‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 53 sur 403 · PARTIE I, ART. XI, N. XCII, XCIII · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. XI, N. XCII, XCIII

imparfait qu'il ne püt venir d'abord tout entier et qu'il lui fallüt du temps pour le mettre à terme, ou que son Père le changeàt lui-même volontairement dans son sein, et l'avancát à sa perfeetion avec le temps : c'est attribuer au Pére et au Fils tant d'impuissance , tant d'imperfection et un si pitoyable changement, qu'on ne peut l'avoir pensé de cette sorte , comme le ministre le fait penser non à trois ou à quatre inconnus, mais à tous les Péres des trois premiers siécles, sans une folie consommée.

Et sans tant de raisonnemens, qui obligeoit à prendre toujours à la lettre Tertullien !, le plus figuré, pour ne pas dire le plus outré detous les auteurs? Car peut-on en expliquer seulement six lignes dans les endroits dont il s'agit, sans avoir cent fois recours à la figure?.Cette parole sonore que nous avons vue, n'est-ce pas une inévitable figure, de l'aveu du ministre Jurieu? « Dieu s'agitoit en lui-méme, » comme Tertullien le répéte par deux fois ?, « et il travailloit en pensant » à faire le monde : le peut-il dire à la lettre, lui qui dit dansles mémes lieux , « que rien n'est difficile à Dieu, et qu'à lui vouloir et pouvoir c'est la méme chose? Avant que Dieu eût parlé, » dit encore Tertullien, «il médita ce qu'il alloit faire ?. » N'y pensoit-il pas auparavant et de toute éternité ? « Aussitót que Dieu voulut mettre au jour ce qu'il avoit disposé , il proféra son Verbe. » Ne pensa-t-il donc encore un coup à son ouvrage que lorsqu'il donna ses ordres pour l'exécuter? Qui ne voit manifestement les mêmes facons de parler, qui font dire que Dieu se repent ou qu'il se fáche? Mais si pour conserver dans ces expressions la majesté infinie du Père céleste, il faut nécessairement sortir du sens littéral et rigoureux, quelle peine peut-on avoir à les adoucir pour l'amour du Fils de Dieu? Mais en les adoucissant, tout vous échappe : vos deux nativités s'en vont, puisque Tertullien est le seul où vous trouvez la parfaite nativité et la conception du Verbe, et qu'enfin vous n'avez point de plus ferme appui de votre cause.

Mais il objecte que Tertullien a dit des choses encore plus dures,

1 Tertull., Adv. Prax.,n. 1. — ? Cont. Hermog., n. 18; ibid., 45. — 3 Adv. Praz,; n. 10.

rien à comparaison.

XCIT.

Que dans les passages de Tertullien, objectés par le ministre, la métaphore saule aux yeux à toutes les lignes.

Xcrlt.

Mauvaise

Wi au mr puisqu'il y a des passages où il dit que « le Père seul étoit éternistre qui $ objecedes nel, » et que le Fils a eu un commencement !.

atur Sans entrer dans la discussion de ces passage on voit bien que

NE le ministre les allégue à tort, puisque c'est évidemment contre

RYE lui-même; car constamment ce qu'ils contiennent est si excessif,

iie. — qu'on ne le peut soutenir au pied de la lettre que dans le sens des

ariens, qui nient l'éternité du Fils de Dieu. Il faut done ou les

abandonner à ces hérétiques, ce que le ministre ne veut pas;

ou bien les tempérer par quelque figure , qui est pourtant précisément ce qu'il nous conteste.

xav. Et pour montrer qu'il ne veut qu'amuser le monde, il ne faut

Mauvaise

ti du mi. qu entendre ce qu'il dit lui-même sur ces passages de Tertullien : "inne € C'estoit, dit-il, un esprit de feu qui ne scavoit garder de mesure fu n en rien, et qui outroit tout. En disputant avec sa chaleur ordinaire "fit. ui contre Hermogéne, qui faisoit la matiére éternelle, il a poussé sowie Sans borne la théologie de son siécle sur la seconde génération du Fils, pour montrer que rien n'estoit, à parler proprement, éternel que le Père; mais il ne faut pas s'imaginer qu'il ait eü dessein de nier cette existence éternelle qu'il donnoit au Verbe dans le sein et dans le coeur de Dieu ?. » Tout ce discours aboutit à vouloir trouver de la justesse dans les mouvemens d'une imagination qu'on suppose si échauffée. Mais aprés tout, pour faire sentir au ministre la bizarrerie de ses pensées, demandons-lui ce qu'il prétend faire de Tertullien? Un arien qui ne veuille pas que le Fils soit de méme substance que son Pére? Cet auteur a dit cent fois le contraire : et le ministre en convient. Quoi donc? un fou qui ne crût pas que l'éternité fût de la substance de Dieu, ou qui crût qu'on püt être Dieu sans être éternel? Il a dit tout le contraire dans le propre livre d’où est tiré le passage dont nous disputons. « Par où, dit-il, connoît-on Dieu et le met-on dans son rang, que par son éternité *? » Et ailleurs : « La substance de la Divinité c'est l'éternité, qui est sàns commencement et sans fin *. » Done le Fils de Dieu étant Dieu, de méme substance que Dieu, il faut qu'il soit éternel. Enfin que voulez-vous done que Tertullien

1 P. 240, — ? Jàr., Tabl., lett. vi, p. 262. — 3 Tertull., Cont. Herm., n. 4,— ^ Ad Not., lib. 11, cap. nit.

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