‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 418 sur 588 · VII. PREMIÈRE PARTIE DU PSAUME · texte numérisé non relu

VII. PREMIÈRE PARTIE DU PSAUME

allumée que la leur; et c'est pourquoi il les représente sous ces affreuses figures.

Verset 13 : « De jeunes taureaux m'ont environné : des taureaux gras m'ont assiégé : » ce qui montre les dérisions sanglantes, les insultes et l'emportement dans les uns, avec une affreuse fureur et férocité dans les autres.

Verset 14: (Mes ennemis) « ont ouvert sur moi leur gueule (dévorante), comme un lion ravisseur et rugissant : » ce qui montre leurs déchiremens et l'atrocité de leurs cris. Mais voyons l'état pitoyable oü ils l'ont mis.

Verset 15 : « J'ai été épanché comme de l'eau, et tous mes os ont été séparés (les uns des autres) : » mes chairs se sont fondues et atténuées : mon sang a coulé à terre comme celui des victimes : mes os ne se tiennent plus les uns aux autres : j'ai été comme un squelet (a) encore un peu animé, mais qui pourtant n'a plus qu'un souffle : c'est l'état de Jésus-Christ à la croix, que David commence pour ainsi dire à désigner, et qu'il représentera bientót par des traits plus vifs et par des termes propres et précis : mais écoutons auparavant la fin du verset.

« Mon cœur a été comme une cire fondue au milieu de mes entrailles. » C'est ce qui s'accomplit à la lettre en Jésus-Christ, lorsqu'il fut plongé dans la tristesse, qui lui fit dire : « Mon ame est triste jusqu'à la mort*, » lorsqu'il tomba dans le trouble, qui lui fit dire : « Mon ame est troublée? : » et dans l'irrésolution marquée par par ces paroles : « Que dirai-je? » C'est qu'alors toutes les forces étant retirées dans le plus intime de l'ame, le reste fut livré à l'épouvante : Cepit pavere, à la foiblesse, à cette étrange désolation que saint Marc appelle dise, c'est-à-dire à l'exprimer dans toute sa force, « se laisser abattre, se décourager?, » jusque-là que, dans ses frayeurs, « il lui vint une sueur comme des gouttes de sang qui découloient jusqu'à terre, et il tomba en agonie, » dit saint Luc *.

Ce n'est donc plus ce Jésus-Christ qui transporté du désir de se

1 Matth., XXVI, 38; Marc., XIV, 34. — ? Joan., XII, 21. — 3 Marc., XIV, 33. — 5 Luc, XXII, 43, #4.

(a) Bossuet a remplacé dans l'errata, squelette par squelet.

plonger promptement pour notre salut dans ce baptème de sang qui lui étoit préparé : « Je dois, disoit-il, être baptisé d'un baptéme : et combien me sens-je pressé jusqu'à ce que je l'accomplisse!? » Maintenant il semble vouloir reculer, et ne s'arracher à lui-même que par vive force le consentement qu'il donne aux ordres du ciel: tout le sensible est livré à la désolation et à la foiblesse; et ce n’est qu'un commandement absolu de la partie haute qui lui fait dire à la fin de sa prière : « Que ma volonté ne se fasse pas, mais la vótre?? »

Ce n'est pas à moi à traiter ici tout le fond d'un si grand mystere; et il me suffit de dire en un mot que Jésus-Christ paroissant comme un pécheur délaissé à lui-même, il convenoit à cet état qu'il parüt aussi une espèce d'opposition entre sa volonté et celle de Dieu. David exprime en un mot tout ce grand mystère des foiblesses de Jésus-Christ et de son découragement, lorsqu'il lui fait dire, ainsi qu'on l'a récité dans le verset 45 : « Mon cœur s'est fondu et liquéfié au milieu de mes entrailles : » je ne sens plus de courage, et je ne me trouve ni force, ni hardiesse, ni résolution, ni consistance : suivons.

Verset 46 : « Ma force s'est desséchée comme le tét d'un pot cassé : ma langue s'est attachée à mon palais : et vous m'avez réduit à la poussière de la mort. » Comme David nous va faire voir en termes formels Jésus-Christ attaché à la croix au verset 17, et qu'il en a déjà ébauché le tableau dans le verset 45, il n'a pas dû oublier ce prodigieux desséchement qui doit arriver à ceux qui sont condamnés à ce supplice, dans un corps épuisé de sang et des membres comme disloqués par une torture et suspension violente. De là vient la brülante soif que David exprime par ces mots : « Ma langue s'est attachée à mon palais : » c'est peut-étre le plus grand tourment des crucifiés et la plus certaine disposition à la mort : Jésus-Christ a voulu la ressentir, lorsqu'il s'écria : Sitio, « J'ai soif ?, » et rendit l'ame un moment après.

«Vous m'avez réduit à la poussière de la mort : » c'est-à-dire à la mort méme; et si l'on veut, au tombeau, à la poussière, à la cor-

1 Luc., xi, 50.— 2 Matth.,

is. XXVI, 39; Marc., xiv, 36; Luc., xxI1, 42. —3 Joan,

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