PARTIE II, N. CXII
la pureté de la foy de l'Eglise, c'est-à-dire, du peuple ; cela ne passoit pas jusqu'à lui. » Jamais il ne voudra voir la difficulté : car premièrement, quelle foiblesse de mettre l'Eglise et la pureté
selon le sentiment du minis-
tre, la foi
du peuple demeuroit
de la foi dans le peuple seul! « Cela, dit-il*, n'empeschoit pas la pure, pen-
pureté de la foy de l'Eglise, c'est-à-dire, du peuple : » comme si les pasteurs et les docteurs, et encore des docteurs martyrs , n'étoient pas du moins une partie de l'Eglise, si ce n'étoit pas la principale. Cela, dit-il, ne passott pas jusqu'au peuple. Mais quoi! ne lisoit-il pas les livres de ses docteurs ? Et qui a dit à M. Jurieu que ces docteurs n'enseignoient pas de vive voix ce qu'ils mettoient par écrit? Je veux bien croire que les docteurs ne préchoient pas au peuple leurs spéculations vaines et guindées, comme les appelle le ministre : mais venons au fait. Par où passoit dans le peuple la perfection et l'immutabilité de Dieu avec l'égalité de ses personnes, pendant que ses docteurs ne les croyoient pas, et n'en avoient qu'une idée confuse et fausse ? Est-ce peutêtre que durant ce temps, et dans ces siècles que le ministre veut appeler les plus purs , le peuple se sauvoit déjà, comme il l'imagine dans les siècles les plus corrompus, en croyant bien pendant qu'on le préchoit mal, et en discernant le bon grain d'avec livraie ? S'il est ainsi, ces siècles, dont on nous vante d'ailleurs la pureté, sont les plus impurs de tous, puisque les erreurs qu'on y enseignoit étoient plus mortelles ; puisque c'étoit l'essence de Dieu et l'égalité des Personnes qu'on y attaquoit, puisqu'enfin on y renversoit tous les fondemens. Ces siècles avoient done besoin d'un réformateur, ei le ministre en convient par ces paroles: « Car, dit-il ?, il n'eust fallu qu'un seul homme pour faire revenir les anciens Péres, et pour les avertir seulement de l'incompatibilité de leur théologie avec la souveraine immutabilité de Dieu. » Mais enfin cet homme manquant, que pouvoient-ils faire? L'Eeriture ne leur montroit pas ce divin attribut : ils ne furent pas assez philosophes pour le bien entendre ; le peuple moins philosophe encore n'y voyoit pas plus clair : que résultoit-il de là, sinon que Dieu passät pour changeant, et la Trinité pour imparfaite ?
1 p. 269. — 2 Lett. vir, p. 356.
dant que cele de tous les docteurs, sans en excépter aucun, étoit corronipuc
deua Le ministre croit m'étonner en me demandant si je préche à sions MON peuple les notions, les relations, les propriétés des trois is divines Personnes ; et il est assez ignorant pour se moquer en sulé: divers endroits de ces expressions de l'Ecole *. Mais que veut-il “pour es dire? veut-il nier qu’au lieu qu’il est commun au Père et au Fils, cts, on par exemple, d’être Dieu et d’être éternel, il ne soit pas propre a Père d’être Père, comme au Fils d’être Fils, et que cela ne mrer. — s'appelle pas des propriétés; ou qu'être Père, être Fils, et être l'Esprit du Père et du Fils, ne soient pas des termes relatifs; ou que les Personnes divines n'aient pas des caractères pour se distinguer, ou que ce ne soient pas caractères qu'on appelle notions ? S'illisoit lee anciens docteurs dans un autre esprit que celui de contention et de dispute, il auroit vu dans saint Athanase , dans saint Augustin, dans tous les Pères . et dés le commencement de l'arianisme dans saint Alexandre d'Alexandrie, ces relations, ces propriétés, ces notions et ces caractères particuliers des Personnes. Il s'imagine que nous croyons avoir compris le mystère, quand nous avons expliqué ces termes, au lieu que dans l'usage de l'Ecole ce ne sont pas là des idées qui rendent les choses claires , ce qui est réservé à la vie future; mais des termes pour en parler correctement et éviter les erreurs. C'est pourquoi, lorsqu'il me demande si je préche tout cela au peuple dans mes catéchismes, sans doute je préche au peuple et aux plus petits de l'Eglise, selon le degré de capacité où ils sont parvenus, que le Père n'a point de prineipe, c'est-à-dire en autres termes qu'il est le premier, et qu'il ne faut pas remonter jusqu'à l'infini : c’est cela et les autres choses aussi assurées qu'on appelle les notions sans en faire un si grand mystère ; et le ministre qui s'en moque sans songer à ce qu'il dit, les doit précher comme nous, en d'autres termes peut-étre, mais toujours dansle méme sens. Sans done s'arréter à ces chicanes, il faudroit une fois répondre à notre demande, qui est-ce qui préchoit au peuple l'égalité des Personnes et l'immuable perfection de l'Etre divin, pendant que tous les docteurs croyoient le contraire ? Le ministre dit à pleine bouche : « Nous trouvons dans les premiers siécles une beaucoup plus
1 Tabl., lett. v1, p. 268, 270, 286.