PARTIE IIT, N. XXIII
C'est par là qu'on flattoit le monde et qu'on soutenoit la Réforme : forme : 1
discussion
mais c’est maintenant ce qui la perd. Car l'expérience a fait sentir de rgoi-
lure im-
aux simples fidèles, et même aux plus présomptueux , aux plus possible
aux sim-
entétés, qu'en effet ils n'entendoient pas ce qu'ils s'imaginoient pes a entendre : ils se sont trouvés si embarrassés entre les raisonne- rui. mens des vieux réformés et ceux des arminiens , des sociniens , des pajonistes, pour ne point ici parler des catholiques et des luthériens, qu'on a été obligé de leur avouer qu'au milieu de tant d'ignorances, de tant de distractions et d’occupations nécessaires, l'examen de discussion leur étoit aussi peu possible, que d'ailleurs il leur étoit peu nécessaire.
l’est ce que M. Jurieu a expressément avoué : car non content d'avoir enseigné dans son Systeme que la discussion n'est nécessaire ni à ceux qui sont déjà dans l'Eglise, ni à ceux qui veulent y entrer, et qu'il ne la peut conseiller ni aux uns ni aux autres! , il ajoute en termes formels, qu'un simple m'en est pas capable ? : et encore plus expressément : « Cette voye de trouver la vérité n'est pas celle de l'examen ; car je suppose avec M. Nicole qu'elle est absurde, impossible, ridicule, et qu’elle surpasse entièrement la portée des simples ?. »
Il ne faut pourtant pas Óter à nos prétendus réformés le mot xxu.
: 5 £ Quel exa-
d'examen dont on les a toujours amusés. Outre l'examen de dis- men Mur 1 1 $ , $e rieu laisse cussion, on sait que M. Jurieu en a trouvé encore un autre, qu'il x Abe; : à ; pu e ers . . e qu'au
appelle, « d'attention ou d'application de la vérité à l'esprit, qui, fond ce n'est rien
dit-il *, est le moyen ordinaire par lequel la foy se forme dans les moins
qu'un exa-
fidèles. Cela consiste, dit-il, dans ce que la vérité, qui proprement men: sa
doctrine et
est la lumière du monde intelligible, vient s'appliquer à l'esprit, Vie de aude
tout de mesme que la lumière sensible s'applique aux yeux cor- sur rei-
dence de
porels : » ce qu'il explique en un autre endroit encore plus pré- zo et ae cisément 5, lorsqu'il dit « que ce qui fait proprement le grand effet is pour la production de la foy, c'estla vérité mesme qui frappe l'entendement comme la lumiere frappe les yeux. »
A la vérité, on ne voit pas bien pourquoi cette application de
1 Syst., liv. I1, chap. xxir, p. 401, 403 et suiv. — ? Sysé., liv. Ilf , chap. v, p. #12. — ? Ibid., liv. If, chap. xim, p. 337. — * [bid., liv. II, chap. xix, p. 380, 381 et suiv. — 5 P. 383.
la vérité s'appelle examen, puisque les yeux bien assurément n'ont point à examiner si c'est la lumière qu'ils découvrent, et qu'ils ne font autre chose que s'ouvrir pour la recevoir. Mais sans disputer des mots ni raffiner sur les réflexions dont M. Jurieu prétend que cette application de la vérité est accompagnée, souvenons-nous seulement que « cet examen, qu'il appelle d'attention et d'application, n'est rien que le goust de l'ame qui distingue le bon du mauvais, le vray du faux, comme le palais distingue l'amer du doux t. »
C'est ce qu'il appelle ailleurs la voie d'adhésion ou d'adhérence ?, et plus ordinairement la voie d'impression , de sentiment, ou de goust, qu'il reconnoit être la même dont s’étoit servi M. Claude *. Par cette voie on rend aux réformés la facilité dont on les a toujours flattés de se résoudre par eux-mémes, et on leur donne un moyen aisé de trouver tous les articles de foi, non plus par la discussion qu'on. reconnoit impossible et peu nécessaire pour eux, mais par sentiment et par goût *. Il ne faut que leur proposer un amas de vérités, un sommaire de la doctrine chrétienne :. alors indépendamment de toute discussion, et méme, ce qu'il y a de plus remarquable, «indépendamment du livre où la doctrine de l'Evangile et de la véritable religion est contenue 5, » c'est-à-dire constamment , de l'Ecriture, la vérité leur est claire : «on la sent comme on sent la lumière quand on la voit, la chaleur quand on est auprés du feu, le doux et l'amer quand on en mange. » C'est ce qu'a dit M. Jurieu, c'est ce qu'a dit M. Claude, et c'est à quoi se réduit toute la défense dela Réforme.
xxv. . Ce moyen est aisé sans doute : mais par malheur la méme ex-
Que ce y e . z . . . A . a
goût et e périence qui a détruit la discussion, détruit encore ce prétendu sentiment - 5 E 5 o se
sont une SOÛT, ce prétendu sentiment. Ne disons donc point aux ministres illusion
maniteste, C6 que nous leur avons déjà objecté *, que tout cela se dit en l'air
et unautre
nom qu'on et sans fondement , contre les propres principes de la Réforme,
donne à la
prévention AVEC un péril inévitable de tomber dans le fanatisme : laissons les t à l'au- s pes i:
(wie. — raisonnemens, et tenons-nous-en à l'expérience. Ce qu'il y aura
1 Syst., liv. II, chap. xxiv, p. 413. — ? Jbid., chap. xx, xx1, Xxv; liv. LL,
chap. v, 1x, X. — ? Ibid., liv. IT, chap. r1, ri, v. — * Jbid., liv. If, chap. xxv,
p. 428, 453 et suiv.; Var.,liv. XV, n. 112 et suiv. — 5 Jbid., p. 453. — 6 Var.,
liv. XV, n. 66 et suiv. .