‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 82 sur 403 · PARTIE III, N. XXX · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. XXX

trouverai choquée, et autant ceux qui regardent la Trinité et l'Incarnation, que ceux qui regardent la présence réelle. On peut discourir, on peut écrire, on peut chicaner sans fin : mais à un homme de bonne foi ce raisonnement n'a point de réplique.

M. Jurieu dira sans doute que ce n'est pas la raison seule, mais encore l'Eeriture sainte qu'il oppose au luthérien et au catholique sur ces paroles : Ceci est mon corps. Mais outre, comme nous verrons, que le socinien en fait bien autant, voyons ce qui a frappé M. Jurieu, et répétons le passage que nous venons de citer sur ces paroles : Ceci est mon corps : le sens de la présence réelle « nous conduit, dit-il, à des prodiges, à renverser les loix de la nature, l'essence des choses , la nature de Dieu, l'Eeriture sainte, à nous rendre mangeurs de chair humaine. » L'Ecriture est nommée ici, je l'avoue; car aussi pouvoit-on l'omettre sans abandonner la cause? Mais lon voit par où l'on commence, ce qu'on exagére, ce qu'on met devant l'Ecriture, ce qu'on met après, et on ressent manifestement que ce qui choque et ce qui décide en cette occasion, c'est enfin naturellement la raison humaine. On sent qu'elle à suecombé à la tentation de ne pas vouloir se résoudre à croire des choses où elle a tant à souffrir : c'est en effet ce qui frappe tous les calvinistes. Un catholique ou un luthérien commence avec eux une dispute : forcé par l'impénétrable hauteur des mystères dont la croyance est commune entre nous tous, le calviniste reconnoit qu'il ne faut point appeler la raison humaine dans les disputes de la foi. Là-dessus on lui demande qu'il la fasse taire dans la dispute de l'Eucharistie comme dans les autres. La condition est équitable : il faut que le calviniste la passe. C'en est done fait: ne parlons plus de raison humaine, ni d'impossibilité , ni des essences changées : que Dieu parle ici tout seul. Le calviniste vous le promettra cent fois; cent fois il vous manquera de paro!e, et vous le verrez toujours revenir aux peines dont sa raison se sent accablée : Mais je ne vois que du pain? Mais comment un corps humain en deux lieux et dans cet espace? Je n’en ai jamais vu un seul qui ne se replongeât bientôt dans ces difficultés, qui à vrai dire sont les seules qui les frappent. Calvin comme les autres promettoit souvent aux luthériens, lors-

Que ce qui délourne les calvinistes de la présence réelle est précisément la même chose qui détourne les sociniens des aut mystères ; c'est-à-dire la raison humaine.

Preuve par M. Jurieu.

qu'il disputoit avec eux sur cette matière !, de ne point faire entrer de philosophie ou de raisonnement humain dans cette dispute : cependant à toutes les pagesil y retomboit. Si les calvinistes se font justice, ils avoueront qu'ils n'en usent pas d'une autre manière, et qu'ils en reviennent toujours à des pointilles du raisonnement humain.

xxx. — Mais n'alléguent-ils pas l'Ecriture? Sans doute, de la méme

Qu'en allé-

guant 1E- sorte que font les sociniens. Je suis la vigne , je suis la porte ; la

criture, le

calviniste pierre étoit Christ : ils prouvent parfaitement bien qu'il y a dans

ne fait

aimer l'Ecriture des facons de parler figurées : donc celle-ci : Ceci est

le socinien

et quil MON corps, est de ce genre. C'est ainsi qu'un socinien raisonne :

retombe

dans h jl y a tant de facons de parler où il faut admettre une figure ;

discussion

+". pourquoi celle-ci : Le Verbe étoit Dieu, le Verbe a été fait chair, ruloit ne seroit-elle pas de ce nombre? Ils sauront fort bieu vous dire que Jésus-Christ étant sur la terre le représentant de Dieu, revétu de sa vérité, inondé de sa vertu toute-puissante, on le peut aussi bien appeler Dieu et vrai Dieu, que le pain de l'Eucharistie est appelé corps. Vous voilà done dans les discussions, dans la conférence des passages, dans l'embarras des disputes, auxquelles

vous ne vouliez pas vous assujetlir. ) xxxi. Mais, direz-vous, l'Ecriture est claire pour moi.— C'est la queswot ic tion. Le socinien ne prétend pas moins à cette évidence que vous : "t jrs voilà donc toujours la foi dépendante des disputes; et ce moyen contte « abrégé de l'établir tout d'un coup et sans discussion vous échappe. sat par Mais enfin si l’Ecriture est si claire en cette matière, d’où vient ei que le luthérien ne peut l'entendre depuis plus de cent cinquante ans de disputes? Vous ne direz pas que c’est un profane , ennemi de Dieu, de qui il retire ses lumières, comme vous pourrez le dire d'un socinien. Il est du nombre des enfans de Dieu , du nombre de ceux qu'il enseigne, qu'il recoit à sa table et dans son royaume. Voulez-vous faire dépendre la foi d'un simple fidéle , d'une dispute qui demeure encore indécise aprés un si long temps? Avouez donc la vérité : sentez-la du moins: ce n'est pas l'Eeriture qui vous détermine : la méthode socinienne vous entraîne ; et de deux sens qu'on donne à ces paroles, Ceci est mon corps, vous

1 Cont. Hesh.; Cont, Vest.

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