‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 55 sur 403 · PARTIE I, ART. XI, N. XCVII · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. XI, N. XCVII

bien prouvé, non pas que le Verbe, qui est né de toute éternité, naisse de nouveau au commencement des temps, car cela porte son absurdité dans ses propres termes, mais que le Verbe qui étoit caché dans le sein de son Père a opéré au dehors, et qu'il a été manifesté lorsque Dieu a commandé à l'univers de paroitre : ce qui étoit en un certain sens produire son Verbe et mettre au jour sa pensée, comme il a été expliqué souvent.

- La seconde raison n'est pas meilleure : « En disputant contre les hérétiques, ou contre les paiens ennemis du mystére de la Trinité, parler métaphoriquement ce seroit la derniére imprudence et une inexactitude qui ne pourroit se supporter *. » Au contraire c'est précisément les esprits grossiers des paiens qu'il falloit tâcher d'élever aux vérités intellectuelles par des expressions tirées des sens : aussi tout est-il rempli de ces expressions dans les livres qu'on a faits pour les instruire; et il faut n'avoir rien lu, ou n'avoir rien digéré pour le nier. J'en dis autant des hérétiques. On a si peu évité les similitudes ou, si l'on veut, les métaphores dans les écrits qu'on a faits pour les confondre, qu'on en a méme inséré dans les symboles où on les condamne; puisqu'on a dit dans celui de Nicée : « Dieu de Dieu, lumière de lumière. » Les hérétiques sont grossiers à leur maniere, quoiqu'ils soient encore plus opiniátres. Comme opiniátres on les abat par la parole de Dieu ; comme grossiers, on se sert de tous les moyens par où on tâche d'élever les esprits infirmes à la sublimité des mystères. Il n’y a donc rien de plus pitoyable que de raisonner en cette sorte : « Tertullien disputoit contre Praxéas et contre des hérétiques qui nioient la Trinité; Théophile disputoit contre des paiens ? : » donc ils ne devoient point user de métaphores. Mais au contraire tout en est plein dans ces ouvrages, et entre autres on y voit en termes précis celle dont nous disputons. C'est dans le livre Contre Praxéas que Tertullien attribue la seconde naissance du Fils à cette « parole sonore et extérieure » dont nous venons de parler. Le ministre en produit lui-même le passage ?, et le traduit en ces termes : « Alors, dit Tertullien *, la parole receut sa beauté et son ornement, scavoir la voix et le son, quand Dieu 1 Tabl., lettr. vr. p. 248. — ? [bid. — 3 p. 245. — * Tert., Adv. Praz., cap. VI, vii.

Faux axiome du minislre, qui dit qu'on ne.se sert pas de mé-

taphores

avec les paiens ni avecles héréliques ;

il détruit

lui-même

ce faux principe.

Que le ministre, pouréviter de faire dire des absurdités aux anciens, leur en fait dire de plus outrées,

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