PARTIE II, N. CVII
que les anciens docteurs n'ont été ni ariens , ni sociniens, et ainsi que la tolérance qu'on a eue pour eux ne donnera aucun avantage à ces hérétiques. La troisième, qu'ils n'ont erré que par ignorance et par surprise, et plutót comme philosophes qu'autrement !.
Mais dans toutes ses réponses, il s'oublie lui-même. Dans la première son principe est vrai; on tolère avant l'éclaircissement ce qu'on ne peut plus tolérer aprés: je l'avoue; c'est notre docrine. Quand nous l'avancions autrefois, les protestans nous objectoient que nous faisions de nouveaux articles de foi. Nous répondions: Cela est faux; nous les éclaircissons, nous les déclarons ; mais nous ne les faisons pas, à Dieu ne plaise ! Après s'étre longtemps moqué d'une si solide réponse, il y faut venir à la fin comme à tant d'autres doctrines, que la Réforme avoit d'abord rejetées si loin. Avouons done à M. Jurieu que son principe est certain, et prions-le de s'en souvenir en d'autres occasions : mais en celle-ci visiblement il a oublié ce qu'il vient de dire. Une erreur est bien éclaircie, lorsqu'elle est bien réfutée par les Ecritures, que la foi de tous les siècles y paroit manifestement opposée, et qu'à la fin elle est condamnée par l'autorité de l'Eglise et de ses conciles. Or M. Jurieu vient de nous dire qu'encore à présent l'erreur qu'il attribue aux trois premiers siècles ne peut être ni réfutée par l'Ecriture, ni convaincue du moins par la tradition et par le consentement de tous les siècles; et que loin d’être condamnée par aucun concile, elle ne l'est pas méme dans celui de Nicée, où la matière a été traitée, délibérée, décidée expressément : qu'au contraire elle y a été confirmée. Il n'est donc encore arrivé à cette matière aucun nouvel éclaircissement, par où l'erreur des trois premiers siècles soit moins tolérable qu'alors. Bien plus, ce n'est pas méme une erreur contre la foi, puisque M. Jurieu nous apprend qu'elle ne peut étre détruite que par les idées philosophiques que nous avons aujourd' huy. Or la foi n'est pas -d'aujourd'huy, elle est de tous les temps : la foi n'attend pas à se former, ni à se régler par les idées philosophiques ; etil est autant tolérable d'étre mauvais philosophe, pourvu qu'on soit vrai fidéle,
1 Tabl, lett. vu, p. 351.
dans les Péres, ne l'est. plus à présent,
Que le ministre se contredit, lorsqu'il avance que celte matière est maintenant plus éclaircie que durant les premiers siècles.
maintenant, que dans les siècles précédens : et la raison est que la foi tient lieu de philosophie aux chrétiens : ainsi M. Jurieu ne sait ce qu'il dit, et on ne sait sur quoi appuyer son intolérance ; par conséquent voilà en un mot sa première raison par terre; la seconde ne tiendra pas plus longtemps.
cu. —— Les Pères n'étolent, dit-il, ni sociniens ni ariens; donc pour
Qu'en to-
iérant. les les avoir tolérés, on ne doit pas pour cela avoir la méme condes-
erreurs
ail ati- cendance pour ces hérétiques. Il est aisé de lui répondre selon ses
buoit aux
tis pre premières Lettres. Les anciens à la vérité n'étoient ni ariens
miers
siècles en ni sociniens à la rigueur ; mais ils disoient toutefois que les trois 'an 1689,
te mise Personnes divines n'étoient pas égales; qu'elles n'étoient pas dis-
est con-
trint-de tinctes les unes des autres de toute éternité ; que le Fils de Dieu
tolérer une
rartietes- n'étoit qu'un germe et une semence devenue personne dans la
essentielle
4e l'ai. Suite, et enfin que la Trinité ne commenca d’être qu'un peu avant
nisme et
dusocinia- a. Création de l'univers : ce qui emportoit une partie trés-essen-
"77 -tielle de l'arianisme et du socinianisme. Il les eût pourtant tolérés
avec ces erreurs, comme on a vu : il eüt donc toléré une partie essentielle de l'erreur arienne et socinienne.
CIX. Mais on dira qu'il s’est mieux expliqué dans les Lettres de cette
Que le
ministre, année. Point du tout: car il persiste dans la méme erreur sur
£h'ise/oors^- m Dro . + .
Bp l'inégalité des Personnes, puisqu'il y soutient encore que les anans ses 4 5 * A E 5" 5
les de Clens, dont il reconnoit que la doctrine est irréprochable, font le 16 , E * * . . , *. ^ , *
nisse les Fils et le Saint-Esprit inférieurs au Père en opération et en pererreurs
qu'il ati- fection ; de vrais ministres au-dessous de lui, produits dans le
bue aux
tris pre- temps, et si librement selon quelque chose qui est en eux, qu'ils
ee pouvoient n'étre pas produits à cet égard ; imparfaits dans l'éterue nité, et acquérant avec le temps leur entière perfection ; le Fils de Dieu en particulier devenu Verbe dans le temps, de Sagesse qu'il étoit auparavant. Voilà ce que dit encore le ministre dans ces Let(res où il prétend redresser son système. Il est vrai qu'il s'est redressé en quelque facon sur la distinction des Personnes : parlons franchement ; il s'est dédit : et au lieu que la Trinité n'étoit pas distincte d'abord et selon ses premières Zettres, par les secondes elle est seulement développée : mais il ne se tire pas mieux d'affaire par cette solution, puisque de son propre aveu la Divinité y demeure divisible, corporelle, sans contestation