PARTIE III, N. XLII
méthode. Il vous prouvera qu'un article est important avant que de vous montrer!qu'il est véritable et clairement révélé. C'est où se termine aujourd'hui toute la théologie réformée.
Vous direz peut-étre, mes Fréres, que votre ministre, sans vouloir entrer dans le fond, suppose la vérité et l'évidence de la révélation, comme une chose dont les tolérans qu'il attaque demeurent d'aecord. Mais visiblement il leur impose : au contraire l'auteur des Avis, auteur que votre ministre vouloit réfuter, avoit raisonné . en cette sorte : « Je pose, lui avoit-il dit!, le principe de la réfor-
mation qui est celuy du bon sens : c'est que Dieu ayant donué sa parole aux hommes afin de les conduire au salut, et Dieu appelant à ce salut beaucoup'plus de peuple que de grands et de savans, il s'ensuit nécessairement que ceux du peuple qui ne sont pas privez entierement de sens commun, peuvent se déterminer sur ces objets fondamentaux par la lecture de la parole de Dieu. » Ce principe présupposé, il raisonne ainsi: « Cela estant, il me semble que l'on en peut conclure que tous ces dogmes sur lesquels les savans ont tant de peine à se déterminer, quoyqu'ils travaillent de bonne foy à leur salut, ne sont pas de cette nécessité absolue dont nous parlons. Car si les savans, qui ne sont pas la milliéme partie du peuple, trouvent tous ces embarras qui retiennent les plus sages d'entre eux indéterminez, comment les simples sans étude et sans application pourront-ils voir avec cette certitude que la foy demande, ces objets obscurs et douteux aux savans? »
On voit donc que les adversaires de M. Jurieu ne supposent pas que les articles dont il s'agit soient si clairs : au contraire, ils présupposent qu'ils ne le sont pas au peuple, puisqu'ils excitent tant de disputes parmi les savans, et que les plus sages d'entre eux sont encore indéterminés: et quand méme ces savans conviendroient que ces articles leur paroissent clairs dans l'Ecriture, il ne s'ensuit pas qu'ils les crussent clairs pour tout le peuple; au ;eontraire, l'auteur des Avis conclut ainsi : « Plus j'y pense, plus je me persuade que les préjugez tirez des catéchismes, plustost qu'une connoissance puisée dans la parole de Dieu, sont aujourd'huy presque l'unique fondement de la foy des peuples. » Ce
1 Tabl., lett. 111 et suiv.; Avis sur le Tableau, art, 11, p. 20.
Quelle preuve les tolérans demandoient à M. Jurieu sur l'évidence des arlicles fondamenlaux, et que ce ministre n'a rien eu à leur répondre.
n'est donc pas l'évidence de la révélation, mais les catéchismes et les préjugés de la secte, c'est-à-dire une autorité humaine qui les persuade.
Enfin, l'auteur des Avis finit son raisonnement par ces paroles! : « Je crois que l'on peut conclure, aprés cette réflexion, que les points fondamentaux de la religion ne sont pas à beaucoup prés en si grand nombre que plusieurs se l'imaginent aujourd'huy : autrement je croirois que la voie d'examen, qui est le fondement de notre réformation, seroit un principe impossible au peuple, et par conséquent injuste et. faux. J'attends avec impatience quelque éclaircissement là-dessus. »
Voilà ce qu'attendoient les tolérans. Ils supposoient que les peuples ne pouvoient pas voir assez clair pour prendre parti sur les articles qui partageoient les savans. Par là donc ils insinuoient qu'il falloit réduire les articles fondamentaux à ceux dont tout le monde et les sociniens comme les autres sont d'accord ; c'est-àdire qu'ils les réduisoient à croire que Dieu est un, et que Jésus est son Christ : car c'est de quoi conviennent tous les chrétiens. Que si le ministre avoit à leur donner une autre marque d'évidence que ce consentement universel, c'étoit à lui à le prouver, et à ne pas ruiner sa cause, en supposant comme prouvé ce qui étoiten question.
xut. L'exemple des luthériens vient ici fort à propos. On demande
Preuve de
linévi- à M, Jurieu et aux calvinistes, si la certitude du salut, l'inamis-
dence des
articles sjbilité de la justice, la nécessité de la grace pour commencer le
fondamen
taux selon salut, aussi bien que pour l'achever, et les autres points décidés
Spe d dans le synode de Dordrecht; si la nécessité des bonnes œuvres et celle de l'amour de Dieu; si cet articleimportant de la Réforme, que Jésus-Christ en. tant qu'homme est uniquement renfermé dans le ciel, sont choses obscurément et douteusement ou clairement révélées? Si ces articles leur paroissent obscurément révélés, où en est le calvinisme? Où en sont les décisions du synode de Dordrecht? Aura-t-il excommunié tant de ministres, bons protestans d'ailleurs, pour des articles obscurs et obscurément révéles? Que si tous les points qu'on vient de réciter, paroissent