PARTIE III, N. V
écouter les raisons qui l'obligent à entreprendre ce parti. C'est premièrement le nombre infini de ceux dont il est formé. Car il y range les tolérans, peuple immense dans la Réforme, qu'il appelle les indifférens; parce qu'ils vont à la tolérance universelle des religions sous la conduite d'Episcopius et de Socin.
On sait assez sur ce point la pente de l'Angleterre et de la Hollande. Mais nous apprenons de M. Jurieu que nos prétendus réformés n'étoient pas exempts d'un si grand mal. Ils n'osoient le
faire paroitre dans un royaume où les catholiques les éclairoient
de trop prés pour leur permettre de donner un libre essor à leurs sentimens. Mais enfin, dit M. Jurieu, «le rideau a esté tiré, l'on a veù le fond de l'iniquité, et ces Messieurs se sont presque entiérement découverts, depuis que la persécution les a dispersez en des lieux où ils ont cru pouvoir s'ouvrir avecliberté!. » Voilà un
aveu sincère qui fait bien voir à la France ce qu'elle cachoit dans
son sein, pendant qu'elle y portoit tant de ministres. Nous en soupconnions quelque chose, et M. d'Huisseau, ministre de Saumur, célèbre dans la Réforme pour en avoir recueilli la discipline, publia il y a quinze ou vingt ans une Réunion du christianisme
"sur le pied de la tolérance universelle, sans en exclure aucuns hérétiques, pas méme les sociniens. Ce ministre fut déposé ; et en- -eore qu'on füt averti de bien des endroits, que ce feu couvoit sous
la cendre plutót qu'il n'étoit éteint dans la Réforme, nous avions peine à croire qu'il y füt si grand. Mais aujourd'hui M. Jurieu nous ouvre les yeux : il nous apprend que M. Pajon, ministre d'Orléans, fameux dans son parti par sa Réponse aux Préjugés légitimes de M. Nicole contre les calvinistes ?, et ceux qui établissoient avec lui toute l'opération de la grace dans la seule proposition de la parole de Dieu, en niant l'opération et l'influence du Saint- Esprit dans les cœurs, étoient de ces sociniens et de ces indifférens cachés, qui, dit-il, « formoient, dans les églises réformées de France, depuis quelques années, ce malheureux parti où l’on conjuroit contre le christianisme ?. » Ce n'étoit donc plus seulement contre l'Eglise romaine; c'étoit contre le christianisme en général
1 Tabl., leit. 1, p. 8. — ? Examen des préjugés légitimes. — 3 Tabl. du Socin., lett, 1, p. 5.
rience decouvre de plus en pluscemil de la Réforme :
preuve pàr M. Jurieu :
état de la religion prétendue réformée en France.
que la Réforme s'armoit secrètement. Leministre voudroit bien nous faire aceroire que la persécution qu'on. faisoit à la prétendue Réforme , l'empéchoit de réprimer ces ennemis cachés de la religion chrétienne : mais au contraire c'étoit manifestement la crainte des catholiques qui les tenoit dans le silence; car n'y ayant que le calvinisme qui fût toléré dansle royaume, les nouveaux pélagiens, les nouveaux paulianistes, et en un mot les sociniens et les indifférens avoient tout à craindre. Ils n'avoient done garde de paroitre tant qu'ils étoient parmi nous, et aussi n'ont-ils éclaté qu'à leur dispersion, quand ils se sont trouvés dans des pays où, comme dit M. Jurieu , ?ls ont eu la liberté de parler * ; c’est-à-dire, dans les pays où la Réforme dominoit.
vi. Voilà donc manifestement cette cabale toute socinienne, comme voit: l'appelle M. Jurieu ?,qui ne tendoit pas à moins qu'à ruiner le chris-
dus réfor-
més ae. tianisme : la voilà, dis-je, fortifiée par le soutien qu'elle trouve dans
devient le8 pays protestans, oü les réfugiés de France ont été dispersés.
ies «Les jeunes gens, dit notre ministre *, venus tout nouvellement de France, gros de la tolérance universelle de toutes les hérésies et de leur esprit de libertinage, ont eru que c’estoit ici le vray temps et le vray lieu d'en accoucher. » C'est ainsi que la jeunesse étoit élevée parmi nos prétendus réformés. Elle éfoit grosse de lindifférence des religions; et ce monstre, que les lois du royaume ne lui permettoient pas d'enfanter en France, a vu le jour, aussitót que cette jeunesse libertine, comme l'appelle M. Jurieu *, a respiré en Hollande un air plus libre.
vi. — Combien est puissante cette secte dans les pays où écrit M. Juguit de Tieu,.on peut le juger par la préface de son livre, Des deux sousur reat Verains. « Aujourd'hui, dit-il *, le monde est plein de ces indifhh férens, et particulièrement dans ces provinces : les sociniens et CU les remontrans le sont de profession : mille autres le sont d'incli-
nation. » Il ne faut donc pas s'étonner si les réfugiés francois sont enfin accouchés de ce nouveau dogme dans un pays si favorable à sa naissance, et on peut croire que le ministre ne parleroit pas de cette manière d'un pays qui lui a donné une re-
1 Tabl. du Socin., let. 1, p. 8. — 2 Ibid., p. 5, 6. — * Tub/., lelt. vit; p: 419. — * [bid. — 5 Des droits des deux souverains. Avis au lecteur.