‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 6 sur 403 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Dénombrement de ses erreurs : la Trinité directement attaquée avec l'immutabilité, et la spiritualité ou simplicité de l'Etre divin.

Sur la premiére question le ministre nous promet d'abord « d'expliquer et de justifier contre l'évesque de Meaux la théologie des anciens sur le mystére de la Trinité et celuy dela génération du Fils de Dieu !.» Il n'en promet pas davantage dans cette sixième Lettre de son Tableau. Mais d'abord ce n’est pas là satisfaire « à l'évesque de Meaux. » Il est vrai que je l'accuse d'avoir reconnu et toléré dans les anciens une doctrine contraire

1 "Tab., lett. vi, p. 225; art, 4-4; p. 227, 237; 252, 210.

HI, Que le ministre renonce à la solution de quinze ou vingt difficultés essentielles, et ne s'attache qu'à la

dispute de la Trinité, où il tombe dans de nouvelles erreurs.

à l'égalité, à la distinction et à la coéternité des trois Personnes divines; mais ce n'est pas là tout son crime. Selon lui, «les Péres du troisiéme siécle, et mesme ceux du quatriéme » n'ont pas mieux entendu l'Incarnation que la Trinité , « puisqu'ils nous ont fait un Dieu converti en chair selon l'hérésie qu'on a attribuée à Eutyche. » Leur erreur n'est pas moins extréme sur les autres points, puisque dans leurs sentimens « la bonté de Dieu n'est qu'un accident comme la couleur; la sagesse de Dieu n'est pas sa substance : c'estoit la théologie du siécle. On ne croyoit pas que Dieu fust partout, ni qu'il pust estre en mesme temps dans le ciel et dans la terre ‘. » Faut-il s'étonner après cela que la foi de la providence vacillàt? Un Dieu qui n'étoit qu'au ciel ne pouvoit pas également prendre garde à tout; aussi étoit-ce « l'opinion coxs- TANTE ET RÉGNANTE que Dieu avoit abondonné le soin de toutes les choses qui sont au-dessous du ciel, sans en excepter mesme les hommes , et ne s'estoit réservé la providence immédiate que des choses qui sont dans les cieux ?. » La grace n'étoit pas mieux traitée. « On laregarde aujourd'huy (remarquez que c'est toujours la foi d'aujourd'hui que le ministre recoit, et vous en verrez d'autres exemples); la grace donc qu'on regarde aujourd'huy avec raison comme un des plus importans articles de la religion, jusqu'au temps de saint Augustin estoit entiérement informe. » Ce mot d'informe lui plait, puisque méme il l'attribue à la Trinité, et l'on verra comme il s'embarrasse en tàchant de se déméler de cette expression insensée. Mais peut-être que les erreurs qu'on avoit sur la matière de la grace avant le temps de saint Augustin étoient médiocres? Point du tout: « Les uns estoient stoiciens et manichéens : d'autres estoient purs pélagiens; les plus orthodoxes ont esté semi-pélagiens : » ils sont tous par conséquent convaincus d'erreurs sur des matières si essentielles. Il en dit autant du péché originel. Quoi plus? « La satisfaction de Jésus- Christ, ce dogme si important, si fondamental et si clairement révélé par l'Ecriture, est demeuré si informe jusqu'au quatriéme siécle, qu'à peine peut-on rencontrer un ou deux passages qui l'expliquent bien ?. » On trouve méme dans saint Cyprien « des 1 Tab., lett. v, p. 225, etc. — ? Lett. v, p. 49. — ? Ibid.

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