PARTIE III, N. XLVII
visible; car voici ce qu'il écrit dans cette cinquième lettre: « Il se peut done faire, dit-il !, qu'il y ait en effet quelques personnes qui soient aveuglées à ce point de pouvoir croire que la divinité de Jésus-Christ et sa satisfaction sont des vérités; mais que ce ne sont pas des vérités essentielles à la religion chrétienne. Mais nous ne croyons pas que cet entétement puisse aller loin ni s'étendre à beaucoup de personnes: » à cause, dit-il, que c’est un état trop violent « de croire que certaine personne soit Dieu, et de croire qu'on ne lui fait pas de tort en le regardant comme une créature.» Voilà votre dernier refuge: vous en appelez au grand nombre, et vous voulez que les tolérans demeurent toujours le plus petit. Mais si ce torrent vous inonde, si l'expérience réfute vos raisonnemens, et qu'enfin la tolérance l'emporte, où en serezvous? Or certainement, au train qu'elle prend, il faudra bien qu'elle prévale, si vous n'avez à lui objeeter que le petit nombre de ceux qui la suivent, c'est-à-dire selon la Réforme une autorité purement humaine, et le.plus foible de tous les secours. Qu'ainsi ne soit : écoutons la suite ?. « On doit savoir que nous portons ce jugement (que le nombre des tolérans sera toujours le plus petit) des doeteurs et des théologiens; car autrement je suis bien persuadé qu'il y a mille et mille bonnes gens dans les communions de nos sectaires qui unissent fort bien ces deux propositions: Jésus-Christ est fils éternel de Dieu ; mais il m'est pas nécessaire de le croire pour étre sauvé. Car de quoi ne sont pas capables les peuples et les gens qui ne sont pas de profession à s'appliquer, ni de capacité à pénétrer? Et méme entre ceux qui sont appelés à enseigner les autres, combien peu y en a-t-il qui soient capables . de voir le fond d'un sujet? » Voilà done, de votre aveu propre, mille et mille bonnes gens, et non-seulement parmi les peuples, mais eneore parmi ceux qui sont appelés à enseigner les autres, qui ne voient pas l'importance que vous voulez qui saute aux yeux. C'est pour ces mille et mille bonnes gens, pour ces gens qui ne sont pas de profession à s'appliquer, ni de capacité à pénétrer, pour ees gens, dis-je, dont il est certain que toutes les commu-
nions sont pleines, c'est pour eux et pour le grand nombre même 1 P. 203. — ? p. 201.
ire encore une fois sensiblement forcé à demeurer court sur les points fondamenlaux
des docteurs que vous jugez incapables de voir le fond d'un sujet ; c'est pour eux, eneore un coup, que je vous demande une regle. Quelle sera-t-elle ? L’Ecriture? Mais ils ne sont pas de profession à s'y appliquer, ni de capacité à la pénétrer. Les docteurs ? Mais ce sont ceux-là qui les embarrassent par leurs divisions, et qui, aprés tout, ne sont que des hommes sujets à faillir, et en particulier, et en corps ; des hommes, enfin, dont le plus grand nombre n'est pas capable, selon vous, de voir le fond d’un sujet. Que pouvez-vous donc donner pour régle à ce grand nombre d'ignorans? La multitude? qu'ils voient croitre tous les jours et en train de se grossir beaucoup davantage. Le goût et le sentiment ? C'est ce qui les perd : car ils ont tant de goüt pour la liberté; la tolérance leur paroit si belle, si douce, si charitable, et par là si chrétienne ! Quoi done, enfin? Les synodes, les consistoires, les censures? Tous ces moyens sont usés et trop foibles, trop décriés dans la Réforme. Il ne reste plus à opposer que les magistrats; et c'est à quoi M. Jurieu travaille de toute sa force dans ses derniers ouvrages. :
xvm, . Cependant dans lembarras où il est sur les moyens d'établir
Vaine ten-
taie du les articles fondamentaux, il semble quelquefois se repentir
ministre
pour prov. d'aVoir avoué si souvent quil ne les trouve pas marqués dans rene 1 Ecriture. Car il prétend, par exemple, que l'absolue nécessité fodmer de croire la divinité de Jésus-Christ à peine d’être damné, est 7" clairement marquée par ces paroles : Celui qui ne croit pas au Fils éternel de Dieu est condamné : où il suppose le mot de Fils éternel au lieu de celui de Fils unique *, et donne occasion aux tolérans de lui reprocher qu'il n'a pu trouver la condamnation expresse des sociniens dans les passages qu'il produit, sans les altérer. Il produit encore ce passage de saint Jean : Celui qui nie que Jésus soit venu en chair, est V Antechrist *. Mais que conclut ce passage pour les articles fondamentaux, puisque de l'aveu du ministre, saint Léon et ses premiers successeurs ont été le vrai Antechrist sans préjudice de leur sainteté et de leur salut, par conséquent sans nier aucun article fondamental? Il aura souvent 1 De l'Un., traité VI, chap. v, p. 550; Joan., 111, 48. — ? De l'Un., ibid.; Tabl.,
lett. 1v, p. 1595 1I Joan., 1.