XCIX
Le ministre a senti lui-même
que ses sentimens
étoient outrés.
dit : Que la lumière soit; et c'est à la parfaite naissance de la parole. » Or c'est précisément de cette expression de Tertullien que le ministre a prononcé, comme on a vu, qu'il ne la faut pas entendre à la rigueur ‘. Il trouve la méme expression dans le livre de Théophile contre les paiens ?. Ainsi dans ces deux auteurs cette seconde naissance est visiblement exprimée par une similitude : et le ministre songe si peu à ce qu'il dit, qu'il exclut cette figure, non-seulement des mémes ouvrages, mais encore des mémes passages où il l'admet.
La troisième et la dernière raison a déjà été touchée : c'est, dit le ministre, « que sur une simple métaphore, les anciens ne se seroient pas emportez à dire des choses si dures, en disputant contre l'éternité de la matiére ?. » Ces anciens, qui ont dit ces duretés au sujet de l'éternité de la matière, se réduisent à Tertullien, qui semble dire que le Fils de Dieu « a eu un commencement, et qu'il n’y a que le Père qui soit éternel; » etle ministre prétend que pour sauver cet esprit outré, comme il l'appelle, et couvrir les absurdités vraies ou apparentes de son discours, il faut lui en faire dire de plus excessives, n'y en ayant point de pareilles à celles de ces deux naissances, ni qui soient pleines d’ignorarices, de contradictions et d'erreurs plus insensées.
On voit done qu'il n'y avoit rien de plus naturel que le sentiment de Bullus, et que le ministre y étoit entré en quelque facon. J'ai méme remarqué qu'en attribuant à l'ancienne Eglise les absurdités de ces deux naissances, il n'a pu s'empécher d'en faire paroitre une secrète peine *; c’est pourquoi bien qu'il eût dit et redit qu'il vouloit prendre à la lettre et sans figure ces portions et ces extensions de la nature divine, il a fallu y ajouter des pour ainsi dire, qui adoucissoient la rigueur d'un dogme affreux. Cette seconde naissance s'est faite « par voie d'expulsion, pour ainsi dire *; Dieu, pour ainsi dire, développant ce qui étoit renfermé dans ses entrailles 5. » Et encore qu'il se propose dans tout son ouvrage de faire voir des changemens véritables et de nouvelles manieres d'étre réellement attribuées à Dieu par les saints Péres (au-
t P, 260. — ? Ibid. — 3 Tabl., lett. vi, p. 248. — # Ci-dessus, n. 88. — 5 P. 257. — 6 p, 258.