S VIII. SECONDE PARTIE DU PSAUME
qui annonce la résurrection, est spécialement portée à Marie- Magdeleine en cette manière :« Va trouver mes frères, et leur dis : Je vais monter à mon Père et à votre Père, à mon Dieu et à votre Dieu* : » où il explique distinctement la fraternité des apôtres avec Jésus-Christ, comme elle peut convenir à de purs hommes.
Mais d’où vient que dans tous les Evangiles il ne se sert que cette fois seulement de cette expression : « Dites à mes frères? » si ce n’est que David ayant exprimé la résurrection de Jésus-Christ par ces mots : « Je raconterai votre nom à mes frères : » le même Jésus-Christ a voulu nous faire entendre que lorsqu'il a dit : « Dites à mes fréres, » c'étoit précisément cette prophétie qu'il avoit dessein d'accomplir. Si done David lui fait dire au même verset : « Je vous louerai au milieu de l'Eglise : » par l'Eglise où il loue le nom de Dieu, nous devons entendre lassemblée des apôtres, qui une fois «s’est augmentée, » comme dit saint Paul, « jusqu'à cinq cents frères, et au delà?, » à qui Jésus-Christ ressuscité a annoncé la gloire de son Pére. Qui peut parler de cette sorte, sinon celui qui a dit dans l'Apocalypse : « J'ai été mort, et je suis vivant?? » à;
Je ne veux pourtant pas nier que la signification de ce mot : fréres, dans la prophétie de David, verset 23, ne comprenne les Juifs, qui aussi étoient fréres de Jésus-Christ, selon que dit saint Paul, que « Jésus-Christ est sorti d'eux *, » et à qui il a annoncé le nom de son Père par le ministère de ses apôtres. Mais en ce sens Jésus-Christ est toujours regardé comme vivant, puisqu'il est regardé comme l'auteur véritable de la prédication des apôtres, à cause qu'elle est faite, non-seulement par son ordre, mais encore par le Saint-Esprit, qu'il envoie actuellement du plus haut des cieux, conformément à cette parole : « Si je ne m'en vas, le Paraclet ne viendra point; mais si je m'en vas, je vous l'enverrai*:» ainsi l'envoi du Saint-Esprit est une preuve que Jésus-Christ est vivant, et méme vivant dans les cieux, puisqu'il est par cet Esprit l’auteur de la prédication apostolique. Mais elle ne devoit pas se borner aux Juifs, et la gloire annoncée à ce peuple élu devoit bientót aprés étre portée aux gentils. C'est ce que David nous
1 Joan., XX, 11.— 2 I Cor., Xv, 6.—5 Apoc., 1,18. — ^ Rom.,1x, 5.— 5 Joan., XVI, 1.
expliquera distinctement et par ordre, comme nous allons voir. Mais à présent il faut reprendre le texte.
Verset 24 : « Louez le Seigneur, vous qui le craignez : races de Jacob, glorifiez-le partout où vous êtes étendues : craignez-le, Ó vous tous qui composez la postérité d'Israél. »
Verset 25 : « Parce qu'il n'a point méprisé, ni dédaigné la modestie (l'humilité, l'humble prière) du pauvre (du délaissé, du dépouillé) : et il ne lui a point caché sa face : et quand il crioit à lui, il l'a exaucé. »
Quoi donc! celui qui se plaint avec tant de larmes de n'étre point exaucé, invite maintenant les Israélites sous ces deux titres : «Races de Jacob,» et «postérité d'Israël, » à rendre grâces à Dieu d'avoir exaucé sa prière : c’est visiblement que les choses sont changées : le dépouillé, le délaissé ne l'est plus : abandonné une fois à la mort, il est ressuscité à jamais, et il egre par ce moyen dans sa gloire : c'est ce qui devoit étre annoncé à toute la race d'Israél, selon les paroles du Psalmiste. C'est ce qui le fut en effet par cette déclaration de saint Pierre : «Sache toute la maison d'Israél, que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié ?. »
Par ce moyen les Panos sont en effet invités, tant par David que par les apótres, à croire que le méme qui avoit été délaissé, étoit maintenant élevé au comble de la gloire, puisqu'il étoit « fait Seigneur et Christ. » Les gentils viendront à leur tour : mais il falloit commencer par les Juifs, à qui le salut devoit être premièrement annoncé; or voici ce qui devoit encore arriver selon le Psalmiste.
Verset 26 : « Ma louange sera devant vous dans la nombreuse ou grande Eglise» (on y publiera la louange que je dois à votre immense bonté) : pour m'avoir rendu « la gloire que j'avois devant vous avant la constitution du monde. » La grande ou la nombreuse Eglise signifie naturellement la grande assemblée de tout le peuple : mais dans cet endroit du psaume, il y a une raison particulière d'employer ce terme, comme s'il disoit : L'Eglise aura bientôt toute sa grandeur, quand elle aura enfermé dans son sein
1 Act., 11, 36.