PARTIE II, N. CXIV
grande pureté que dans les àges suivans, et nous nous faisons honneur de notre conformité avec eux ‘. » Cela est bon pour s'en faire honneur, et pour faire croire au peuple qu'on a réformé l'Eglise sur le plan de ces premiers siècles. Mais cependant s'il faut trouver des variations dans la foi de l'ancienne Eglise, c'est là qu'on les cherche ; s’il faut donner des exemples des plus pauvres théologiens qui furent jamais, c'est là qu'on les prend. Ils ont si peu profité du bonheur d'étre si voisins des temps apostoliques, qu'aussitót aprés que les apôtres ont eu les yeux fermés, ils ont obscurci les principaux articles de la religion chrétienne par une fausse et impure philosophie. Pour comble d'aveuglement ils ne lisoient que Platon et ne lisoient point l'Ecriture , ou ils la lisoient sans application , et sans y apercevoir ce qu'elle avoit de plus clair, c'est-à-dire, les fondemens de la religion.
Pour ne rien omettre de considérable, il reste à examiner si en bonne théologie, et sans blesser la foi, le ministre a pu approuver ce qu'il attribue à Tertullien, que Dieu a fait son image et son Verbe ? qui est son Fils. Il y a là deux questions : l'une si Tertullien l'a dit; l'autre quand il l'auroit dit, s'il étoit permis de le suivre. Le dernier n'a pas de difficulté par les principes communs des protestans comme des catholiques, puisque nous recevons les uus et les autres le Symbole de Nicée, oü il est dit expressément du Fils de Dieu, engendré et non fait. Dire done qu'il a été fait, c’est aller contre la foi de Nicée qui nous sert de fondementaux uns et aux autres. J'en pourrois demeurer là, si le ministre en m'insultant à cet endroit sur mon esprit déclamatoire, dont il veut qu'on trouve ici un si grand exemple? , n'avoit mérité qu'on découvrit son injuste fierté. Disons-lui done quil n'y avoit rien de plus manifeste que ce qu'il a voulu embrouiller ici. Dès le premier mot de saint Jean, le Verbe est celui par qui a été fait tout ce qui a été fait*. Il est donc visiblement exclus par là du nombre des choses faites. Comme remarque saint Athanase, on nous dit bien qu'il a été fait Christ, qu'il a été fait Seigneur ^,
1 TabL., lett. vr, p. 296, 297. — ? Lett. vr, de 16$9, p. 44; I Avert., n. 12. — 3 P. 286. — # Joan., 1, 3. — * Act., 11, 36.
Que le ministre
permet tout aux tolérans, en approuvant qu'on ait dil. que le Fils de Dieu a été fait.
qu'il a été fait homme ou fait chair '; mais jamais qu'il a été fait Verbe, ni qu'il a été fait Fils: au contraire, 4l étoit Verbe et il a été fait homme, par une visible opposition entre ce que le Verbe étoit naturellement et ce qu'il a été fait par la volonté de Dieu. Mais il faut ici répéter ce qu'un proposant de quatre jours n'ignore pas, et que le ministre sait bien en sa conscience, puisqu'il a méme bien su que quarante ans, comme il le compte, aprés les apôtres, Athénagore avoit nié que le Fils fût sorti du sein de son Père comme une chose faite ?, assurant au contraire qu'il a été engendré ?, comme l'Ecriture le dit perpétuellement. Il cite aussi de saint Irénée ce passage mémorable où il oppose les hommes qui ont été faits au Verbe dont la co existence est éternelle *. Ainsi il voit bien qu'il a tort et que le langage contraire à celui qu'il tient est établi dans l'Eglise dés l'origine du christianisme. Pourquoi done a-t-il approuvé, après tant de témoignages et aprés la foi de Nicée, ce qu'il fait dire à Tertullien, que Dieu a fait son Fils et son Verbe? C'est parce qu'il ne songe pas à ce qu'il dit, et qu'en matière de foi il n'a nulle exactitude. Et pourquoile soutient-il? C'est paree qu'il ne veut jamais avouer sa faute. Il nous allégue pour toute raison que souvent faire, signifie engendrer en notre langue’; ce qu'il prouve par cette noble facon de parler que les hommes font des enfans et les animaux des petits. Ainsi malgré lEcriture, malgré la tradition, malgré la foi de Nicée, il dira quand il lui plaira (j'ai honte de le répéter), que Dieu a fait un Fils, et portera jusque dans le ciel la plus basse facon de parler de notre langue; au lieu qu'il falloit songer qu'il s'agit ici non d'une phrase vulgaire, mais du langage ecclésiastique, qui formé sur l'Ecriture et l'usage de tous les siècles, doit être sacré aux chrétiens, surtout depuis qu'il est consacré par un aussi grand concile que celui de Nicée. Cependant je suis un déclamateur, parce que je veux obliger un professeur en théologie à parler correctement ; et il fait semblant de croire que c'est sur cette seule témérité que je me plains qu'on lui souffre tout dans son parti, comme si tout ce qu'il écrit depuis
1 Joan., 1, 14. — ? Tabl., lett. vr, p. 25. — 3 Ibid., 239. — * Jren., lib. II, cap. XLiII, al. XXV, n. 3. — 5 Tabl., lett. vr, p. 286.