‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 92 sur 403 · PARTIE III, N. LII · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. LII

taux :. Voilà ce qu'on sent dans la Réforme. Encore que tout ce par n discours ne soit qu'un tissu de raisonnemens et de conséquences, nas il se faut bien garder d'appeler cela raisonnemens; car autrement

il y faudroit de la discussion et de la plus fine; et c’est ce qu'on

veut exclure: il faut dire qu'on sent tout cela comme on sent le

froid et le chaud, le doux et l'amer, la lumière et les ténèbres : et

si on ne le sentoit de cette sorte, la Réforme ne sauroit plus où elle.en seroit, ni comment elle montreroit les articles fondamentaux.

En vérité, c'est trop se moquer du genre humain, que de vou- ur.

. : . . , * had Que le loir lui faire accroire qu'on sente de cette sorte une Trinité et une sentiment

. : 2 5, ^ . " - prétendu Incarnation. Car supposé qu'on sentit qu'on a besoin d'un Dieu du nesoin

H . 7 n x qu'on à qui satisfasse pour nos péchés, en tout cas, on ne sent pas là le dune a. E rs TES i yi ., 'isfaeti

Saint-Esprit ni une troisième personne, et il suffit qu'il y en ait ini, vi

siblement

deux. Mais cette seconde personne dont on sent, dit-on, qu'on a ex insufñ-

sant pour

besoin, sent-on encore qu'on ait besoin qu'elle soit engendrée ? et euni: tes ne peut-on satisfaire à Dieu si on n'est son fils, quoique d'ailleurs damentux on lui soit égal? Quoi donc! le Saint-Esprit seroit-il indigne de satisfaire pour nous, s'il avoit plu à Dieu qu'il s'incarnát? Mais sent-on encore, je vous prie, que pour faire une Incarnation, il

faille reconnoitre en Dieu la pluralité des personnes? Et quand on

n'en concevroit qu'une seule, ne concevroit-on pas qu'elle pour-

roit s’incarner? Mais, direz-vous, il faut deux personnes pour accomplir l’œuvre de la satisfaction : car une méme personne ne

peut se satisfaire à elle-même. Aveugles, qui ne sentez pas qu'il

faut bien que le Fils de Dieu ait satisfait à lui-même, aussi bien

qu'au Pére et au Saint-Esprit; etsi vous dites que comme homme

il a satisfait à lui-même comme Dieu, qui empêche qu'on n'en

dise autant quand il n’y auroit en Dieu qu'une personne?

Je ne parlerai point ici des autres difficultés de cette satisfaction, qui fait dire à un trés-grand nombre et peut-étre à la plupart des théologiens, que la satisfaction de Jésus-Christ est un mystère d'amour, où Dieu exerce plutôt sa miséricorde en acceptant volontairément là mort de son Fils, qu'il ne satisfait à sa justice selon les règles étroites, et comme parle l'Ecole, ad strictos juris

1 De Un., traité v1, chap. r1, p. 597; Syst., liv. Il, chap. xxv, p. 429.

apices. Je laisse toutes ces choses et cent autres aussi difficiles,

comme le savent les théologiens, qu'on veut pourtant faire sentir

aux plus ignorans du peuple. Il me suffit d'avoir fait voir qu'on

n'a senti jusqu'ici dans le discoürs de M. Jurieu ni la personne du

Saint-Esprit, ni méme celle du Fils, ni la procession de l'un, ni

l'éternelle génération de l’autre; choses pourtant qui appartiennent aux fondemens de la foi.

um. Mais en poussant encore les choses plus loin, pour sentir le

de mere besoin qu'on a d'un Dieu incarné, il faut sentir en même temps

sai. que Dieu ne nous peut sauver ni nous pardonner nos péchés que

nt par cette voie : autrement si l’on sent qu’il y en a d’autres, on ne

qu'à re. sent pas le besoin qu'on a nécessairement de celle-là. Il faut donc

ino pouvoir dire à Dieu : Oui, je sens que vous ne pouvez me sauver

qu'un seul

moyen de qu'en faisant prendre chair humaine à un Dieu qui satisfasse due: pour mes péchés, et vous n’aviez que ce seul moyen de les pardonner. Cependant M. Jurieu lui-même n’a osé nous obliger à croire que cette voie de sauver les hommes par une satisfaction, soit de nécessité absolue: et quand ce ministre ne nous auroit pas donné cette liberté, qui ne voit que le bon sens nous la donneroit, puisqu'il n'y a point d'homme assez osé pour proposer aux chrétiens comme un article fondamental de la religion, qu'il n'étoit pas possible à Dieu de sauver l'homme par une pure condamnation et rémission de ses péchés, ni autrement qu'en exi-

geant de son Fils la satisfaction qu'il lui a offerte? nv. Avouons done de bonne foi que nous ne sentons ni la Trinité pre ae ni l'Incarnation. Nous croyons ces adorables mystéres, parce que

"se Dieu nous l'a ainsi révélé et nous l'a dit: mais que nous les sen- “ant. tions par nos besoins, et encore que nous les sentions comme on x. ji. sent le froid et le chaud, la lumière et les ténèbres, c'est la plus absurde de toutes les illusions. Et pour faire voir à M. Jurieu, s'il en est capable, l'absurdité de ses pensées, il ne faudroit que lui remettre devant les yeux la manière dont il croit sentir l'ascension du Fils de Dieu. « C'est, dit-il *, que si on le croit ressuscité, ne le trouvant plus sur terre, il faut nécessairement croire qu'il est monté dans les cieux : » ajoutez, car c'est là l'article, «et qu'il

1 Ci-dessus, n. 50. — ? Ibid., chap. 111, p. 527.

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