‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 86 sur 403 · PARTIE IIT, N. XL · texte numérisé non relu

PARTIE IIT, N. XL

cours, s’enfle tellement qu’il prévale, et qu’ils en viennent à être sur tous les articles mille contre un, comme ils s’en vantent déjà sur la tolérance qui renferme tout le venin de la secte, sans qu’on ose les contredire, le socinianisme sera véritable ou du moins indifférent? Mais cela, direz-vous, n'arrivera pas : la Réforme est devenue infaillible contre les tolérans. Aveugles, ne verrez-vous jamais qu'avec ces illusions vous ne contenterez que des entétés, et que tous les gens de bon sens de votre communiou se donneront aux indifférens, si vous n'avez recours à d'autres principes? Enfin le troisième caractère par où on distingue les articles fondamentaux d'avec les autres, c'est, selon M. Jurieu !, la liaison de certaines véritez avec la fin de la religion, c'est-à-dire, avec la gloire de Dieu, avec da sanctification et le salut de l'homme. Je le veux : la fin dela religion en général, c'est, 1° dites-vous, de ne croire qu'un Dieu : le socinien n'en croit qu'un, et il vous accuse d'en croire trois : 2 de n'adorer que luy ; ce qu'il faut entendre sans doute d'une adoration souveraine : le socinien le fait, et il vous accuse de rendre cette adoration à un homme pur. N'importe que vous le croyiez Dieu, vous voulez bien que le catholique soit idolâtre en adorant dans l'Eucharistie Jésus-Christ qu'il y croit présent. Vous direz que c'est une erreur damnable de rendre à Jésus-Christ homme un culte inférieur qui se rapporte à Dieu : vous damnez done tous les Pères du quatrième siècle, à qui néanmoins vous faites invoquer les Saints et honorer leurs reliques sans préjudice de leur sainteté ni de leur salut. La 3* fin de la religion, c'est, dit le ministre, de regarder Dieu comme celui qui gouverne le monde. Le socinien le nie-t-il? Vous sentez-vous -si foible contre lui, que vous ne puissiez le combattre qu'en déguisant sa doctrine? 4 D'attendre de luy des peines ou des récompenses aprés la mort. Le socinien n'en attend-il pas? et lui pouvez-vous objecter qu'il rejette absolument les peines de l'autre vie, à cause qu'il ne les croit pas éternelles? Voilà pour les caractères essentiels à la religion en général; mais il y en a, dit M. Jurieu ?, « qui sont particuliers à la religion chrétienne, et qui la distinguent de toute autre, comme de croire que Jésus est le 1 P, 120, 121, 126, 127. — ? P. 122.

Troisième moyen de discerner les articles fondamenlaux, où le ministre montre sa foiblesse contre les sociniens.

Que le ministre est à bout sensiblement dans la preuve qu'il entreprend des articles fondamenfaux.

Messie; » le socinien le croit : que ce Messie est le Fils de Dieu, et Dieu éternel comme le Père : c’est la question que vous ne devez pas supposer comme résolue, pendant que vous vous donnez tant de peine à la résoudre : qu'il a satisfait pour les, péchez des hommes.; autre question à examiner, et non pas à supposer avec le socinien et avec ceux qui le favorisent : que les morts ressusciteront, qu'il y aura un jugement dernier à la fin du monde; vous calomniez le socinien si vous l'aceusez de nier ces vérités : savoir s’il les reconnoît dans toute leur étendue et si ce qui manque à sa foi est fondamental, c’est de quoi vous avez promis de nous instruire, et vous ne faites que le supposer, tant vous étes forcé à reconnoitre que les principes pour fermer la bouche au socinien, manquent à votre Réforme.

Et ce qui prouve plus elair quele jour que le ministre ne sait oü il en est, c'est ce qu'il ajoute que « les véritez que les sociniens veulent oster à la religion, sont révélées et clairement révélées !. » Si elles sont révélées et clairement révélées, si les articles fondamentaux sont si évidens.et si aisés à trouver dans lEcriture, pourquoi en craignez-vous la discussion pour le peuple? Pourquoi le renvoyez-vous à son goüt, à son sentiment? goüt et sentiment que vous lui donnez avant méme qu'il ait ouvert l'Ecriture sainte. Continuons : « Ces articles sont clairement révélez, et en mesme temps ils sont de la dernière importance. » Mais déjà, pour la vérité et pour l'évidence de la révélation, le ministre déclare souvent dans toutes ses lettres qu'il n'y veut pas encore entrer. « On voit, dit-il?, où un tel projet nous mèneroit. Au lieu d'un petit ouvrage à l’usage des moins savans, il faudroit faire un gros livre qu'à peine les savans auroient le loisir de lire. » Mais si cette discussion estsi difficile aux savans mémes, combien est-il manifeste que les moins savans s’y perdroient ? Que fera-t-il done? Il se réduira à deux articles, qui est celuy de la divinité de Jésus-Christ et de sa satisfaction. Mais songera-t-il du moins à vous en prouver la vérité? Point du tout; il va entreprendre de ;vous en prouver l'importance ?, et vous en fera voir la vérité dans une seconde partie qu'il ne trouve pas à propos de traiter. Voilà cette rare

1 pP. 123. — ? Ibid, — 3 Tabl., lett. 11.

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