PARTIE I, ART. XI, N. CIV
l'ineomparable, qui non content de faire enseigner en termes formels à tous les Péres des trois premiers siécles, « sans en excepter aucun, » la divisibilité et la mutabilité de la nature divine avec l'imperfection et l'inégalité des Personnes, ose dire encore dans la sixième lettre de 1689, que ce n'est pas là « une variation essentielle; » et'en 1690, « que l'erreur des anciens est une méchante philosophie, qui ne ruine pas les fondemens ! : que cette théologie pour estre un peu trop platonicienne, ne passera jamais pour estre hérétique, ni mesme pour dangereuse dans un esprit sage”; » qu'elle n'a jamais été condamnée dans aucun concile; que le concile de Nicée avoit expressément marqué dans son symbole, « qu'il ne vouloit pas condamner l'inégalité que les anciens docteurs avoient mise » entre le Père et le Fils 5, et que loin de condamner la seconde nativité qu'ils attribuoient au Verbe, «ils la confirment par leur anathème * : » enfin non-seulement que cette doctrine n'avoit point été condamnée, mais encore qu'elle n'étoit pas condamnable, puisqu'elle ne pouvoit même « estre réfutée par les Ecritures. » Voilà ce qu'a dit celui qui prétend en avoir dit « infiniment moins » que les autres, pendant qu'il s'éléve au-dessus d'eux tous par des singularités qui lui sont si propres, qu'on n'en à jamais approché parmi ceux qui font profession de la foi de la Trinité. Je ne lui fais donc point d'injuslice de le distinguer, je ne dirai pas du Pére Pétau qui s'est réduit en termes formels à des sentimens si orthodoxes, mais encore de son Scultet et des autres protestans qui ont le plus maltraité ces Pères, puisqu'aueun d'eux n'a jamais pensé à exempter de la censure des conciles et de toute condamnation la doctrine qu'ils leur attribuent. On voit maintenant ce que c'est que « ces insignes friponneries » que le ministre ne rougit pas de m'imputer; et on voit sur qui je pourrois faire retomber ce reproche, si je n'avois honte de répéter des expressions si brutales, qu'au défaut de l'équité et de la raison une bonne éducation auroit supprimées. 1 Tabl;, lett. vi. art. 4, p. 216. — ? P. 9972. — 3 P. 2711, — * P. 213.
au-dessus de toute
censure ; ce que ni catholiques ni
osé faire avant lui.
SECONDE PARTIE
QUE LE MINISTRE NE PEUT SE DÉFENDRE D'APPROUVER LA TOLÉRANCE UNIVERSELLEe
Cv. Ce qu'il y a de plus rare dans le sentiment de M. Jurieu, c’est "wx. que cette bizarre théologie qu'on ne peut ni réfater, ni condamner, int de Di proscrire , et qu'aucun homme de bon sens ne peut juger ni d qum hérétique ni méme dangereuse, tout d'un coup ( je ne sais comau ment) devient entièrement intolérable : « À Dieu ne plaise, dit-il,
que je voulusse porter ma complaisance pour cette théologie des anciens jusqu'à l'adopter ni mesme à la tolérer aujourd' huy.» Il veut done dire qu'autrefois on auroit pu adopter, ou tout au moins tolérer cette théologie des anciens; mais « aujourd'huy, à Dieu ne plaise, » c’est-à-dire qu'il la repousse jusqu'à l'horreur. Qui comprendra ce mystère? Comment cette théologie est-elle si tolérable et si intolérable tout à la fois, si dangereuse et si peu dangereuse? Et pour trancher en un mot, pourquoi ne pas tolérer encore aujourd'hui une doctrine qui n'est condamnée par aucun concile ; qui est approuvée au contraire par celui de Nicée; qui ne peut être réfutée par l'Ecriture ; qui n'a contre elle ni les Pères, ni la tradition ou la foi de tous les siècles, puisqu'on lui donne d'abord les trois premiers siècles à remplir ? Voici la conséquence que le ministre a tant redoutée ; c'est ici qu'il se rend le chef des tolérans ses capitaux ennemis, et ils se vantent euxmémes que jamais homme ne les a plus favorisés que ce ministre qui s'échauffe tant contre leur doctrine. C'est en effet ce qu'on va voir plus clair que le jour.
cv Le ministre propose la difficulté dans la septième Lettre de son pes an Z'ableau , et pour y répondre dans les formes , il dit trois choses. pour man. La première, qu'il ne s'ensuit pas pour avoir toléré des erreurs ce en un temps et avant que les matières soient éclaircies , qu’on les qui. éloi
wére doive tolérer dans un autre et après l'éclaircissement. La seconde, 1 Tabl., leit. vi, p. 268.