PARTIE III, N. XXXVIII
cette erreur *. Que direz-vous donc pour les excuser ? Que la révélation du dogme opposé au semi-pélagianisme n’est pas évidente, et qu'il n'est pas clair dans l’Ecriture que c'est Dieu qui commence le salut, comme c'est lui qui l'achéve par sa grace? Mais y a-t-il rien de plus clair que cette parole de saint Paul : Celui qui commence en vous la bonne œuvre, l'accomplira ?, pour ne point parler ici des autres passages? Ou bien est-ce que cette erreur des pélagiens et des luthériens n'est pas importante? Mais vous nous contiez tout à l'heure cette vérité, que Dieu est l'auteur de tout le bien qui est en nous ?, par conséquent du commencement comme du progrès et de l'accomplissement de notre salut, parmi celles qu'on sent. d'abord comme nécessaires au salut; en sorte qu'on n'a pas besoin de les prouver. Comment donc le luthérien, vrai enfant de Dieu selon vous, l'a-t-il oublié, et comment a-t-il varié ? Vous dites tout ce qu'il vous plait, et votre théologie n'a point de règle.
Mais voici bien pis : vous-même vous variez avec les luthériens, puisque ce point important de. la nécessité de la geace qui étoit autrefois si fondamental, a cessé de l'étre depuis que les luthériens l'ont rejeté, et qu'en ótant à Dieu le commencement du salut ils ne lui en ont plus réservé que l'accomplissement. Comment pourrai-je me fier à ce goüt auquel vous me renvoyez, si vous-méme vous variez dans votre goüt; si en nous disant d'un cóté que jamais homme de bien n vray chrétien ou vray dévot ne fut pélagien ou semi-pélagien , vous ne laissez pas de nous dire encore qu'un luthérien, franc semi-pélagien selon vous, peut soutenir son erreur sans préjudice de son salut, et sans étre exclus du pain de vie*? Mais n'avez-vous pas-démontré à ce méme luthérien, quil ruine la nécessité des bonnes œuvres, qu'il en ravale le prix; que selon lui l'exercice de l'amour de Dieu n'est nécessaire pour être sauvé ni à la vie ni à la mort *? A quoi reconnoissezvous que ces dogmes luthériens sont de poids pour le salut, et que tant d'autres n'en sont pas? Ne voyez-vous pas que vous avez un
1 Jur., Consult., p. A11, 118; Var., Addit., n. 4; IIIe Avert., n. 12 et suiv. — ? Philip., 1, 6. — ? Ci-dessus, n. 34. — ^ Jur., Méth., sect. 15, p. 113, 121; Var., liv. XIV, n. 83, 84 et suiv., 92, 93 et suiv. — 5 Var., Addit., n. 5; Jur., Consult., YI part., chap. 1r, p. 243; Ile Avert., n. 19 et suiv.
pas une erreur fondamentale Contradiclion du ministre et des calvinistes.
Que le goût des calvinistes et du ministre varie sur le semipélagianisme et sur Ja nécessilé de l'amour de Dieu el des bonnes œuvres,
Le ministre et les proteslans réduits à compter les voix, età se faire infaillibles contre les indifférens et les tolérans.
poids et un poids, chose abominable devant le Seigneur’, et que vous pesez les erreurs avec une balance trompeuse et inégale? De là vient que le ministre lui-même à la fin ne se fie pas à cette balance où il pèse les vérités fondamentales. «Je sais, dit-il ?, que les préjugés sont capables de corrompre ce discernement, et que nous jugeons les articles et les vérités importantes selon nos passions et nos préventions. Mais premiérement, le bon sens ne peut estre corrompu qu'à certain degré. » Vous voilà done à examiner en quel degré la prévention peut avoir corrompu votre goüt et votre bon sens : qui nous expliquera cette énigme? « Mais ces vices, poursuit-il, ne peuvent aller à faire paroistre une montagne comme un grain de sable, ou un grain de sable comme une montagne. Il en estde mesme du jugement qui distingue l'important de ce qui ne l'est pas en toute matière. » D’où vient donc que le luthérien trouve la présence réelle et méme l'ubiquité si importante, pendant que le calviniste méprise l'une et l'autre ?: Ou d’où vient que le calviniste trouve si importante la nécessité de la grace et celle de l'amour de Dieu, lorsque le luthérien ne la sent pas? Ou pourquoi est-ce que le calviniste lui-même se relâche en faveur du luthérien, et ne trouve plus essentiel ce qui l'étoit auparavant? Avouez que votre bon goüt et votre évidence de sentiment est une illusion dont vous amusez les entétés. Mais voici dans le discours de M. Jurieu le dernier excès de l'extravagance et le renversement entier des maximes de la Réforme. « De plus, continue-t-il?, quand le bon sens pourroit estre corrompu tout outre dans quelques sujets , comme ill'est en effet, là pluralité n'ira jamais de ce costé-là ; » et il le prouve par cet exemple. « Il y aura dans une grande ville vingt yeux viciez qui verront vert et jaune ce qui est blanc; mais le reste des habitans, qui surpasse infiniment en nombre, rectifieront le mauvais jugement de ces vingt yeux, et feront qu'on ne les en croira pas. » Vous voilà donc à la fin réduits à compter les voix. Et où en étoit la Réforme lorsqu'elle s'est séparée, et qu'on l'appeloit au concile œcuménique de l'Eglise qu'elle quittoit? Mais quoi! si les sociniens prévalent enfin dans la Réforme; si ce torrent, dont on ne peut arréter le 1 Prov., XX, 10. — ? Tabl. du Soc., p. 119. — 3 Ibid.