PARTIE III, N. XXV
de gens sensés et de bonne foi dans la Réforme avoueront franchement qu'ils ne sentent pas plus ee goüt, cette évidence de la vérité aussi claire que la lumière du soleil, dans les mystères de la Trinité, de l'Incarnation et les autres, qu'ils ont senti par la discussion le vrai sens de tous les passages de l'Ecriture : on flattoit leur présomption en leur disant qu'ils entendoient l'Ecriture par la discussion des passages : on les flatte d'une autre manière en leur disant qu'ils goütent et qu'ils sentent la vérité des mystères avec autant de clarté qu'on sent le blanc et le noir, l'amer et le doux. Rien ne peut les empécher de s'apercevoir de l'illusion qu'on leur fait, ni de sentir qu'on n'a fait que changer les termes : que ce qu'on appelle goüt et sentiment n'est au fond que leur prévention et la soumission qu'on leur inspire pour les sentimens qu'ils ont recus de leur église et de leurs ministres : qu'on les mène en aveugles, et que quelque nom qu'on donne à la recherche qu'on leur propose de la vérité, soit celui de discussion ou celui de sentiment et de goüt, on les remet par un autre tour sous l'autorité dont on leur a fait secouer le joug.
En cet-état un socinien ou rigide ou mitigé vient doucement et sans s'échauffer vous proposer son troisième et dernier principe, qui renferme toute la force ou plutôt tout le venin de la secte : je le répète : « Où l'Eeriture paroist enseigner des choses que la raison ne peut atteindre par aucun endroit , il la faut tourner au sens dont la raison s'accommode , quoyqu'on semble faire violence au texte. » Je soutiens qu'un prétendu réformé tombe nécessairement dans ce piége : car, dit-il, la Trinité et l’Incarnation sont mystères impénétrables à ma raison : tout mon esprit, tous mes sens se révoltent contre : l'Ecriture , qu'on me propose pour me les faire recevoir, fait le sujet de la dispute : la discussion m'est impossible et mes ministres l'avouent : l'évidence de sentiment dont ils me flattent n'est qu'illusion : ils ne me laissent sur la terre nulle autorité qui puisse me déterminer dans cet embarras: que reste-t-il à un homme dans cet état, que de se laisser doucement aller à. cette religion de plain-pied qui aplanit toutes les hauteurs, comme disoit M. Jurieu? On y tombe naturellement,
Troisième principe des, indifférens, qu'il faut tourner
l'Ecriture au sens le plus plausible selon la raison :
que la Réforme ne peut éviler ce piége.
et il ne faut pas s'étonner si la pente vers ce parti est si violente et le concours si fréquent de ce cóté-là.
Medi Mais le rusé socinien ne s'en tient pas là, et il soutient au calue par la
croyance viniste qu'il ne peut nier son principe. « Pourquoy, dit-il‘, ne
du calvi-
nistesurla epoyons-nous pas que Dieu ait des mains et des yeux, ce que l'E-
présence
réelle, le eriture dit si expressément? C'est parce que ce sens est contraire
socinien
Mi proue à la raison. Il en est de méme de ces paroles : Cecy est mon corps : qu'il élude
hate s vous ne Mangez ma chair et ne buvez mon sang, ete. » Ce sont propose. les paroles du subtil auteur, qui a donné au public des Avis sur le Tableau du socinianisme ?. Il engage M. Jurieu dans son principe par un exemple qu'il ne peut rejeter. Dans ces paroles : Ceci est mon corps, tout le calvinisme reconnoit une figure, pour éviter la violence que la lettre fait à la raison et au sens humain : qui peut donc aprés cela empêcher le socinien d'en faire autant sur ces paroles : Le Verbe étoit Dieu, le Verbe a été fait chair : et ainsi des autres? S'il faut de nécessité mettre au large la raison humaine, et que ce soit là le grand ouvrage de la Réforme, pour- ” quoi ne pas l'affranchir de tous les mystères, et en particulier de celui de la Trinité ou de celui de l'Incarnation comme de celui de la présence réelle , puisque la raison n'est pas moins ehoquée de l'un que de l'autre?
xiva — M. Jurieu déteste cette proposition de Fauste Socin sur la satis-
Que les
réponses faction de Jésus-Christ : « Quand cela se trouveroit écrit non pas
du. minis-
te sur une fois, mais souvent dans les écrits sacrez, je ne croirois pour-
cette ob-
jen. tant pas que la chose allast comme vous pensez : car comme cela
sont insou-
tembis est impossible, j'interpréterois les passages en leur donnant un
dans là
douche SenS commode, comme je fais avec les autres en plusieurs autres
"mit. passages de l'Ecriture ?. » Notre ministre déteste, et avec raison,
cette parole de Socin. Car en suivant la méthode qu'il nous y pro-
pose, il n’y a plus rien de fixe dans l'Ecriture : à chaque endroit
difficile on sera réduit à soutenir thèse sur l'impossibilité; et au
lieu d'examiner en simplicité de cœur ce que Dieu dit, il faudra à chaque moment disputer de ce qu'il peut.
On ne sauroit done rejeter trop loin cette méthode, qui soumet
1 Avis sur le Tabl. du Soc., | traité. — ? Ibid., art. 1, p. 13. — 3 Tabl., lett, 11, p. 107; Socin., lib. III, de Servatore, cap. 11 el VI.