‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 89 sur 403 · PARTIE II, N. XLVI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. XLVI

de Dieu dont il rejetteroit le sceau sacré. Car par la même raison, sous prétexte qu'on peut absolument étre sauvé sans le baptéme lorsqu'on y supplée par la contrition ou par le martyre, et que méme sans y suppléer par ces moyens on croit parmi vous que ce sacrement n'est pas nécessaire au salut des enfans des fidèles ; il faudroit aussi tolérer ceux qui cesseroient de le donner , ou qui, à l'exemple de Fauste Socin, ne le croiroient plus nécessaire à l'Eglise de Jésus-Christ, en disant avec ce téméraire hérésiarque qu'il n'a été institué que pour les commencemens du christianisme. Or autant qu'il est nécessaire de conserver dans l'Eglise le sacrement de l'Eucharistie, autant est-il nécessaire d'y conserver la connoissance de la chose sainte qu'elle contient; puisque méme saint Paul condamne expressément ceux qui la mangent sans la discerner *.

- Vous dites que le socinien détruit la gloire de Dieu, en le fai sant impuissant, ignorant, changeant ? : la détruit-on moins en le faisant avec les réformateurs, auteur du péché? et en niant, comme font encore les luthériens, qu'il soit auteur de tout le bien qui se fait en nous, ne l'étant pas du commencement de notre salut? Le socinien , poursuivez-vous , ófe la sanctification en détruisant les motifs qui y portent, comme sont la crainte des peines éternelles : et les luthériens ne vous reprochent-ils pas que vous ótezaussi ces motifs par votre certitude du salut et votre inamissibilité de la justice? Quelle différence mettez-vous entre ôter les peines éternelles, et obliger le fidèle à croire avec une entière certitude qu'elles ne sont pas pour lui, puisqu'en quelque excès qu'il tombe, il est assuré de ne mourir pas dans son péché? Le socinien Óte la consolation : demandez au luthérien s'il ne trouve point de consolation dans la foi de la présence réelle, et s'il ne vous aecuse pas de ravir aux enfans de Dieu cet exercice de leur foi, et ce doux soutien de leurs ames durant leur pèlerinage. Vous accusez le socinien de nier le mérite de Jésus-Christ et de sa mort : le socinien ne le nie pas absolument. Vous argumentez et vous dites qu'il nie le mérite par voie de satisfaction ; ce qui est en quelque facon le nier : et n'est-ce pas aussi le nier en quel-

11 Cor., x1, 29. — ? Tabl., lett. 11, p. 127. |

Suite de l'insuffisance de la preuve des points fondamenfaux; et la Réforme forcée encore une fois de recourir à l'autorité et à la pluralité des voix.

XLVII, Le minis

que façon, et encore d'une façon très-criminelle, que de croire avec les luthériens le commencement du salut indépendant de la grace que cette mort nous a méritée! Et d'ailleurs que répondrezvous à vos fréres les Anglois protestans et à cette opinion qu'on dit se glisser parmi eux? Mais quelle est cette opinion que vous coulez si doucement? « C'est, dites-vous *, que Jésus-Christ n'a pas proprement satisfait pour nos péchés, et qu'il n'est pas mort afin que ses souffrances nous fussent imputées. » Voilà cette opinion qui se glisse en Angleterre, selon le ministre. « Sur quoi, poursuit-il, ils tournent en ridicule, à ce qu'on m'écrit, la justice imputée, avec autant de violence que les papistes ignorans. » Ces théologiens dont on vous éerit, qui nient ouvertement que Jésus- Christ ait proprement satisfait,et tournent en ridicule votre justice imputée avec autant de violence que pourroit faire un papiste, apparemment ne se cachent pas. Vous avez peine, ditesvous, à distinguer cette théologie de l'impiété des sociniens , et vous souhaitez qu'on la. flétrisse : mais cependant on ne dit mot à des gens qui nient si ouvertement la satisfaction de Jésus- Christ: on laisse glisser cette opinion parmi les docteurs, d’où elle passera bientôt au peuple; et l'église anglicane ne se croit pas obligée de régler ses censures par vos décisions. Criez tant que vous voudrez que ces articles sont révélés et clairement révélés; vous en devez dire autant de tous les articles que vous soutenez contre les luthériens : et si enfin vous répondez que les articles que vous opposez au luthéranisme, à la vérité sont révélés et clairement révélés, mais qu'ils ne sont pas pour cela fondamentaux ni de l'importance qu'il faut pour être nécessaires au salut; nous en voilà done revenus à examiner l'importance des articles révélés. Par quelles régles et sur quels principes? Le ministre n'en a aucun à nous donner; et dans sa cinquième lettre, où il fait les derniers efforts pour éclaircir cette matiére, aprés avoir épuisé toutes ses subtilités, il n'y voit plus autre chose à faire que d'en revenir enfin à compter les voix , comme il l'avoit déjà proposé dans sa troisième lettre. :

Mais plus il s'explique sur cette matière, plus son embarras est

1 Tabl., lett. vut, p. 518. |

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