PARTIE III, N. XLIX
sujet de se repentir d'avoir avancé une proposition si insensée ; mais aprés tout la question demeure toujours : ce que c'est que venir en chair. Si c'est donner à Jésus, comme ont fait les marcionites et les manichéens, au lieu d'une chair humaine une chair fantastique, les sociniens sont à couvert de ce passage. On sait d'ailleurs ce que c'est, selon eux, que venir en chair : et sans excuser leurs réponses, que je trouve aussi mauvaises que M. Jurieu, il est question de sauver de leurs vaines subtilités ce nombre infini de gens parmi les savans aussi bien que parmi le peuple, qu'on exclut de la discussion des passages de lEcriture, parce qu'ils n'ont ni le loisir ni la capacité de la faire, ainsi que le ministre vient encore d'en convenir.
On voit done combien est foible la seule barrière qu'il met entre lui et les tolérans, qui est celle des points fondamentaux. Il nous renvoie à ce qu'il en a dit au traité vi de son livre de l'Unité de l'Eglise * ; maisil n'y dit pas autre chose que ce qu'il répéte dans ses Lettres, et il ne fait que l'étendre, comme il en demeure d'aecord. Parcourons néanmoins ce traité : nous n'y trouverons que de nouveaux embarras sur cette matière. Après avoir supposé que les articles fondamentaux sont les principes essentiels du christianisme, il met trois choses non fondamentales: « 4? L'explication des mystères : 2 les conséquences qui se tirent de ces mystères : et 3° les vérités théologiques qu'on puise dans l'Ecriture ou dans la raison humaine, mais qui ne sont pas essentiellement liées avec les principes ?. » Je ne veux rien lui disputer sur celte division : je remarquerai seulement quelques conséquences quil met parmi les choses non fondamentales : « Le principe du christianisme , dit-il ?, c'est que l'homme étant tombé volontairement dans la misère par le péché, il lui falloit un rédempteur que Dieu lui a envoyé en Jésus-Christ. De ce principe les uns tirent ces conséquences , que l'homme par son péché avoit entièrement perdu toute sa force pour faire le bien et pour tendre à sa fin surnaturelle : les autres les nient. » Ce n'est donc pas un principe du christianisme que l’homme ait perdu par le péché toute sa force
1 Tabl., lett. 11, p. 116. — ? De PUn., traité VI, chap. 1, p. 496. — ? Jbid., p. 497.
Si le ministre a mieux élabli les arlicles fondamenlaux dans le trailé de l'Unité où il nous renvoie :
qu'il y met la nécessité de la grace au rang des conséquences non fondamentales.
pour faire le bien et tendre à sa fin surnaturelle : ce n'est qu'une conséquence non fondamentale, comme l'appelle le ministre 1, sur laquelle il convient aussi que les chrétiens sont partagés ; et il est permis de dire que la nature tombée a des forces pour faire le bien jusqu'à le pouvoir commencer, ainsi qu'on a vu ?, par elleméme, et tendre à sa fin surnaturelle : ce qui rétablit en honneur le semi-pélagianisme, comme on l'a vu souvent.
L. Voici encore une des conséquences non fondamentales que le
Autre con-
quence ministre donne pour exemple. De ce principe, qu'on avoit besoin
non fonda-
mentale, d’un rédempteur, «les uns concluent, dit-il, que la satisfaction
que la sa-
tisaction étolt d'une absolue nécessité, les autres n'en veulent pas tomber
de : $ . E ciist soit d'accord ?. » C'est done une chose libre de croire qu'on ait besoin
ou ne soi x ? t 2 T
ms d'une de la satisfaction de Jésus-Christ par une absolue nécessité, ou de absolue
nécessité: croire qu'on pouvoit s'en passer: ce qui seul renverse de fond en impor an-
c de cet comble le système du ministre.
aveu du
wise. — Car quand il viendra nous dire dans la suite, que pour croire
« un rédempteur comme fournissant à tous nos besoins, il faut
croire qu'il a satisfait parfaitement à la justice de Dieu; puisque
c'est là un des besoins que la nature et la loi lui faisoient sentir *: »
il sera aisé de lui répondre que tout le bien que nous sentons est
celui que Dieu nous pardonne nos péchés, en quelque manière
que ce soit, ou par la satisfaction de Jésus-Christ ou sans ellé : ce
qui fait ranger au ministre méme parmi les choses indifférentes
l'opinion qui ne veut pas reconnoitre que la satisfaction de Jésus- Christ soit d’une absolue nécessité. :
LI. Mais dès là tout son système et celui de-M. Claude est à bas.
Suite de TN 3 á E " nA ette ma Car voici leur raisonnement : L'homme sentoit son péché : par liére : sur » E » . n sde Er . :
«e et conséquent il sentoit que Dieu étoit irrité contre lui, et que sa fondé le , - 6 2 á . . ^ prétendu justice demandoit sa mort; qu'il falloit donc que cette justice füt goût et le
prétendu parfaitement satisfaite : donc par un mérite infini; donc par une
sentiment . ^ . . . "
des ati personne infinie; donc par un Dieu-homme; done il falloit qu'il cles fonda- X » s
mentaux ; Y eût en Dieu plus d'une personne ; donc l'homme sentoit par son absurdité & n 2 RIO ine
uates besoin qu'il y avoit une Trinité et une Incarnation ; que ces mysde cette
deine. tères étoient nécessaires à son salut, et par conséquent fondamen-
1 De l'Un., traité vt, chap. I, p. 497. — ? Ci-dessus, n. 35, 26, 38. — 3 Ibid. — ^J[bid., chap. 111, 4, p. 527. :