PARTIE I, ART. I, N. V
Il s'excuse d'un autre blasphéme en cette sorte. Voici ses paroles : « J'ai dit dans la sixiéme Lettre pastorale de 1689 que selon Tertullien, » avec qui il veut que les autres anciens soient d'accord, « le Fils de Dieu n'a esté personne distincte de celle du Pére qu'un peu avant la création 1. » Voilà un second blasphéme assez évident : mais voici comme il s'en tire : Personne distincte, dit-il ?, c'est-à-dire personne « développée et parfaitement née. » Mais pour lui ôter ce dernier refuge et ne lui laisser aucune évasion, je lui réponds en deux mots : premièrement, que ce n'est pas là ce qu'il avoit dit : secondement, que ce qu'il veut avoir dit ne vaut pas mieux.
Premièrement donc, ce n'est pas là ce qu'il avoit dit dans ses Lettres de 1689, puisqu'il avoit dit en termes exprès : « Que le Verbe n'est pas éternel en tant que Fils; qu'il n'estoit pas une personne; que la génération du Verbe n'est pas éternelle; que la génération de la personne du Verbe fut faite au. commencement du monde; que la Trinité des Personnes ne commenca qu'alors , et qu'il y avoit trois Personnes distinctes » d la verité, « mais engendrées et produites dans le temps, » en sorte «qu'elles en venoient à une éxistence actuelle ?*: » après quoi il ne faut plus s'étonner qu'on les ait fait « inégales : » comment eussent-elles pu étre égales, puisqu'elles n'étoient pas coéternelles? M. Jurieu fait dire tout cela aux anciens * : M. Jurieu soutient qu'il n'y a là rien « d'essentiel, ni de fondamental *. » Il faut étre bien assuré de faire passer tout ce qu'on veut, pour croire qu'on puisse réduire tant d'impiétés à un bon sens.
Il distingue néanmoins : « La personne du Fils de Dieu n'estoit pas » encore; et pour parler plus généralement, «la Trinité des personnes n'estoit pas encore : » la Trinité des personnes « développées, » il l'accorde : la Trinité des personnes véritablement distinguées en elles-mêmes, mais non encore enfantées ni développées; il le nie.
Nous verrons bientót l'impiété de cette doctrine dans son fond : mais maintenant pour nous attacher seulement aux termes, je
! Lett. vr, de 1689, p. 44; Tabl., lett. vi, p. 260. — ? Ibid. — $ Lett. vr, de 1689, p. 44-46. — * | Avert., n. 10. — 5 P. 44.
Que le ministre à
changé sysléme de 1689 : les vaines dislinelions qu'il a làché d'introduire :
son prétendu développement du. Verbe
divin.
IS Qu'en
12 SIXIÈNE AVERTISSEMENT.
lui demande en un mot si distincte ne vouloit dire que développée , que n'usoit-il de ce dernier terme? que ne disoit-il clairement que dans l'opinion des anciens la personne du Fils et celle du Saint-Esprit n'étoient pas eneore développées, ce qui lui paroit innocent; au lieu de dire distinctes, qui lui paroit criminel et insoutenable?
C'est, dit-il, que «j'avois à expliquer briévement ce sentiment des Péres, n'ayant aucun intérest alors à l’expliquer plus au long !. » Il n’y avoit aucun intérêt! C'est tout le contraire car une des choses qu'il s'étoit le plus proposées dans les Lettres dont nous parlons, étoit de faire voir aux sociniens et à ceux qui les tolèrent, qu'il ne leur donnoit aucun avantage en tolérant les Pères des trois premiers siècles : et puisqu'il mettoit le dénouement à leur faire dire que la personne du Verbe étoit dans le sein de son Père comme un enfant dans celui de sa mère, « formé et distinct, mais non encore enfanté ni développé : » lui eüt-il coüté davantage de dire développé que de dire distingué? Et pourquoi n'avoir pas donné d'abord à une si grande difficulté une solution si facile, où il n'eüt fallu que trois mots?
Mais, ajoute votre ministre, je m'étois assez expliqué, puisque
1691ewi J'avols dit que «le Verbe estoit caché dans le sein de son. Pére
nistre ne faisoit du Fils de Dieu qu'un germe imparfait, el non une personne,
comme sapience : et, poursuit-il, ce qui est caché est pourtant et éxiste comme une personne ?. » Il dissimule ce qu'il avoit dit, que ce Verbe qui « estoit caché dans le sein du Pére comme sapience, » étoit seulement « son Fils et son Verbe en germe et en semence. » Or ce qui est « un germe et une semence, » visiblement n'est pas une personne ; le Fils de Dieu n'étoit done pas une personne selon M. Jurieu. Il tronque et il falsifie ses propres paroles : que faut-il donc espérer qu'il laisse dorénavant en son entier ?
On voit plus clair que le jour qu'il ne lui reste aucune défense: car pour entrer dans le fond de son raisonnement, il sait bien qu'une chose peut étre dans une autre ou en acte et selon sa forme, ou en puissance et selon ses principes, comme l'épi dans le grain, l'arbre dans son pepin ou dans son noyau, un animal
1 Tab., lett. vr, p. 238. — ? Tab., p. 260; lett. vr, de 1689, p. 44.