I ET II. REMARQUES PRÉLIMINAIRES : CLEF
laisserez pas mon ame dans l'enfer, et vous ne permettrez pas que votre Saint éprouve la corruption : vous m'avez montré le chemin et le retour à la vie, » après avoir observé que cette incorruptibilité et cette résurrection ne conviennent pas à David, il conclut « que David étant prophète, et Dieu lui ayant promis d'établir quelqu'un de son sang sur son tróne, a parlé dans sa prévoyance de la résurrection de Jésus-Christ !. » )
La quatrième présupposition et la plus importante de toutes, est que nous avons une raison particuliére d'attribuer ce Psaume à Jésus-Christ, parce que lui-méme étant à la croix, se l'est appliqué ?. » Qui ne respecteroit un tel interprète, qui arrosé de son sang, attaché à la croix, déchiré de plaies et au milieu de ses tourmens les plus cruels, pendant qu'il accomplit la prophétie, se l'applique en disant lui-même : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? »
Il est vrai qu'il ne répète que ces premières paroles : mais nous verrons bientót qu'il le fait ainsi à cause que sous le seul délaissement, toutes les autres circonstances de sa passion sont renfermées, et à la fois tous les glorieux effets de sa mort.
S II. On met aux fidèles la clef de la prophétie à la main.
J'appelle la clef et le dénouement de la prophétie, les versets qui caractérisent Jésus-Christ crucifié. Tels que sont ceux-ci, 47; 48 et 19 : « Ils ont percé mes mains et mes pieds : on compteroit tous mes os; » et encore : «Ils ont partagé mes vétemens, et ont jeté le sort sur ma robe. » J'appelle ces trois versets la. clef de la prophétie, parce que tout le reste qui suit s'y rapporte et en fait le singulier et le merveilleux, n'y ayant rien de plus surprenant que de voir celui qui a dit qu'il étoit crucifié , et qui a marqué dans le partage de ses habits les circonstances précises de son crucifiement, dire aprés qu'il annoncera le nom de Dieu à ses fréres et qu'il convertira à la fois, non-seulement un grand nombre de Juifs, mais encore tous les gentils, selon les termes exprés de la prophétie. |
Voici done ce que j'appelle le dénouement de cet oracle prophé-
4 Act., 11, 30, 31. — ? Matth., XXVIT, 46. )
tique. Le délaissé de ce Psaume est poussé jusqu’à la mort de la croix : les soldats qui l'y avoient attaché et qui le gardoient ont suivi leur proie : comme ils l'avoient dépouillé pour le mettre en croix, ils regardoient aussi ses habits comme étant à eux : ils les partagent, ils les jouent : c’est là une circonstance de son crucifiement : on voit après qu'il ressuscite , puisqu'il raconte le nom de Dieu à ses frères; et la conversion des gentils est la suite heureuse et prochaine de tous ces grands événemens. Tout homme où ces caracteres ne se trouvent pas, n'est pas le délaissé que nous cherchons.
Je pourrois encore ajouter que ce qui précéde est comme un préparatoire à ces deux versets, parce que c'estlà que le prophéte en veut venir, comme au dernier effet du délaissement.
Voilà donc ce que j'appelle la clef et le dénouement de la prophétie, parce que c'est un caractère particulier qui est relatif à tout le reste, et qui détermine tout le Psaume à Jésus-Christ seul.
S III. On va au-devant de quelques objections.
Ces fondemens présupposés, j'entrerois d'abord dans l'explication de la prophétie, si ce n'étoit que je trouve plus à propos de faire connoitre auparavant les absurdités tant des Juifs que des eritiques judaisans, afin qu'étant rejetées, notre explication coule d'elle-méme naturellement et sans étre interrompue d'aucune dispute. Il faut donc voir en peu de mots comment ils mettent leur esprit à la torture, pour éluder une prédiction si évidente.
Selon eux, percer les mains et les pieds, n'est autre chose qu'une métaphore , qui signifie détruire les forces : mais qui jamais a usé de cette figure ? Outre que le reste n'y convient pas, et que le dénombrement des os causé par la suspension de tout le corps n'appartient qu'au crucifiement véritable; en un mot, le discours n'a rien de suivi, si l'on n'y entend la croix. Pourquoi donc chercher des allégories, lorsqu'on trouve en Jésus-Christ un sens littéral si propre et si suivi?
Aussi les Juils et ceux qui les suivent, n'ont pu s'y arrêter; et il a fallu en venir à l'altération du texte, pour du moins le rendre douteux. Cette altération consiste en ce que par le retranchement