‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 73 sur 403 · PARTIE IIT, N. VIII · texte numérisé non relu

PARTIE IIT, N. VIII

traite si avantageuse, si la force de la vérité ne l’y obligeoit.

C'est en vain qu'il s'efforce ailleurs de diminuer cette cabale de la jeunesse francoise, en supprimant le grand nombre des ministres qui la composent. « Le nombre, dit-il ‘, n'en'est pas grand, etlesoupcon ne doit pas tomber sur tant de bons pasteurs qui sont sortis de France. » Mais le mal éclate malgré lui; ce qui lui fait dire à lui-même, «qu’on fait publiquement les éloges de ces livres qui établissent la charité dans la tolérance du paganisme, de l'idolàtrie et du socinianisme : » et encore: « Notre langue n'estoit pas encore souillée de ces abominations ; mais depuis notre dispersion, la terre est couverte de livres francois qui établissent ces hérésies ?. » Ainsi les indifférens n'osoient se déclarer étant en France, et on voit toujours que la dispersion a fait éclore le mal qu'ils tenoient caché. Depuis ce temps, poursuit-il *, « on voit passer dans les mains de tout le monde les pièces qui établissent cette tolérance universelle, laquelle enferme la tolérance du socinianisme : et on voit sensiblement les tristes progrés que ces méchantes maximes font sur les esprits. » Le mal gagne déjà les parties nobles : « Quand, dit-il, le poison commence à passer aux parties nobles, il est temps d'aller aux remédes : outre que le nombre de ces indifférens se multiplie plus qu'on ne l'ose dire :» par où on voit tout ensemble non-seulement la grandeur du mal, mais encore qu'on qose le dire ; de peur de faire paroitre la foiblesse de la Réforme, que sa propre constitution entraine dans l'indifférence des religions. Cependant quoiqu'on dissimule et qu'on n'ose pas avouer combien ces indifférens s'accroissent au milieu de la Réforme, on est forcé d'avouer que ce n'est rien de moins qu'un torrent dont il faut arréter le cours. « Ce qui est très-certain, poursuit le ministre 5, c'est qu'il est temps de s'opposer à ce torrent impur, et de découvrir les pernicieüx desseins des disciples d'Episcopius et de Socin : il seroit à craindre que nos jeunes gens ne se laissassent corrompre : et il se trouveroit que notre dispersion auroit servi à nous faire ramasser /a crasse et la lie des autres religions. »

1 Tabl., lett. var, p. 8. -— ? Tabl., lett. vr, p. 48. — 3 Ibid. — * Ibid., p. 9. — 5 Jbid., p. 11.

Le ministre contraint de reconnoitre le mal quil làchoit de déguiser.

Ix. Il est bien aisé d'entendre ce qui l’a jeté dans cette crainte. En

Progrés de

raim- un mot, c’est qu'il appréhende que la dispersion déjà prête à en-

rence dans

tes Eis fanter, comme il disoit, l'indifférence des religions, n’achève de

protestans,

sla Se gáter dans les pays où la liberté de dogmatiser n'a point de

M. Jurieu,

sten bornes, et par là ne vienne en effet à ramasser en Angleterre et Angleterre en Hollande la, crasse des fausses religions, dont on sait que ces pays abondent. Car d'abord, pour ce qui regarde l'Angleterre, «ces dispersez l'ont trouvée, dit-il !, sous des princes papistes ou sans religion, qui estoient bien aises de voir l'indifférence des religions et l'hérésie s'introduire parmi les protestans , afin de les ramener plus aisément à lEglise romaine. » C'est bien fait de charger de tout les princes papistes ; car lindifférence des religions étoit sans doute le meilleur moyen pour induire les esprits à la religion catholique, c'est-à-dire, à la plus sévére et la moins tolérante de toutes les religions. Mais laissons M. Jurieu raisonner comme il lui plaira; laissons-lui caractériser à sa mode les deux derniers rois d'Angleterre; qu'il fasse, s'il peut, oublier à tout l'univers ce que Hornebec et Hornius, auteurs protestans, ont écrit des indépendans et des principes d’indifférence qu'ils ont laissés dans;cette île; et qu'il impute encore à l'Eglise romaine cette effroyable multiplicité de religions qui naissoient tous les jours, non pas sous ces deux rois que le ministre veut accuser de tout le désordre, mais durant la tyrannie de Cromwel, lorsque le puritanisme et le calvinisme y ont été le plus dominans. Sans combattre les raisonnemens de notre ministre, je me * contente du fait qu'il avoue. Quoi qu'il en soit, l'indifférence des religions avoit la vogue en Angleterre quand les dispersés y sont arrivés; et si nous pressons le ministre de nous en dire la cause, il nous avouera franchement que c'est qu'on y estime Episcopius. « C'est, dit-il ?, ce qui a donné lieu aux hétérodoxes de decà la mer de calomnier l'église anglicane. Ils ont dit qu'on y expliquoit publiquement Episcopius dans leurs universités, et qu'on n'y faisoit pas de facon de tirer les sociniens du nombre des hérétiques. C'est, poursuit M. Jurieu, ce qui m'a été dit à moi-mesme par uneinfinité de gens. Cette fausse accusation est le 1 Tabl., lett. V1, p. 8. — ? Ibid, p. 10.

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