‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 54 sur 403 · PARTIE I, ART. XI, N. XCV · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. XI, N. XCV

ait pensé, lorsqu'il a dit que le Fils de Dieu n'étoit pas sans commencement? C'est, dites-vous, qu'il n'étoit pas sans commencement selon une manière d’être et en qualité de Verbe, quoiqu'it füt sans commencement dans le fond de sa personne et en qualité de Sagesse. D'abord cela est absurde, et à le prendre au pied de la lettre, contre toutes les idées des chrétiens. Mais passons tout au ministre. Supposé que Tertullien contre ses propres principes et contre tout ce qu'il a dit dans les endroits qu'on a vus, ait voulu faire le Fils de Dieu muable et né deux fois à la rigueur, aura-t-il du moins raisonné juste? Point du tout, dit M. Jurieu, il aura toujours « poussé sans borne la théologie de son siècle‘; » et il demeurera pour certain qu'il n'a pas dà dire que le Fils de Dieu eût commencé d’être, puisqu'il a, selon lui-même, une subsistance éternelle. Mais poussons encore plus avant. Cet auteur n'a-t-il pas dit clairement en plusieurs endroits, et méme Contre Hermogène, qui est le livre dont il s’agit, que ce qui est éternel ne change en rien, ni en substance, ni en qualité, ni en accident, ni enfin en quoi que ce soit? Nous en avons vu les passages qui ne souffrent point de réplique *. Mettez qu'avec ces principes un homme entreprenne de dire que celui qui est éternel naisse deux fois au pied de la lettre, et qu'une seconde naissance lui ôte ce qu'il avoit, ou lui ajoute ce qu'il n'avoit pas, cela ne se peut, et l'humanité y résiste. On ne peut pas si ouvertement se contredire soi-même, ni oublier à l'instant ce qu'on vient d'écrire. En tout cas Tertullien se sera donc contredit; il se sera donc oublié : il faudroit donc pour cette fois laisser là ce dur Africain , sans faire un crime à toute l'Eglise des obscurités de son style et des irrégularités de ses pensées.

Je ne parle pas en cette sorte de Tertullien dans l'opinion de , xtv-

ceux qui s'imaginent avoir droit de le mépriser, à cause que son inva style est forcé, et qu'il s'abandonne souvent à sa vive et trop ar- du rase dente imagination; car il faut avoir perdu tout le goût de la vé- rien contre rité, pour ne sentir pas dans la plus grande partie de ses ouvrages, sene eton

démontre

au milieu de tous ses défauts, une force de raisonnement qui nous manifeste-

ment la

enlève : et sans sa triste sévérité, qui à la fin lui fit préférer les mauvais 1 Jur., Tabl., leit. vr, p. 162. — ? Ci-dessus, n. 31.

fi « rêveries du faux prophète Montan à l'Eglise catholique, le chris-

“UT fjanisme n'auroit guère eu de lumière plus éclatante. Je ne l’abandonne donc pas en cet endroit; et je croirois au contraire pouvoir faire voir, s'il en étoit question , que tout ce qu'il a de dur dans son livre Contre Hermogéne, il nele dit passelon sa croyance, mais en poussant son adversaire selon ses propres principes. Maintenant il me suffit de démontrer l'injustice de notre ministre, qui ne cite de bonne foi aucun des Péres qu'il produit, et qui renverse lui-méme le témoignage qu'il tire de Tertullien, en voulant le prendre à la lettre dans un endroit où il avoue qu'il est outré au delà de toute mesure.

xcv. — On a honte des pitoyables raisons qu'il oppose à Bullus, qui lui

Raisons du " s: se ex

minisre montroitle grand chemin : les voici. La première : «On ne prouve pour ex- h . ,

due 1 pasles métaphores, » comme les anciens ont prouvé cette seconde

métaphore

de Bullus: naissance et ce développement du Verbe; « car les métaphores

absurdité

sont des faussetez prises et prouvées dans le sens littéral 1, » mire. Voilà de ces faux principes qu'on jette en l'air, quand on ne sait ce qu'on dit, et qu'on ne veut qu'étourdir un lecteur; car le contraire de ce qu'il avance est incontestable. On prouve les similitudes et les comparaisons, soit qu'elles soient étendues, soit qu'elles soient abrégées et réduites en métaphores, quand on les explique et qu'on en montre les convenances. On prouve tous les jours aux Juifs que Jésus-Christ est cette étoile de Jacob que vit Balaam ?, cette fleur de la tige de Jessé que vit Isaie #, cette pierre rejetée d'abord, et puis mise à l'angle que chanta David *. Nous prouvons très-bien aux protestans que l'Eglise « est la maison bâtie sur la pierre ?; » c'est-à-dire qu'elle est inébranlable, « et la cité élevée sur une montagne 5, » c'est-à-dire qu'elle est toujours visible : les protestans eux-mémes prouvent tous les jours que les sacremens sont des sceaux dela grace et de l'alliance , contre ceux qui n'y reconnoissent que de simples signes de confédération entre les fideles. On prouve donc une métaphore et une figure, lorsqu'on prouve qu'une figure explique parfaitement bien une vérité et qu'elle épuise tout le sens d'un discours; ainsi les Pères ont très-

1 Tabl., lett. vr, p. 248. — ? Num., XXIV, 17. -- ? Isa., XI, 4. — # Psal. CXVI, 22, — 5 Matth., vi, 24, 25. — $ [bid., V, 14.

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