‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 404 sur 588 · Joan., x, 28, 99. — 5 Gal · texte numérisé non relu

Joan., x, 28, 99. — 5 Gal

IV, à. — * Hebr., Vit, 4, 2, 3, 26, ACE VA à À

fection de la pureté virginale, et celle de ses eunuques spirituels dont la grace est si éminente, qu’à peine la peut-on comprendre! : il s'est déelaré l'époux de toutes les vierges : le fruit de la prédication de son Evangile, c'est qu'on en a vu une infinité qui ont marché sur ses pas, et la chasteté comme la foi a eu ses martyrs.

Les convenances de ce qui est dit dela vierge mère ne sont pas moins remarquables. En méme temps que pour l'élever au faite de la grandeur, Dieu voulut réunir en sa personne toute la perfec-' tion de son sexe, c'est-à-dire la souveraine et virginale pudeur , : avec la fécondité qui est portée jusqu’à la faire mère de Dieu , il lui inspira aussi la plus parfaite et la plus profonde humilité?. Jésus-Christ dit qu'il est digne de créance dans le témoignage qu'il se rend à lui-même, à cause qu'il n’y recherche que la gloire de son Pére? : nous pouvons appliquer cette parole à la sainte Vierge, qui sans tirer avantage des merveilles qui s'étoient accomplies en elle, ne reconnoit de grandeur qu'en Dieu qu'elle glorifie : si elle est transportée de joie, ce n'est qu'en Dieu son' Sauveur : si plus glorieuse prophétesse que celle d’Isaïe, qui aussi, selon saint Jéróme, n'en est qu'une figure imparfaite , elle voit que toutes les races futures la publieront bienheureuse , c'est à cause qu'il a plu à Dieu de regarder la bassesse de sa servante * : il semble qu'elle n'ose dire qu'elle est vierge et mère tout ensemble, et elle n'exprime un si grand don qu'en disant que celui qui seul est puissant lui a fait de grandes choses, et qu'il a voulu exercer la toute-puissance de son bras*. Au surplus personne n'ignore qu'entendant parler tout le monde de son fils , elle garde un perpétuel silence, sans dire ce qu'elle en savoit, ni la manière dont il lui avoit été donné : de sorte que la plus excellente de toutes les créatures étoit en méme temps la plus humble, et celle qui 8e distinguoit le moins du commun des femmes. On voit donc la convenance manifeste de tout le mystère, rien n'étant pino propre à une vierge que le silence et l'humilité.

Que ce soit donc là le glorieux titre du Messie, d'étre fils d'une vierge : qu'il soit seul caractérisé par ce beau nom : songeons

1 Matth., x1x, M. — 2 Luc., 1, 48. — 3 Joan., VIII, 14, 16, 28, 29, 38, 49, 50. — b Luc., 1, 1 48 et seqq. — M Ibid.

qu'il a trouvé au-dessous de lui, méme la sainteté nuptiale, puisqu’il n’a voulu lui donner aucune part à sa naissance : purifions notre conscience de tous les désirs charnels : quand il nous faudra participer à cette chair virginale, songeons à la pureté de la vierge qui le reçut dans son sein : honorons ensemble, avec la distinction convenable, le fils de la Vierge et la mère vierge, puisque le fils de la Vierge est le Fils de Dieu, et que la mère vierge est Mère de Dieu : reconnoissons dans ces deux mots, mère vierge et fils de la Vierge, la plus belle relation qui puisse jamais être concue : adorons Jésus-Christ comme vrai Dieu ; mais confessons à la fois que ce qu'il a le plus approché de lui, est celle qu'en se faisant homme, il a daigné choisir pour être sa mère.

Je pourrois m'ouvrir encore ici une nouvelle et longue carrière, si je voulois rechercher avec les saints Pères les causes de l’obscurité de quelques prophéties. Saint Pierre nous dit dans sa seconde épitre que « nous n'avons rien de plus ferme que le discours prophétique, » etque nous devons y étre « attentifs commeà un flambeau qui reluit dans un lieu obscur et ténébreux *. » C'est donc un flambeau , mais qui reluit dans un lieu obscur, dont il ne dissipe pas toutes les ténèbres. Si tout étoit obscur dans les prophéties, nous marcherions comme à tátons dans une nuit profonde, en danger de nous heurter à chaque pas et sans jamais pouvoir nous convaincre : mais aussi, si tout y étoit clair, nous croirions être dans la patrie et dans la pleine lumière de la vérité, sans reconnoitre le besoin que nous avons d'étre guidés , d'étre instruits, d'étre éclairés dans l'intérieur par le Saint- Esprit , et au dehors par lautorité de l'Eglise. Je pourrois encore me jeter dans une plus haute contemplation sur le tissu des Ecritures que Dieu a voulu composer exprès d'obscurité et de lumière, afin, comme dit saint Augustin , de rassasier notre intelligence par la lumiere manifeste et de mettre notre foi à l'épreuve par les endroits obscurs. En un mot, il a voulu qu'on ait pu faireà l'Eglise de mauvais procès ; mais il a voulu aussi que les humbles enfans de l'Eglise y pussent assez aisément trouver des principes pour

les décider; et s'il reste, comme il en reste beaucoup, des endroits 1 ]I Petr., 1, 19. |

impénétrables, ou à quelques-uns de nous ou à nous tous dans cette vie, le méme saint Augustin nous console en nous disant que, soit dans leslieux obscurs, soit dans les lieux clairs, l'Ecriture contient toujours les mémes vérités, qu'on est bien aise d'avoir à chercher pour les mieux goûter quand on les trouve : et où l'on ne trouve rien, on demeure aussi content de son ignorance que de son savoir, puisqu’après tout il est aussi beau de vouloir bien ignorer ce que Dieu nous cache, que d'entendre et de contempler ce qu'il nous découvre. Marchons donc dans les Ecritures en toute humilité et tremblement; et pour ne chopper jamais,ne soyons pas plus sages ni plus savans qu'il ne faut, mais tenons-nous chacun renfermés dans les bornes qui nous sont données.

Je prie Dieu qu'il vous conserve la santé, et vous donne tout le repos que peut souhaiter un homme de bien.

Signé + Bénice, év. de Meaux.

À Paris, le 8 de novembre 1703.

Page 1