‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 7 sur 403 · PARTIE I, ART. I, N. III · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. I, N. III

choses très-injurieuses à cette doctrine : et pour la justification, les Péres n'en disent rien, ou ce qu'ils disent est faux, mal digéré et imparfait !. » Prenez garde : ce ne sont pas ici des sentimens particuliers, mais partout les opinions régnantes et la théologie du temps. I ne dit pas quelques-uns, mais tous, et les Péres en général. Il ne dit pas : On s'expliquoit mal, ou l'on parloit avant les disputes avec moins de précaution; mais : « On eroyoit, on ne croyoit pas; » et il s'agit de la foi. Enfin l'ignorance de l'ancienne Eglise alloit jusqu'aux premiers principes; et la foi n'étoit pas méme arrivée à sa perfection « dans le dogme d'un Dieu unique, tout-puissant, tout sage, tout bon, infini et infininient parfait ?. » On a varié sur des points si essentiels et si connus, comme sur tous les autres, quoiqu'il n'y ait « point d'endroit où les Péres de l'Eglise auroient deù estre plus uniformes et plus exempts de variations que celuy-là, s'y exerçant perpétuellement dans leurs disputes contre les paiens. » Tous les savans sont d'accord qu'on a parlé plus correctement et avec plus de précision des choses dont on avoit à disputer que des autres, parce que la dispute méme excitoit l'esprit; mais il n'y a que pour les Pères des trois premiers siècles que cette règle trompe; et ils avolent l'esprit si bouché méme dans les choses de Dieu, qu'ils ignoroient jusqu'à celles qu'ils avoient tous les jours à traiter avec les paiens, et méme son unité et sa perfection infinie : nous le verrons mieux tout à l'heure, puisqu'on nous dira nettement qu'ils ne le eroyoient ni immuable , ni indivisible. Je ne m'étonne donc pas si en parlant des Pères de ces premiers siècles, le ministre les a appelés «de pauvres théologiens qui ne voloient que rez-pied rez-terre. » Quand il voudra néanmoins, ce seront des aigles et les plus purs de tous les docteurs; mais on voit en tous ces endroits-là comme il les abime : et comment auroient-ils pu s'en sauver, puisqu'ils n'étudioient pas l'Ecriture sur les matières les plus importantes, comme sont celles de la grace ?, et qu'en général « il ne paroist pas qu'ils se soient beaucoup attachez à cette lecture *, » se remplissant seulement de celle des platoniciens? Que de redites im-

! Lett. v, p. 49. — ? — Lett. vi, p. 46.— 3 Jbid., p. 50; L Avert., n 15. — #1 Avert., n. 16.

IY.

Ancienne et nouvelle doctrine du minisire également pleine de blas-

phèmes.

portunes! dira M. Jurieu. Il est vrai, ce sont des redites. J'ai relevé toutes ces erreurs de M. Jurieu dans mon premier Avertissement : mais je ne vois pas qu'on puisse, sans les répéter, lui faire voir qu'il ne songe seulement pas à y faire la moindre réponse dans louvrage qu'il vient de donner pour sa défense. Pourquoi? Est-ce peut-étre que ces matiéres ne regardent pas d'assez prés l'essence de la religion? Mais e'en sont les fondemens. Ou bien est-ce qu'elles ne regardent pas le socinianisme dont M. Jurieu fait le Tableau? Mais il sait bien le contraire : et dans ce méme Zableau il reproche aux sociniens toutes ces erreurs !*. Pourquoi done se tait-il sur tous ces points, si ce n'est qu’il évite encore autant qu'il peut M. de Meaux ? Ce lui seroit irop d'affaires de chercher des faux-fuyans à tous les mauvais pas où il s'engage; il ne s'attache qu'à la Trinité et il espère se sauver mieux parmi les ténèbres d'un mystère si impénétrable. Il reste done à lui faire voir qu'il s'y abime plus visiblement que dans les autres articles, et que ses exeuses sont de nouveaux crimes. Rendez-vous attentifs : voici le nœud. La matière est haute; et quelque ordre qu'on y apporte, elle échappe si on ne la suit : mais pour abréger la dispute, on convaincra le ministre par ses propres paroles.

Il demeure d'aecord d'avoir dit dans ses Lettres de 1689 que selon la doctrine des anciens qu'il trouve du moins tolérable, « leffusion de la sagesse, qui se fit au commencement du monde, fut ce qui donna la derniére perfection, et pour ainsi dire la parfaite existence au Verbe et à la seconde Personne de la Trinité *. » Il n'en faut pas davantage. Le Verbe avoit donc manqué dans l'éternité toute entière de sa dernière perfection. Or ce qui manque de sa perfection, visiblement n’est pas Dieu. Quand il la recevroit dans la suite, il ne le seroit non plus, puisquil seroit muable et changeant. Le Fils de Dieu n'est donc Dieu dans cette supposition que le ministre tolère, ni avant la création, puisqu'il n'avoit pas sa dernière perfection; ni depuis, puisqu'il l’a reeue alors de nouveau. N'est-ce pas assez blasphémer que d'enseigner ou de tolérer de pareils sentimens ?

1 Tab., lett. 1, 11, etc, — © Tab., lett. vi, p. 238.

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