‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 419 sur 588 · VII. PREMIÉRE PARTIE DU PSAUME · texte numérisé non relu

VII. PREMIÉRE PARTIE DU PSAUME

ruption, quant à la disposition, quoique non quant à l'effet. Jésus- Christ devoit naturellement être poussé jusque-là, si Dieu ne l’eût voulu ressusciter, comme David le va exprimer dans un moment, et comme il l'avoit déjà prédit ailleurs dans le psaume xv, où il faut principalement remarquer ces paroles : « Vous ne permettrez point que votre Saint voie la corruption : » Non dabis Sanctum tuum videre corruptionem*'; comme s'il disoit : Naturellement il devoit éprouver la corruption, ainsi que les autres morts : mais vous ne l'avez pas permis; et au contraire il vous a plu de me prévenir, en me montrant le chemin et le retour à la vie. C'est en cette sorte que David fit parler Jésus-Christ en cet endroit-là, et nous allons voir qu'il ne s'exprimera pas moins exactement en celui-ci : mais il faut auparavant le considérer attaché à la eroix.

Verset 47 : « Des veneurs m'ont environné. » Les Juifs étoient ces rudes veneurs qui pressoient et poursuivoient Jésus-Christ avec d'horribles clameurs, en s'écriant : « Crucifiez-le, crucifiezle: » Crucifige, crucifige eun?!

« Le conseil des méchans m'a assiégé : » il se plaint ici de la eonjuration des Juifs et des gentils pour sa perte, les premiers demandant qu'on le crucifiàt, et les Romains l'ayant mis effectivement à la croix, qui étoit un supplice ordinaire parmi eux : « Ils ont percé mes mains et mes pieds. »

Verset 18 : « J'ai compté moi-même tous mes os : voilà ce qu'ils ont vu en moi, lorsqu'ils m'ont considéré. »

Verset 19 : « Ils ont partagé mes vétemens entre eux; et ils ont jeté le sort sur ma robe. » À ce coup il n'y a pas moyen de méconnoitre Jésus-Christ : et pour exprimer son crucifiement, il n’y avoit point de termes plus propres que ceux-ci : « Ils ont percé mes mains et mes pieds : » ni rien de plus expressif que ce dénombrement des os dans un corps décharné et qui n'étoit plus qu'un squelet (a), pour signifier cette extension violente des membres suspendus, qui pesoient sur leurs plaies et ne pouvoient, pour ainsi parler, que se disloquer eux-mémes par leur propre poids.

1 Psal. xv, 10. — ? Luc., XXII, 21.

(a) Méme observation que ci-dessus.

Mais pesons en particulier ces paroles du verset 18 : « Voilà ce qu'ils ont vu en moi, lorsqu'ils m'ont considéré : » c’est-à-dire, ils ont vu mes mains et mes pieds percés : ils ont vu mon corps étendu : et mes os qu'on pouvoit compter : ils m'ont vu exposé. nu aux yeux du peuple et aux leurs : ils ont considéré attentive— ment ma nudité ignominieuse; et aprés m'avoir dépouillé, « ils: ont partagé mes vétemens entre eux, et ont jeté le sort sur ma robe. » Il faut ici remarquer qu'il parloit de ceux-là mêmes qui ont percé ses mains et ses pieds; et cette circonstance des habits partagés n'est pas indifférente au crucifiement, car elle en fait. voir une suite; et cette suite, c'est que les soldats qui l'ont mis en: croix, où ils devoient le garder, et qui lui avoient Ôté ses habits, les ont regardés comme leurs dépouilles, et les ont partagés!, comme on fait ceux d'un homme mort et qui n'a plus rien sur la terre.

Qu'on dise maintenant en quel endroit de la vie de David on peut placer des événemens si précis? quand est-ce qu'il a été mis en cet état de suspension violente? mais quand est-ce qu'il a vu jouer ses habits avec cette distinction de jeter le sort sur sa robe? quand est-ce encore un coup qu'il s'est vu dépouillé, et qu'il a vu du haut d'une croix jouer ses habits à des soldats qui venoient de lui percer les mains et les pieds? Toute l'infidélité des hommes ne peut que demeurer court, et avoir la bouche fermée en cet endroit du Psalmiste.

C'est ainsi que le délaissé fut poussé à l'extrémité : il est enfin à la croix, d’où parmi les horreurs du dernier supplice, il voit partager ses habits; et aprés une si sanglante exécution, il paroit qu'il ne reste aucune ressource à l'humanité désolée : mais il n'en est pas ainsi; et au contraire c'est là que commencent les merveilles de Dieu, dans la seconde partie de ce divin psaume.

S VIII. Seconde partie du Psaume : Jésus-Christ invoque Dieu de nouveau : à ce coup il est écouté : il ressuscite et convertit les gentils.

Je rapporterai d'abord en abrégé ces merveilles de Dieu sur

Jésus-Christ. Conduit au supplice de la croix, contre lequel il. 1 Matth., XXvit, 35, 36.

S VIII. SECONDE PARTIE DU PSAUME. 285 s'étoit tant récrié, il paroissoit déchu de toute espérance; mais comme ii s'étoit soumis, il retourne à Dieu par une nouvelle priére; et celui qui n'a pas été tiré de la croix, demande d'étre délivré des mains de ses ennemis d'une maniere plus haute par sa glorieuse résurrection. A ce coup il est écouté : il ressuscite : il se représente comme « racontant à ses fréres la gloire de Dieu : » Narrabo nomen tuum fratribus meis, verset 23; et les Juifs qui furent témoins de ses plaintes, lorsqu'il avoit crié si haut à la croix : « Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi m'avez-vous délaissé? » sont invités maintenant à reconnoitre que « Dieu a exaucé ses vœux, » versets 24 et 25. Aussitôt après on voit les gentils coup sur coup venir «s'agréger à son Eglise, » verset 28, etc.; et par ses délaissemens il entre dans la plénitude de sa gloire, comme il l'avoit si souvent prédit, et comme tous les prophètes l'avoient attesté. C'est ce que nous allons voir verset à verset, et ce qu'on découvrira clairement pour peu qu'on soit attentif.

Verset 90 : « Ne vous éloignez pas, Seigneur : vous qui étes ma force, hàtez-vous de venir à mon secours. »

Verset 91 : « Tirez mon ame de l'épée, et mon unique de la main du chien. »

Verset 22 : « Sauvez-moi de la gueule du lion, et exaucez-moi contre les cornes de la licorne. »

Verset 93: « Je raconterai votre nom à mes fréres. »

On connoît bien que par son unique il entend sa vie et son ame, comme la chose qui nous est uniquement chère. A l'égard de la licorne, je n'ai pas besoin de rechercher curieusement quel animal c'est; et il me suffit qu'il en soit souvent parlé dans les psaumes mêmes, comme d'un animal cruel et furieux.

Mais pour entendre la suite de ces quatre versets, c'est ici que commence la seconde partie du psaume, parce que, dés les pre-

.miers mots, si on y prend garde, David insinue la résurrection de Jésus-Christ. Car que lui servoit aprés le dernier supplice « de tant háter le secours de Dieu? » Celui qui a dit : « Ils ont percé

. mes mains et mes pieds, » et qui s'est représenté lui-même comme condamné et exécuté à mort, qu'a-t-il désormais à demander à Dieu, sinon de ressusciter et d'être glorifié? Certainement on voit

bien qu'il ne restoit plus qu'à le tirer du igna et à défendre sa gloire contre les outrages des Juifs : il a déjà été passé au fil de l'épée, qui signifie dans l'Eeriture une mort violente : comment peut-il être tiré de l'épée qu'en ressuscitant ? comment peuton autrement le retirer de la gueule du lion, de la main du chien, et des cornes de la furieuse licorne, après que le lion l’a englouti, que le chien l’a dévoré et que la licorne, pour ainsi parler, l'a cr en pièces : c'est-à-dire après que ses bourreaux l'ont déchiré comme par morceaux, etlui ont óté la vie? Ainsi cette seconde prière ne peut aboutir à autre chose, sinon à demander qu'aprés avoir été délaissé jusqu'à la mort de la croix, Dieu le ressuscite, «en arrêtant, comme dit saint Pierre, les douleurs de l'enfer, étant impossible qu'il y fût retenu ! : » c'est aussi ce que le Psalmiste exprime ici, en ajoutant aux autres versets le verset 23, dont les paroles sont décisives pour la résurrection.

Verset 23 : « Je raconterai votre nom à mes frères. » (es paroles en elles-mémes et détachées de tout le reste du discours, n'ont rien d'extraordinaire : mais aussi faut-il remarquer que celui qui S'est plaint qu'on « avoit percé ses mains et ses pieds: » qui s'est vu dépouillé pour étre attaché à la croix, et ses habits joués par les soldats qui l'y gardoient: celui qui par conséquent s'est vu condamné et exécuté à mort, ainsi qu'il vient d’être dit, et a subi le dernier et le plus infâme de tous les supplices, c'est le méme qui dit maintenant: « Je raconterai votre nom à mes frères : » par ce moyen tout le mystére est développé : celui qui a été délaissé jusqu'à la mort de la croix, est le méme qui a été exaucé pour étre ramené à la vie, pour de nouveau glorifier Dieu parmi ses fréres : et sa résurrection n'est pas moins clairement exprimée que sa mort.

Qu'on parcoure les quatre évangélistes, et qu'on voie où Jésus- Christ a donné de sa propre bouche à ses apótres le nom de ses frères : on ne trouvera que le seul endroit où il ordonne aux Maries de leur annoncer sa résurrection : « Ne craignez point, leur dit-il, allez, et annoncez à mes frères qu'ils aillent en Galilée : ils

me verront là?. » Saint Jean remarque aussi que cette parole, - 1 Act:, 11, 21. — ? Matth., xxvi, 10.

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