‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 96 sur 403 · PARTIE III, N. LXIII, LXIV. t · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. LXIII, LXIV. t

rens : au lieu, poursuit-il, que si l'on permet que le dogme de l'indifférenee devienne général, le peuple, qui n'aura plus de digue à franchir, se jettera sans difficulté dans le précipice ‘. » Ce sont donc en termes formels, les peuples qui savent la foi universelle de l'Eglise de tous les temps. Ils ne la savent point par la discussion de l'histoire de tous les siècles : ils ne peuvent donc la savoir que par l'uniformité que la promesse de Dieu y entretient, et parce que la foi de l'Eglise appuyée sur cette promesse est infaillible et invariable : sans cette digue, poursuit le ministre, les peuples se jetteroient dans le précipice de l'indifférence des religions. Il ny a done que cette autorité qui puisse les retenir sur ce penchant : il ny a que ce moyen de fixer les articles de la religion : ilen faut done nécessairement revenir à la voie de l'autorité, comme font les catholiques; et de l'aveu du ministre, la religion chrétienne n'a que cet appui.

Cependant, comme ce principe est étranger à la Réforme, rx.

Deux er-

quoiqu'elle soit réduite à s'en servir, M. Jurieu y commet deux rews au

ministre :

fautes essentielles. La première, c'est qu'il étend l'effet de la pro- première

erreur, de

messe de Dieu et de l'assistance de son Saint-Esprit sur toutes les Paire inaillibles

sociétés considérables par leur nombre et qui font figure dans le ws sociétés

schisma-

monde, comme il parle ?. Dieu ne peut pas, dit-il, abandonner tiques, et

méme les

une telle société jusqu'à y laisser manquer les fondemens du salut. nérétiques

comme

Or cela c'est une erreur manifeste. Car il s'ensuivroit que les cene des

ariens, à qui méme nos adversaires ne rougissent pas de donner mer en un certain temps tout l'univers ; mais qui, sans exagérer, ont fait longtemps une société considérable, ayant occupé des nations entières, comme les Vandales, les Hérules, les. Visigoths, les Ostrogoths, les Bourguignons, auroient conservé le fondement de la foi en persistant à nier la divinité de Jésus-Christ.

L'erreur est d'associer les sectes séparées à des promesses qui Lx.

La cause

originairement ont été données à la tige d’où elles se sont détachées. de cette

erreur est Par exemple, cette promesse, Je suis avec vous jusqu'à la fin des détendre siècles *, suppose une société qui ait toujours été avec Jésus-Christ, 1» promes-

se hors du

parce que Jésus-Christ aussi a toujours voulu être avec elle. Mais sem 4

A TIT 4. lett. x, p. 83; Tabl., lett. v, p. 199. — ? Voyez ci-dessus, n. 60. — 5 Matth., xxvii, 20.

l'unité ca- les sectes séparées, par exemple, la nestorienne ou celle des

tholique.

Cophtes et des Abyssins, que le ministre met au rang de celles que Dieu ne peut pas abandonner, s’est désunie du tout à qui la promesse avoit été faite. On la doit donc regarder comme déchue des promesses : ce n'est donc pas là qu'il faut chercher l'effet des

kc. 5 ^ Rie $ = promesses et de l'assistance divine : il faut remonter à la source

LXY. .

Seconde erreur du ministre , de restreindre arbitrairement les promesses de Jésus- Christ et Jes vérités qu'il a promis de conserver dans son

Eglise.

et rechercher avant toutes choses le principe de l'unité, comme l'enseignent les catholiques.

La seconde erreur du ministre, c'est de restreindre les vérités que Jésus-Christ s'est obligé à conserver dans son Eglise à trois ou quatre; comme si les autres étoient inutiles, et que Jésus- Christ, qui a envoyé son Saint-Esprit pour les révéler toutes à son Eglise, ne s'en souciât plus. Lorsque l'Esprit consolateur sera venu, il vous apprendra toute vérité, dit le Sauveur!: Je suis avec vous ?, indéfiniment et sans y apporter de restriction: Les portes d'enfer ne prévaudront pas?; encore sans restriction, pour montrer qu'elles ne pourront prévaloir en rien, ni jusqu'à éteindre quelque vérité, loin de les pouvoir éteindre toutes : d’où vient aussi que l'Eglise est appelée encore sans restriction la colonne et le soutien de la vérité" : ce qui enferme indéfiniment

toute vérité révélée de Dieu et enseignée aux apôtres par le Saint-

Le minis-

Esprit. Interpréter avec restriction et réduire à de certaines vérités la promesse de Jésus-Christ, c'est établir gratuitement. une exception qu'il n'a pas faite : c'est donner à sa fantaisie des bornes à sa parole : c'est accuser sa toute-puissance, comme s'il ne pouvoit accomplir au pied. de la lettre et dans toute son étendue ce qu'il a promis. Quand done, conformément à cette promesse, on dit dans le Symbole des apôtres, qu'on croit Eglise catholique, c'est-à-dire qu'on la croit en tout; et que si elle avoit perdu quelque vérité de celles qui lui ont été révélées, elle ne seroit plus la vraie Eglise : qui est précisément notre doctrine, dont le ministre par conséquent ne peut s'éloigner qu'en détruisant les fondemens qu'il avoit posés.

C'est en vain que le ministre nous objecte que l'Eglise romaine

! Joan., XVI, 13. — ? Matth., xxvi, 20: — 8 Jbid., XVI, 18, — # I Timoth., Jr, 15. :

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