‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 98 sur 403 · PARTIE III, N. LXIX · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. LXIX

Dordrecht, ainsi qu'on l'appelle dans la Réforme , ne parle pas de présomption et d'espérance, mais de confiance; et ce n'est pas quelque confiance qu'il veut qu'on ait en cette occasion, comme le tourne M. Basnage, mais une ferme confiance fondée sur la promesse de Jésus-Christ : et ce n’étoit pas en général à toute l'Eglise qu'il attachoit cette promesse, mais à une certaine assemblée de pasteurs qui s'assembleroient de divers pays : et ce qu'il veut qu'on en croie avec une si ferme confiance, c'est que Jésus- Christ seroit avec eux selon sa promesse : ce qui sans doute ne seroit pas vrai, s'il les livroit à l'erreur et s'il les abandonnoit à eux-mêmes. Voilà de quoi on flattoit les peuples de la Réforme dans le scandale qu'y excitoit la querelle des arminiens. Leurs docteurs leur proposoient, à l'exemple des catholiques, l'assistance du Saint-Esprit infailliblement attachée aux synodes : les remontrans avoient beau crier aux ministres que contre les maximes -de leur religion ils rétablissoient le papisme avec l'infaillibilité de l'Eglise et des conciles : la nécessité les y forcoit; et on n'avoit plus d'autre frein pour retenir les esprits. On passa méme, pour étourdir le vulgaire par- les plus grands mots, à établir dans le synode de Dordrecht l'autorité d'un concile comme ecuménique et general‘, par conséquent en quelque sorte au-dessus du concile national; et la prétendue église réformée n'oublioit rien pour imiter ou pour contrefaire l'Eglise romaine catholique. Il s'élevoit de toutes parts jusque dans son sein des cris continuels : Laissez, disoit-on, ces moyens à Rome : ce sont ses principes naturels, qu'elle suit par conséquent de bonne foi; mais nous, qui l'avons quittée pour cela même, pouvons-nous ainsi nous démentir ? On n'entendoit retentir dans la bouche des remontrans que cabales, mauvaise foi, politique, pour ne pas dire tyrannie et oppression ;

-et plus la Réforme vouloit se donner d'autorité contre ses règles, moins elle en avoit dans le fond.

Cest la conduite qu'on tient encore aujourd'hui avec les tolérans : ils sentent bien qu'on ne veut plus les mener que par autorité : l'auteur des Avis sur le Tableau le reproche en se moquant à M. Jurieu, et le prie de ne le pastraiter comme le peuple : Nous

1 Præf. ad Ecc, ante Syn. Dordr.; Var., liv. XIV, n. 71.

Passage de Bullus pour l'infaillibilité des con-

ciles ef

Jm né SOMMES pas peuples, dit-il*, nous sommes de bons réformés,

trt. — qui voulons être menés selon les règles de notre Réforme par l'évidence de la raison, ou par celle de la révélation expresse.

Mais on sent l'autorité si nécessaire, que Bullus, protestant

anglois, oppose aux sociniens l'autorité infaillible du concile de

Nicée. « Car, dit-il?, si dans un article principal on s'imagine que

tous les pasteurs de l'Eglise auront pu tomber dans l'erreur et

tromper tous les fidéles, comment pourra-t-on défendre la parole

de Jésus-Christ, qui a promis à ses apótres et en leurs personnes

à leurs successeurs d'étre toujours avec eux ? Promesse, poursuit

ce docteur, qui ne seroit pas véritable, puisque les apótres ne

doivent pas vivre si longtemps, n'étoit que leurs successeurs sont

ici compris en la personne des apótres mémes. » Voilà done ma-

nifestement l'Eglise infaillible, et son infaillibilité établie sur la

promesse de Jésus-Christ par un si habile protestant : il ne reste

qu'à lui demander si ces divines promesses n'avoient de force que

jusqu'au quatrième siècle, et si la succession des apôtres s'est

éteinte alors.

Lxx. Mais voici encore sur l'autorité une rare imagination de

M. Jurieu,

* . LPC . .

in M. Jurieu : « On voit, dit-il ?, une providence admirable en ce que etablir

laatorité Dieu, dans le quatrième et cinquième siècles, qui sont les derniers

des con-

eis, là. de la pureté de l'Eglise, a pris soin de mettre à couvert et la Tri-

détruit

en mème nité etl'Incarnation sous l'autorité de plusieurs conciles assemblés

temps :

Dos de toutes les parties de l'Eglise. » Remarquez en passant, mes quoi. Frères, que le quatrième et cinquième siécles sont les derniers de la pureté de l'Eglise, où néanmoins le méme ministre qui leur donne cette louange prétend vous faire trouver le règne de l'idolàtrie antichrétienne, comme nous l'avons observé ailleurs. Poursuivons : Dieu savoit , continue-t-il , que l'esprit de l’Antechrist alloit entrer dans l'Eglise : le ministre oublie ses prineipes : il y étoit déjà entré; et c'est par l'Antechrist méme , par saint Léon que fut tenu le concile de Chaleédoine, un de ceux oü la foi de l'Incarnation fut si puissamment affermie : le ministre poursuit ainsi: « Dieu savoit donc que l'Antechrist alloit entrer dans l'E-

1 P. 19. — ? Bull, Def. fid. Nic., proæm., n. 1, p. 2; Var., liv. XV, n. 103. — 3 Tabl., lett. V, p, 198, 199.

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