PARTIE II, N. CX
muable; ce qui est une partie des plus essentielles de l'erreur socinienne, ou quelque chose de pis.
Il est ici arrivé à M. Jurieu ce qui lui arrive toujours, comme à tous ceux qui se trompent et qui s'entétent de leur erreur. Occupé et embarrassé de la difficulté où il est, il oublie les autres. Il songe à parer le coup de l'arianisme des Pères; et comme si la saine doctrine consistoit toute en ce point, dans les autres il la laisse sans défense et également exposée à des coups mortels. Parlons net : la spiritualité et l'immutabilité de l'Etre divin , ne sont pas moins essentielles à la perfection de Dieu que la Divinité de son Verbe. Si donc vous souffrez l'erreur qui attaque ces deux attributs divins, de l'un à l'autre on vous poussera sur tous les points ; et dussiez-vous en périr, il vous faudra avaler tout le poison de la tolérance. Votre seconde raison n'est donc pas meilleure que la première. Il ne vous reste que la troisième, qui est sans comparaison la pire de toutes.
« Quand il seroit vray, dites-vous, ce qui est trés-faux, que ces anciens par ignorance (il ajoute après, ou par surprise ) seroient tombez dans une erreur approchante de l'arianisme, il ne seroit point vray que ce fust la foy de l'Eglise d'alors : ce seroit la théologie des philosophes chrétiens‘. » Songez- vous bien, M. Jurieu, à ce que vous dites? Les tolérans vont vous accabler. Dans une hérésie aussi dangereuse que l'arianisme , ou dans les erreurs approchantes , vous tolérez les Péres à cause de leur ignorance : c'est pour la méme raison et en plus forts termes que les tolérans vous demandent que vous tolériez les peuples. Si dans la grande lumière du christianisme , les docteurs de l'Eglise ont pu ignorer dans la nature divine sa parfaite immutabilité, et dans les Personnes divines leur égalité entière : pourquoi ne voulez-vous pas qu'un peuple grossier puisse ignorer innocemment les mêmes choses ou d'autres aussi sublimes ? Mais si l'immutabilité de Dieu, qui est si claire à la raison humaine, a été cachée aux maitres de l'Eglise, pourquoi les disciples seront-ils tenus à en savoir davantage, et avec quelle justice les obligez-vous à concevoir des mystères plus impénétrables? Que faire dans cette occasion, puis-
1 Lett. vir, p. 355.
Que le ministre ,
poussé par les catholiques et les tolérans ne se peut défendre contre eux que par des principes contradicloires.
Hlusion du ministre et
démonstration plus manifeste de ses contradielions.
Etrange constitution des trois pre-
miers siècles, où
qu'il faut changer de principes, ou donner gain de cause aux tolérans? Mais voici encore pour vous un autre embarras. Ditesmoi, que prétendiez-vous quand vous avez étalé ces grossiéres erreurs des anciens? Assurément vous vouliez combattre cette dangereuse et ignorante maxime de l'évéque de Meaux, « que l'Eglise ne varie jamais dans l'exposition de la foi : et que la vérité catholique , venue de Dieu, a d'abord sa perfection *. » Pour détruire cette maxime, il falloit trouver quelque chose qu'on püt appeler la foi de l'Eglise et la vérité catholique , où vous puissiez montrer quelque changement; et pour cela vous aceusez d'erreurs capitales tous les anciens «sans en excepter aucun ; » il faut maintenant changer de langage : cela étoit bon contre l'évéque de Meaux, mais contre les tolérans ce n'est plus de même : et quand toute l'antiquité seroit tombée dans une erreur approchante de l'arianisme, «ce ne seroit pas, selon vous, la foy de l'Eglise d'alors, mais seulement la théologie des philosophes chrétiens ?. »
Le ministre se sera sans doute ébloui lui-même, comme il tàche de faire les autres par cette nouvelle expression : Za théologie des philosophes. Mais que lui sert d'exténuer par ce foible titre la qualité des saints Pères ? Les tolérans, qu'il veut contenter par ce grossier artifiee , sauront bien lui reprocher que ces philosophes chrétiens c'étoient les prêtres, c’étoient les évêques, les docteurs et les martyrs de l'Eglise : enfin c’étoient ces savans de M. Jurieu, qui dans ces siècles d'ignoranee « où le savoir étoit si rare entre les chrétiens , entraisnoient la foule dans leur opinion ?. » En un mot, ou c'étoit ici par la bouche de ces saints docteurs une exposition de la foi de toute l'Eglise; et le ministre ne peut s'empécher du moins de la tolérer : ou c'étoit l'exposition de quelques particuliers ; et il n'a point prouvé contre moi les variations de l'Eglise.
Mais voici sa dernière ressource. Au milieu de ces pitoyables erreurs de tous les docteurs de l'Eglise , sans en excepter aucun, il veut que la foi demeure pure; et, dit-il *, «ces spéculations vaines et guindées des docteurs de ce temps-là n'empeschoient pas
1 Hist. des Var., préf., n. 2, 1; Tabl., lett. vr, art. 4, p. 271. — ? Tabl., lett. var, p. 555. — 9 Lett, vit, de 1689, p. 49. — * P. 269.