PARTIE III, N. LV
est assis à la droite de son Pére, » pour de là gouverner tout l'univers et exercer la toute-puissance qui lui est donnée dans le ciel et dans la terre. Vous sentez tout cela, si nous voulons vous en croire, parce que ne trouvant plus Jésus-Christ sur la terre il ne peut étre que dans le ciel et à la droite du Pére : il n'étoit pas possible à Dieu de le mettre quelque autre part; si l'on veut avec Elie et avec Enoch qu'on ne trouve point sur la terre, et que néanmoins on ne place pas à la droite du Pére éternel dans le ciel. Dieu ne pouvoit pas réserver au dernier jour à placer son Fils dans le ciel, lorsqu'il y viendroit accompagné de tous ses élus et de tous ses membres, aprés avoir jugé les vivans et les morts. Mais encore oü sentez-vous ce jugement que le Fils de Dieu rendra comme Fils de l’homme *? Dieu ne pouvoit-il pas juger le genre humain par lui-méme? et falloit-il nécessairement que Jésus-Christ descendit du ciel une seconde fois ? Sentez-vous encore cela dans vos besoins, et soutiendrez-vous à Dieu qu'il ne lui étoit pas possible de faire justice autrement? Quelle erreur parmi tant de mystères incompréhensibles, d'aimer mieux dire, Je les sens , que de dire tout simplement, Je les crois, comme on nous l'avoit appris dans le Symbole ?
- Mais s'il faut dire ici ce que nous sentons, et donner notre sentiment pour notre règle, je dirai sans balancer à M. Jurieu, que s'il y a quelque chose au monde que je sente, c'est que je n'ai par moi-méme aucune force pour m'élever à ma fin surnaturelle, et que j'ai besoin de la grace pour fairela moindre action d'une sincere piété. Cependant M. Jurieu nous permet de ne pas sentir ce besoin : il permet, dis-je, au luthérien de ne pas sentir qu'il ait besoin d'une grace intérieure et surnaturelle pour commencer son salut?: mais moi je seus au contraire que si j'en ai besoin pour l’accomplir, j'en ai besoin pour le commencer, et que ces deux choses me sont ou également possibles ou également impossibles. Je pourrois dire encore à M. Jurieu : Je sens que si j'ai besoin que Jésus-Christ soit ma victime, il faut, pour accomplir son sacrifice; qu'il me présente cette victime à manger, nonseulement en esprit, mais encore aussi réellement, aussi sub- Tu Joan., v, 21. — ? Ci-dessus, n. 37, 38.
Que le ministre détruit en termes formels sa prétendue évidence des arlicles fondamentaux dans celle de nos
besoins.
Le goüt et le sentiment où le ministre
réduit la Réforme
estun aveu de son impuissance à établir les points fondamentaux par la parole de Dieu.
Autre moyen de reconnoitre les articles fondamentaux, proposé par Je ministre et la Réforme rappelée enfin à l'autorité de l'Eglise.
stantiellement qu'elle a été immolée; autrement je ne sentirois pas assez que c'est pour moi qu'elle l'a été, et qu'elle est tout à fait mienne : ainsi cette manducation étoit nécessaire, et quand je supporterois celui qui l’ignore, je ne dois pas supporter celui qui la nie. Voilà, dirai-je, ce que je sens aussi vivement que M. Jurieu se vante de sentir tout le reste. Le luthérien le sent comme moi: le calviniste sent tout le contraire. Mais pourquoi son sentiment prévaudra-t-il au nôtre, puisque nous sommes deux contre lui seul, et que constamment du moins nous l’emportons par le nombre, dont nous avons vu tout à l'heure que M. Jurieu fait tant de cas?
Par toutes ces raisons et par cent autres qui peuvent venir aisément en la pensée, il est plus clair que le jour, lorsque le ministre nous dit : « On sent bien que tout cela est essentiel à la religion chrétienne !: » et encore : « Pour distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres, il ne faut que la lumière du bon sens, qui a été donné à l'homme pour distinguer le grand du petit, le pesant du léger, et l'important de ce qui ne l'est pas?;» qu'il faut prendre tous ces beaux discours pour un aveu de son impuissance à établir ces articles par une autre voie, et une excuse qu'on fait aux réformés de ce qu'on ne peut les trouver dans l'Ecriture, comme le ministre est contraint de le reconnoitre.
Au défaut de l'Ecriture, il leur propose encore un autre moyen. Les articles fondamentaux sont connus, dit-il ?, « par le respect que les mystères de la religion impriment naturellement par leur majesté, par leur hauteur et par leur antiquité. » Naturellement ; ce mot m'étonne : les mystères de la religion selon saint Paul étoient par leur hauteur, ou, si vous voulez, par leur apparente bassesse, scandale aux Juifs, et folie aux Gentils * ; et n'étoient sagesse qu'à ceux qui avoient commencé par captiver leur intelligence sous l’obéissance de la foi*. Mais sans nous arrêter davantage à cet effet des mystéres dont nous venons de parler, c'est ici leur antiquité que le ministre nous donne pour règle. Il s'en ex-
1 [bid., p. 526. — ? P. 529, 530. — 3 Tabl., lett. v, p. 199. — ^ I Cor., r, 23. — SII Cor., x, 5.