‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 421 sur 588 · VIII. SECONDE PARTIE DU PSAUME · texte numérisé non relu

VIII. SECONDE PARTIE DU PSAUME

la gentilité convertie : mais en attendant, il faut comprendre que l'Eglise de Jésus-Christ n’a commencé d’être vraiment nombreuse, méme parmi les Juifs, qu'après son crucifiement, conformément à cette parole qu'il avoit lui-même prononcée : « Lorsque vous aurez élevé de terre le Fils de l'homme, vous connoîtrez qui je suis ‘ :» car alors, dès la première prédication, trois mille hommes furent convertis, qui furent aussitót aprés suivis de cinq mille autres *; et saint Jacques dit à saint Paul: « Vous voyez, mon frère, combien de milliers de Juifs ont cru. »

Voilà donc parmi les Juifs une grande et nombreuse Eglise : elle aura parmi les gentils un bien autre accroissement, comme on va voir: mais il falloit avant toutes choses expliquer ce qui devoit arriver aux Juifs; et le voici.

Verset 26 : «Je rendrai mes vœux en la présence de ceux qui craignent Dieu. » Il ne s'agit pas de David : c'est toujours le crucifié et le ressuscité qui parle, c'est lui qui rend ses vœux. Rendre ses vœux, selon l'Ecriture, c'est offrir à Dieu un sacrifice d'action de graces ou d'Eucharistie, quand on a obtenu ce qu'on demandoit : comme si Jésus-Christ crucifié et ressuscité eût dit: Je me suis dévoué moi-même pour le genre humain : j'ai fait vœu d'immoler ma vie pour le monde, afin d'en effacer les péchés : Dieu qui avoit déclaré « qu'il n'agréoit point les holocaustes et les victimes pour le péché *, » m'a recu seul à la place de toutes les autres hosties : je me suis offert moi-même à la croix, et j'ai obtenu le salut des hommes : que reste-t-il donc aujourd'hui, sinon que, pour avoir obtenu l'effet de mes vœux, je lui offre le sacrifice qui soit principalement d'action de graces? C'est ce qu'a fait Jésus- Christ aprés sa résurrection : et parce que le propre de ce sacrifice est de se tourner en banquet sacré, le Prophéte le désigne ‘aussi par ce caractère.

Verset 27 : « Les pauvres (selon l'hébreu, de mot à mot : « Ceux "qui sont doux et humbles de cœur : » Miles, pauperes) mangeront et seront rassasiés : ceux qui cherchent le Seigneur le loueront : votre cœur vivra à jamais. » Il indique ici le sacrifice de l'Eucha-

'ristie, qui commença alors d’être célébré dans l'Eglise naissante

1 Joan., VIII, 28. — ? Act., I, 4M ; IV, k— 5 Act., xxi, 20, — * Psal., XXXIX, T.

TOM. If. 19

en simplicité de cœur : et on sait que c'est Jésus-Christ qui le célèbre toujours, puisqu'il se fait non-seulement en son nom, mais par ses propres paroles : comprenons donc que les pauvres, les humbles de cœur, mangeront : que mangeront-ils si ce n'est selon la coutume les chairs immolées dans le sacrifice de l'Eucharistie, qui sont en effet celles de Jésus-Christ? Car il n'y a plus pour nous d'autre victime que celle-là : « Et ils seront rassasiés : » de quoi, sinon des opprobres, des souffrances de Jésus-Christ, et de ses humiliations? Mais ils ne doivent pas pour cela murmurer, ni se rebuter de ce sacrifice, puisque c'est par les opprobres de Jésus- Christ que nous devons avoir part à sa vie et à sa gloire, et qu'en effet le psaume leur dit sous le nom de Jésus-Christ : « Vos cœurs vivront aux siècles des siècles : » et vous aurez part à la nourriture dont j'ai prononcé : « Qui me mange vivra pour moi, et il ne mourra jamais ‘. »

Verset 28 : « Toutes les extrémités de la terre se ressouviendront du Seigneur, et se convertiront à lui: et toutes les familles des gentils l'adoreront. »

Verset 29 : « Parce que le règne appartient au Seigneur, et il dominera sur les gentils. »

Verset 30 : « Tous les riches et puissans de la terre (mot à mot : Les gras de la terre) ont mangé et adoré devant sa face : tous ceux qui se réduisent en poussière (tous ceux qui sont sujets à la mort, en un mot, tous les mortels) fléchiront le genou (devant lui). »

La première et la plus ancienne connoissance du genre humain est celle de la Divinité : l'idolátrie répandue depuis tant de siècles par toute la terre, n'étoit autre chose qu'un long et profond oubli de Dieu : rentrer dans cette connoissance, et revenir à soi-méme aprés un si mortel assoupissement pour reconnoitre Dieu qui nous a faits, c'est ce que David appelle s'en ressouvenir, et il explique dans ces trois versets que ce devoit être l’heureuse et prochaine suite du crucifiement de Jésus-Christ. C'est donc ici le dernier accroissement qui rend complète la grande Eglise , et lui donne son étendue tout entière. Jésus-Christ avoit dit cette parole : « J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de ce bercail , et il faut que je les A4 Joan., v1, 58, 59, ;

Page 1