‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 83 sur 403 · PARTIE HI, N. XXXIII, XXXIV · texte numérisé non relu

PARTIE HI, N. XXXIII, XXXIV

vous résolvez par celui qui flatte la raison humaine. Ainsi seront entrainés tous ceux qui mépriseront les décisions de l'Eglise ; et tant qu'on ne, voudra point fonder sur une promesse certaine, une autorité infaillible qui arréte la pente des esprits , la facilité déterminera, et la religion où il y aura le moins de mystères sera nécessairement la plus suivie.

Mais voici dans les écrits des indifférens un attrait plus inévitable pour les calvinistes. L'auteur des Avis demande à M. Jurieu une règle pour discerner les articles fondamentaux d'avec les

XXXIII, Autre argument des sociniens sur

^ S Ln ; les article

autres !. Car il est constant, et le ministre en convient, « qu'outre tondamen- PCR OF | , * e T. sure taux, dónt

les vérités fondamentales, l'Ecriture contient cent et cent vérités i: aemandent qu'on

de droit et de fait, dont l'ignorance ne sauroit damner ?. » Il iu fasse

voir la

s'agiroit donc de savoir si, en lisant l'Ecriture, le peuple, les aisinciion

ignorans et les simples, c'est-à-dire sans comparaison la plus grande partie de ceux que Dieu appelle au salut, pourroient trouver cette règle pour discerner les vérités dont l'ignorance ne damne pas, d'avec les autres, et connoitre par conséquent quelles erreurs on peut supporter, et jusqu'où l'on doit étendre la tolérance : en un mot quelle raison il y a d'en exclure les sociniens plutót que les luthériens. C'est ce qu'il faudroit pouvoir établir par l'Ecriture ; mais c'est à quoi les ministres ne songent seulement pas. Au lieu de nous faire voir dans les saints Livres la désignation de ces arlicles fondamentaux, le sommaire qui les ramasse ou la marque qui les distingue de tous les autres objets de la révélation , M. Jurieu se jette dans un long raisonnement où il prétend faire voir, sans dire un mot de l'Ecriture , qu'il y a irois caracteres pour distinguer ces vérités fondamentales? : le premier est la révélation ; le second est le poids et l'importance ; le troisième est la liaison de certaines vérités avec la fin de la religion.

Il ne faut pas s'arréter au caractére de révélation qui est le premier, puisque c'est là que le ministre est d'accord qu'il y a

par lEcri-

lure; ce

que le mi-

nistre

avoue qu'il

ne peut faire.

De trois moyens

proposés

cent et cent vérités de droit et de fait révélées dans l’Ecriture, qui par le mi-

néanmoins ne sont pas fondamentales : ce caractére n'est donc

aistre pour dislinguer es arlieles

pas fort propre à distinguer ces vérités d'avec les autres. Passons tondumen-

1 Avis, traité. T, art. 4, p. 19. — ? Tabl., lett. 111, p. 119. — ? Ibid.

taux, deux d'abord lui sont inuliles : son aveu qu'on ne peut faire ce discernement pae l'Ecrilure.

au second, qui est le poids et l'importance, où d'abord il est certain quil faut entendre un poids et une importance qui aille jusqu'à rendre ces vérités nécessaires au salut: car le ministre ne dira pas que Dieu qui se glorifie par son prophète d’enseigner des choses utiles : Je suis, dit-il *, le Seigneur ton Dieu, qui l’enseigne des choses utiles, prenne le soin d'en révéler de peu importantes. Ce n'est donc rien de prouver en général que ces vérités soient importantes, si l'on ne prouve qu'elles le sont jusqu'à être de la dernière nécessité pour le salut. Cela posé, écoutons ce que nous dira le ministre : « Sur le second caractére , qui est le poids et l'importance, il faut savoir que le bon sens et la raison seule en peuvent juger. Dieu a donné à l'homme un discernement capable de juger si une vérité est importante ou non à la religion : tout de mesme qu'il lui a donné des yeux pour distin-

guer si un objet est blanc ou noir, grand ou petit, et des mains pour connoistre si un corps est pesant ou léger. » Voilà de ces évidences que la Réforme nous préche. M. Claude nous les expliquoit d'une autre facon et nous disoit qu'on sent naturellement que l'ame est suffisamment remplie de la vérité , comme on sent naturellement que le eorps a pris une nourriture suffisante. Ces ministres pensent par là trouver un asile où l'on nepuisse les forcer. Car qui osera disputer avee un homme sur ce qu'il vous dit de son goût, ou prouver à un entété de sa religion quelle qu’elle soit, qu'il n'a pas ce goût qu'il nous vante, et qu'il ne sent pas comme àla main le poids des vérités du christianisme jusqu'à savoir discerner celles qui sont nécessaires au salut d'avec les autres? Sans doute ils ont trouvé là un beau moyen de chicaner.. Mais ce qu'il y a d'abord à leur dire , c'est que, sous prétexte de cette évidence de goüt et de sentiment, ils renoncent formellement à prouver par l'Ecriture l'importance et la nécessité des vérités fondamentales. M. Jurieu y est exprès : « Il est trés-certain,

dit-il ?, qu'il est trés-important de savoir si Jésus-Christ est Dieu, ou s’il ne l'est pas ; s'il est mort pour satisfaire à la justice de Dieu pour nous; si Dieu connoist les choses à venir, s'il est infini ou non, s’il est l'auteur de tout le bien qui se fait en nous. » Et un.

1 [sa., XLVIIT, 17. — ? Lett. ri, p. 125.

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