PARTIE II, N. CXIV
deux ans, principalement sur cette matière, n'étoit pas plein d'erreurs si insupportables qu'il n'y a qu'à s'étonner de ce qu'on les souffre.
Pour ee qui regarde Tertullien, quand il lui seroit échappé d'employer une fois ou deux le mot de faire, au lieu de celui d'engendrer, il faudroit mettre cette négligence parmi celles que saint Athanase a remarquées dans les écrits de quelques anciens *, où une bonne intention supplée à une expression trop simple et trop peu précautionnée. Car au reste, Tertullien dans le livre le plus suspect, qui est celui contre Hermogène, a bien montré qu’à Pexemple des autres Pères, il exceptoit le Fils de Dieu du nombre des choses faites, comme celui par qui tout étoit fait ?; et il ne dit pas absolument dans son livre contre Praxéas ce que le ministre lui a fait dire, que Dieu a fait son Fils et son Verbe. On peut bien dire, comme je l'ai remarqué ?, que Dieu est fait, non absolument, mais, comme dit le Psalmiste, qu'il est fait notre recours et notre refuge *. Il est clair par toute la suite, que le faire de Tertullien * se dit en ce sens. Ce que le ministre ajoute, qu'ici faire signifie former, n'est pas meilleur et ne sert qu'à faire voir de plus en plus qu'on se jette d'un embarras dans un autre, quand on veut toujours avoir raison; car on ne dira non plus dans le langage correct que Dieu ait formé son Fils ni son Saint- Esprit, parce que cela ressent quelque chose qui étoit informe auparavant : et il n'y a que M. Jurieu qu'une telle idée accommode. On dit avec l'Ecriture que le Fils est engendré ; qu'il est né; et par un terme plus général qui convient aussi au Fils, on dit que le Saint-Esprit procéde. Dieu qui dispense comme il lui plaît selon les règles de sa sagesse la révélation de ses mystères, n’a pas voulu que nous en sussions davantage sur la procession du Saint-Esprit. On ne dit pas qu'il est né, car il seroit Fils; et le Fils de Dieu ne seroit pas unique comme il l'est selon l'Ecriture ; et c'est pourquoi le ministre ne devoit pas dire en parlant du Fils ou du Saint-Esprit, que les anciens les faisoient produits librement à l'égard de leur seconde naissance; car jamais ni dans
1 Athan., orat. 111 et 1v.— ? Tertull., adv. Hermog. cap. XIX et seq.— ? I Avert., n. 19. — * Psal. 1x , 10. — 5 Adv. Praz., n. 9. — 6 Tabl., lett. vr, p. 265.
Que le ministre , qui n'en peut plus, substitue les calomnies aux bonnes raisons.
l'Ecriture, ni dans les auteurs ecclésiastiques, il n'entendra parler de la nativité du Saint-Esprit, ni dela première ni de la seconde, puisqu'il en veut donner jusqu'à deux à celui qui n’en à pas même une seule. Un homme qui tranche si fort du théologien, et qui s'érige en arbitre de la théologie de son parti, où il dit tout ce qu'il lui plait sans étre repris, ne devoit pas ignorer ces exactitudes du langage théologique formé sur l’Ecriture et sur l'usage de tous les siècles.
Ainsi manifestement il ne lui reste aucune réplique contre les tolérans. ll. n'y a plus de proposition si hardie et si téméraire contre la personne du Fils de Dieu qui ne doive passer, s'il est permis non de tolérer, mais d'approuver expressément celle qui le met au rang des choses faites. Si le Symbole de Nicée n'est pas une règle, on dira et on pensera impunément tout ce qui viendra dans l'esprit; on sera contraint de se payer des plus vaines subtilités; et ce qu'on aura souffert au ministre Jurieu, le grand défenseur de la cause sera la loi du parti.
Enfin ma preuve est complète. Il est plus clair que le jour que le ministre n'a pu établir les variations qu'il cherchoit dans l'ancienne Eglise sans renverser tous les fondemens de sa propre communion. Son argument foudroyant s'en va en fumée ; il ne faut plus qu'il cherche de variations dans la véritable Eglise, puisque celle-ci qu’il croyoit la plus certaine lui échappe ; et tous ses efforts n'ont abouti qu'à donner gain de cause aux tolérans : ainsi il tombe à leurs pieds défait par lui-même, et percé de tous les coups qu'il a voulu me porter.
Cependant pour étourdir le lecteur il met les emportemens et les vanteries à la place des raisons. Car, à l'entendre, je suis accablé sous ce terrible argument : « M. de Meaux n'y répond, ditil *, que par des puérilitez et par des injures. Il a fait précisément comme une beste de charge, qui tombant écrasée sous son fardeau, créve, et en mourant jette des ruades pour crever ce qu'elle atteint, » Je n'ai rien à lui répliquer, sinon qu'il a toujours de nobles idées. Vous pouvez juger par vous-mémes, mes chers Fréres, si je me donne une seule fois la liberté de m'épancher en
1 Tabl., lett. vi, p. 280.