PARTIE I, ART, XI, N. CIII
locutions les plus dures de son Origéne méme, comme sont celles de créature, et dans les autres « qu'on le peut aisément justifier; que la.dispute est plus dans les mots que dans les choses ; que si on le condamne en expliquant ses paroles précisément et à la rigueur, on prendra des sentimens plus équitables en pénétrant sa pensée. » Il est méme trés-assuré qu'il ne traitoit pas exprès cette question, et qu'il n'a parlé des autres Pères que par rapport à Origéne, ou pour l'éclaireir ou pour l'excuser. Enfin il est si peu clair que ce prélat fasse Origene ennemi de la consubstantialité du Fils de Dieu, que pour justifier ce Père sur cette matière, le protestant anglois qui nous a donné son Traité de l'Oraison, nous renvoie également à M. Huet et à Bullus?. Je n'en dirai pas davantage : un si savant homme n'a pas besoin d'une main étrangere pour le défendre ; et si quelque jour il lui prend envie de réfuter les louanges que le ministre lui donne, il lui fera bien sentir que ce n'est pas à lui qu'il faut s'attaquer. Mais aprés tout, quand il seroit véritable que le Pére Pétau autrefois, et M. Huet aujourd'hui, auroient aussi maltraité les anciens que le prétend M. Jurieu, leur ont-ils fait dire comme lui que la nature divine est changeante, divisible et corporelle? Ontils dit que la perfection de l'Etre divin, sa spiritualité et son immutabilité n'étoient pas connues alors « que l'opinion constante et régnante » étoit opposée à la foi de la Providence; et les autres impiétés par où le ministre fait voir qu'on ôtoit à Dieu dans les premiers siècles, non-seulement ses Personnes, mais ce qui est pis,son escence propre et les attributs les plus essentiels à la nature divine, que les paiens méme connoissoient? Quand donc le.ministre assure que j'épargne les savans de mon parti et que je le poursuis en toute rigueur, lui qui en a dit infiniment moins?, il jette en l'air ses paroles sans en connoitre la force, puisqu'il n’y a rien eu jusqu'ici qui ait égalé ses égaremens sur ce sujet. ll se vante « d'avoir dit en propres termes dans. ses lettres de 1689, que les anciens faisoient la Trinité éternelle, tant à l'égard
1 Origen., cap. II, q. 2, n. 10, 17, 24, 28. — ? Quód Origenes de Filii éuovoio rectè sensit , consulatur. Cl. Huetius in Origen. et Bullus noster. Nota ad p. 58 lat. interpret. — 3 Jur.,flett. v1, p. 291.
GIV:
Que le ministre
se dislingue de tous les auteurs qui accusent les Pères d'arianiser, en ce qu'il met cette doctrine
de la substance que des Personnes !. » Mais il y dit précisément le contraire, puisqu'il y a dit, comme on a vu ?, que le Fils de Dieu n'étoit dans le sein du Père que « comme un germe, et une semence qui s'estoit changée en personne un peu devant la création. » Lorsqu'il blàme le Pére Pétau d'avoir dit « que le Fils de Dieu n'estoit pas une Personne distincte du Pére dés l'éternité ?, » ille blàme de sa propre erreur; et lui-même l'assuroit ainsi il n'y a pas encore deux ans, comme on a vu *. Sile Père Pétau est blàmable selon lui d'avoir fait arianiser quelques Pères, nonnulli, « ou de les avoir tous comptez, trés-peu exceptez, entre ces prétendus ariens *, » que dira-t-on du ministre, qui méprisant tout tempérament et tout correctif, ose dire à pleine bouche : « Et moy, je n'en excepte aucun? » Il n'en exceple ni n'en exempte aucun d'avoir dit que le Fils de Dieu, comme Verbe, avoit deux « nativitez actuelles et véritables : » l'une 2mparfaite dans léternité, et l'autre parfaite dans le temps *; ainsi qu'il avoit acquis dans le temps un étre « développé et parfait, et que de Sagesse de Dieu il estoit devenu son Verbe‘; » qu'il étoit done imparfait, aussi bien que le Saint-Esprit, de toute éternité; et que sur ce fondement les anciens non-seulement avoient dit, mais avoient deu dire? qu'il y avoit entre les Personnes divines une véritable et réelle inégalité ; en sorte que l'une fût inférieure à l'autre, nonseulement à raison de son origine, mais encore à raison de sa perfection. Oü étoit donc la vérité de la foi, quand tous les Péres enseignoient unanimement cette doctrine, «sans en excepter un seul ?» Ceux qui en ont dit, à ce qu'il prétend, infiniment moins que lui, se sont-ils emportés à cet excés?
Mais voici enfin le comble de l'aveuglement et l'endroit fatal
au ministre. Ceux qui ont fait selon lui arianiser les Péres, en
ont-ils conclu comme lui que la doctrine arienne füt tolérable, ou qu'elle n'eüt jamais été condamnée dans les conciles, ou enfin qu'elle ne püt être réfutée par l'Ecriture? Tout au contraire, ils ont regardé ces sentimens comme condamnables et ccldatiftls effectivement dans le concile de Nieée. M. Jurieu est l'unique et
1 P. 292, — ? Ci-dessus, n. 4-6. — ? P. 249, — * Ci-dessus, n. 4-6. — 5 p. ie — 6 P. 255, 2517, 261, 262. — 1 Ibid., p. 283. — 8 P. 264, 284.