pu ou n'ait pas voulu lui donner sa perfection d’abord ?

La suite même des choses excluoit ce dernier sens. Les mêmes xxxix.

Que toutes

qui ont employé dans leurs interprétations cette parole ré- es loeu-

tions des

sonnante, l'ont considérée comme un corps et un revêtissement Pères di-

termi-

que Dieu donnoit à son Verbe ; de même que nos paroles sont ne une espèce de corps et de revétissement que nous donnons à nos sens figuré pensées. En suivant la comparaison et pour donner plus de substance ou, si l'on veut, plus de corps à cette parole résonnante

par laquelle on veut que Dieu ait créé la lumière, quelques-uns

de ces auteurs lui ont attribué une subsistance durable, semblable

à celle que nous donnons à nos pensées et à nos paroles, lorsque

nous les mettons par écrit. Tout cela est-il vrai à la rigueur?

Dieu a-t-il écrit ce qu'il disoit? Mais a-t-il effectivement parlé?

À qui et en quelle langue? A la matière qui étoit muette et sourde? Ou aux hommes qui n'étoient pas? Ou aux anges à qui

il ait donné pour cela des oreilles comme à nous? Forcé par l'absurdité d'une telle imagination, le ministre reconnoit ici une figure dont l'esprit est en deux mots, que Dieu agit au dehors par

son Verbe qui est son Fils; qu'il agit en commandant, c'està-dire avec un pouvoir absolu; que le Verbe par qui il commande,

et qui est lui-même son commandement ainsi qu'il est sa parole,

est une personne '; et que la méme vertu par laquelle il a une

fois créé le monde, subsiste éternellement pour le conserver.

Pour pousser à bout le ministre par ses propres principes, voici xc.

Principe

en 1690 comme il prouve que les anciens ont reconnu le Fils de au minis-

lre, qui ne

Dieu éternel, non plus « en germe et en semence, » comme il veut ps

EE P * TC . : s qu'on disoit en 1689, car il ne l'a plus osé dire depuis, mais en existence pur : n : Pères pour et en personne : « Ce seroit, dit-il, une erreur folle de croire des insensés: qu'a-

comme ils ont cru qu'il est engendré de la substance du Père ve s

double gé-

sans croire qu'il soit éternel ?. » Il a raison ; car pour en venir à nération i

les fait

cette folie, il faudroit croire que la substance de Dieu ne seroit pas plus insen- 1 Ci-dessus, n. 39. — ? P. 239.

sés que ceux qui les font ariens

Que l'erreur que

le ministre attribue aux Péres est la folie la plus manifeste qu'on püt jamais imaginer, et que le socinianisme ou l'arianisme ne sont

éternelle, ou qu'on en pourroit séparer son éternité. Passons outre: cela. est trop clair pour nous arrêter davantage. Le ministre ajoute ailleurs en parlant des mêmes Pères ', « qu'il faut croire que ceux qui errent ne sont pas fous ; et que ce seroit l'étre et se contredire d'une manière folle, que de dire absolument d'une part, que le Fils est une méme substance et qu'il est coéternel au Pére, et dire cependant qu'il aura commencé. » A la bonne heure : il ne veut donc pas que les anciens soient fous, ni qu'ils se contredisent d'une manière folle; mais si c’est une absurdité de croire qu'on soit de méme substance sans étre coéternel, ou qu'on soit coéternel, et que cependant on ait commencé : ce n'en est pas une moindre ni moins sensible que de croire qu'on soit de méme substance, sans croire qu'on soit aussi en tout et partout de même perfection ; que de croire qu'on soit éternel, sans croire qu'on le soit aussi en tout ce qu'on est; que de croire avec tous les Pères qu'on soit immuable, et qu'on change cependant; que la substance soit indivisible,et qu'on n'en tireau pied de la lettre qu'une portion; ou qu'on s'enveloppe et se développe l'un de l'autre, sans étre des corps et sans changer; que de croire enfin qu'on soit Dieu sans étre parfait, ou qu'on soit parfait ou heureux lorsqu'on manque de quelque chose; ou qu'il n'arrive point de changement dans la substance du Pére, lorsqu'il survient quelque chose à son Fils qui est dans son sein; ou que le Père ne soit pas d'abord parfaitement Pére, et qu'il laisse mürir son fruit dans ses entrailles, comme une mère impuissante ; et toutes les extravagances aussi brutales qu'impies que nous avons vues.

Je maintiens que les ariens et les sociniens n'ont rien de si insensé que cette doctrine ; car on peut bien avoir eru, ou avec les orthodoxes que le Fils de Dieu füt né de toute éternité par une seule et même naissance, ou qu'il füt né tout à fait et tout entier dans le temps, et vraiment tiré du néant : voilà deux extrémités infiniment opposées, mais qu'on peut tenir séparément l'une et l'autre, sinon avec vérité, du moins avec des principes en quelque sorte suivis; mais qu'en supposant le Fils de Dieu éternel et de méme substance que Dieu, on le supposát en méme temps si

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