III. OBJECTIONS
d'un petit trait dans une lettre , au lieu de lire : « Ils ont percé, caru, » ils veulent lire : « Caari : comme un lion, mes mains et mes pieds.» Mais premièrement, la raison s'y oppose : car que veulent dire ces mots : comme un lion, mes mains et mes pieds ? et quand il faudroit suppléer qu'ils les ont mordus et déchirés, le bon sens ne permettoit pas d'introduire ici un lion. La comparaison du lion avoit déjà eu tout son effet dans ces paroles du verset 14: «Ils ont ouvert leur gueule sur moi comme un lion ravisseur et rugissant. »
Voilà un vrai lion avec ses caracteres naturels, qui s'attaque à toute la personne. Pourquoi le faire revenir encore une fois, pour ne s'en prendre qu'aux mains et aux pieds? Mais laissons là le raisonnement, puisque nous avons pour nous les faits positifs.
Plusieurs siècles avant Jésus-Christ les Septante ont traduit tout simplement : « Ils ont percé, » etc. Etoit-ce pour favoriser les chrétiens, ou pour suivre la vérité du texte qu'ils avoient devant les yeux? Disons plus: saint Justin, martyr, oppose aux Juifs ce verset: « Ils ont percé mes mains et mes pieds; » et quoiqu'il ait accoutumé de leur reprocher leurs altérations , il ne leur en dit moten ce lieu; marque certaine que de son temps, c'est-àdire au second siècle, elle n'avoit pas été encore faite, et que les Juifs lisoient comme nous et comme ont lu les Septante. J'en dis autant des saints Pères qui ont écrit après lui; et Aquila méme, ce Juif perfide, qui a fait sa traduction expressément pour contredire les chrétiens, a tourné, non pas comme un lion, mais - « Ils ont déshonoré mes mains et mes pieds, » ce qui présuppose qu'il a lu comme les Septante. Mais il n'y a aucun sens dans ces paroles : « Ils ont déshonoré mes mains et mes pieds, » si ce n'est qu'on veuille dire que déshonorer les mains et les pieds, c'est y faire une plaie honteuse, telle qu'on la voit à la croix , qui est le plus ignominieux de tous les supplices. Enfin les Juifs n'ont osé nier que la lecon caru ne füt bonne et ancienne : ils se contentent de laisser la chose ambiguë, sans vouloir songer qu'entre deux textes il faudroit se déterminer à celui qui a un sens naturel, comme caru, parjpréférence à celui qui n'en a aucun , comme caari, ainsi qu'il a été dit.
Concluons donc que la traduction : « Ils ont percé, » etc., est la seule qui peut étre soufferte; la seule aussi qui a été faite de bonne foi par les Septante, si longtemps avant la naissance du christianisme et sans aucune prévention, est la seule qui se trouve avoir un sens littéral et un manifeste accomplissement : au lieu qu'on ne sait qu'imaginer pour l'aecommoder à David : mais quand on en aura trouvé le moyen, on n'aura pas pour cela éludé la prophétie : et ce que disent les judaisans sur le partage des habits , est encore plus visiblement absurde.
Théodore de Mopsueste, un hérétique du 1v* siècle, éludoit cette prophétie, comme il faisoit toutes les autres : et disoit que ce malheur étoit arrivé à David, lorsqu'Absalom entra dans sa maison, la pilla et se saisit de ses vétemens. Je ne dirai pas qu'il fit horreur au pape Vigile et aux Péres du v* concile : je ne m'attacherai qu'au ridicule qui saute aux yeux dans cette interprétation : car aussi, dans le pillage universel d'une maison, n'a-t-on à considérer que les habits enlevés ? Mais quel besoin en ce cas de distinguer les habits qu'on partage d'avec la robe qu'on jette au sort sans la partager, à cause « qu'elle étoit sans couture, et depuis le haut jusqu'en bas de méme tissu !? » On voit bien que cet endroit de la prophétie n'a aucun rapport à David, et qu'elle ne peut convenir qu'à Jésus-Christ notre Sauveur.
C'est done avec raison que nous en avons donné pour clef ou pour dénouement les versets 47, 18 et 19, que nous venons de réciter; puisque d'un cóté il est visible qu'ils ne conviennent qu'à Jésus-Christ, et que de l'autre ils y attirent tout le reste , ainsi qu'on a pu voir.
Mais quand on auroit détourné un sens si clair à un autre qu'à Jésus-Christ, il faudra encore venir à la conversion des gentils, qui ne peut étre ignorée, ni déguisée ou dissimulée, quand elle
arrive, à cause qu'en la niant, on auroit l'univers entier pour témoin contre soi.
On peut done aisément trouver quelque particularité de la vie de David, où il se plaindroit d'être délaissé , comme lorsque pour-
suivi par Saül dans toute la terre d'Israél , il se voyoit à chaque 1 Joan., xIX, 23. : )