CHI
Qne ce que le ministre objecte du
P. Pétau
et, de M. l'abbé Huet, nommé évéque d'Avranches, ne l'exeuse pas,
que toutes les différences entre les anciens et nous dépendent du style et de la méthode, jamais de la substance de la foi.
Voilà d’abord une réponse qui ferme la bouche : mais d’ailleurs quand ce savant jésuite ne se seroit pas expliqué lui-même d'une manière aussi pure et aussi orthodoxe qu'on vient de l'entendre, à Dieu ne plaise qu'il soit rien sorti de sa bouche qui approche des égaremens de M. Jurieu. Ce ministre croit me mettre aux mains avec les savans auteurs de ma communion, en proposant à chaque page le grand savoir «du Père Pétau et de M. Huet, et me reprochant en méme temps que si j'avois traversé comme eux le pais de l'antiquité, je n'aurois pas fait des avances si téméraires; mais qu'aussi je ne scavois rien d'original dans l'histoire de l'Eglise, et que ni je n'avois veü par moy-mesme les variations des anciens, ni bien éxaminé les modernes qui ont traité de cette matiére. » C'est ainsi qu'il m'oppose ces deux savans hommes. Mais quelle preuve nous donne-t-il de leur grand savoir dans les ouvrages des Péres? J'en rougis pour lui: « C'est qu'ils » les ont faits ce qu'ils ne sont pas, de son aveu propre; c'est-à-dire «le Pére Pétau formellement arien, et M. Huet guére moins ?. » C'est ainsi qu'il metle savoir de ces deux fameux auteurs, en ce qu'ils ont imputé aux Pères des erreurs dont lui-même illes excuse. Je ne veux, pour moi, disputer du savoir ni avec les vivans ni avec les morts; mais aussi c’est trop se moquer de ne les faire savans que par les fautes dont on les accuse, et de ne prouver leurs voyages dans ces vastes pays de l'antiquité, que parce qu'ils s'y sont souvent déroutés. Je lui ai montré le contraire du Père Pétau par sa savante préface. Pour ce qui regarde M. Huet, avec lequel il veut me commettre, il se trompe : je l'ai vu dès sa première jeunesse prendre rang parmi les savans hommes de.son siecle, et depuis j'ai eu les moyens de me confirmer dans l'opinion que j'avois de son savoir durant douze ans que nous avons vécu ensemble. Je suis instruit de ses sentimens, et je sais qu'il ne prétend pas avoir fait arianiser ces saints docteurs, comme le ministre l'en accuse. À peine a-t-il prononcé quelque censure qu'il l'adoucit un peu après. Il entreprend de faire voir dans les
1 p, 218. — ? Tabl., lett. VI, p. 291.